Une Canadienne coincée en Afghanistan avec ses parents dit qu’elle est terrifiée à l’idée de mourir avant de pouvoir retourner chez elle en Ontario et blâme le premier ministre Justin Trudeau pour la situation.

Publié le 26 août 2021
Fakiha Baig La Presse Canadienne

Zak, qui a demandé que son nom complet ne soit pas révélé en raison de craintes pour sa sécurité, a déclaré jeudi que l’armée canadienne semblait désorganisée lors des évacuations de l’aéroport de Kaboul.

La femme de 50 ans a pleuré et a déclaré qu’elle était en colère contre M. Trudeau pour avoir tourné le dos aux citoyens canadiens dans ce pays.

« Comment peut-il dormir la nuit [s’il] sait que des gens ont de la famille laissée derrière ? », a-t-elle déclaré à La Presse Canadienne dans un entretien téléphonique.

« Comment [le] gouvernement canadien peut-il [dire], “Nous sommes le meilleur pays du monde”, [et tourner] le dos à ses citoyens ? Pourriez-vous lui poser cette question ? Quelqu’un peut-il lui poser la question ? »

Zak a déclaré qu’elle avait laissé ses trois enfants adultes à la maison à Brampton, en Ontario, et qu’elle s’était rendue en Afghanistan en août pour tenter d’assurer la sécurité de ses parents alors que les talibans prenaient le contrôle du pays.

Elle a tenté à deux reprises de partir avant l’échéance du 31 août fixée pour la fin de la mission militaire dirigée par les États-Unis. Toutefois, elle a été battue par des talibans et chassée d’une entrée de l’aéroport, où on lui avait dit de rencontrer des responsables canadiens pour obtenir un vol de retour, a-t-elle affirmé.

Jeudi, lorsque les dernières troupes canadiennes ont quitté le pays, elle a de nouveau tenté de monter dans un avion, mais a été arrêtée par les talibans, a dit Zak.

L’armée américaine a coordonné avec ses citoyens des rencontres dans des endroits plus sûrs, a-t-elle soutenu.

« Le gouvernement américain est entré en contact avec ses citoyens et [les responsables] leur ont donné un espace où aller. Ils y vont et ils les récupèrent à cet endroit, ou ils les envoient aux hôtels. Ils les récupèrent dans les hôtels », a-t-elle affirmé.

« Le gouvernement canadien peut sauver ses citoyens de plusieurs façons, mais il ne le fait pas. »

Zak a déclaré avoir reçu un appel à 3 h 40 du gouvernement canadien.

« Ils me disent : “Soyez à la porte à 6 h du matin et emportez de la nourriture et de l’eau avec vous”, a relaté Zak. Quand il fait noir, ce n’est pas sûr. Mais j’y suis allée plus tôt. »

Zak a indiqué qu’on lui avait également dit de porter du rouge afin que l’armée puisse la trouver à la porte, où elle serait examinée pour l’admission.

Des talibans tiraient avec des armes à feu et frappaient les gens près de la porte, a-t-elle déclaré. Elle a rencontré d’autres citoyens canadiens et a tenu près d’elle son passeport canadien pendant qu’elle tombait, se blessant à la tête et aux genoux.

Il y avait des soldats américains, mais l’armée canadienne n’était nulle part en vue, a déclaré Zak, qui a ajouté qu’elle avait attendu un moment avant de partir.

Quelques heures plus tard, une bombe a explosé là où elle attendait, a-t-elle déclaré. L’explosion a tué 13 militaires américains et au moins 60 civils afghans.

« J’ai vu tellement d’enfants là-bas. J’ai vu tellement de gens et ils sont tous morts maintenant », a déclaré Zak en larmes.

« Je suis désolée pour mon peuple. Ce sont de bonnes personnes avec un bon cœur. Chaque jour maintenant, vous attendez juste la mort. C’est une mort lente pour nous. »

M. Trudeau a été interrogé sur l’attentat à la bombe lors de la campagne électorale fédérale jeudi et a déclaré que c’était une « journée très difficile ». Il a ajouté qu’Ottawa s’est engagé à réinstaller plus de 20 000 Afghans au Canada. Le Canada a embarqué environ 3700 ressortissants canadiens et réfugiés afghans sur des vols d’évacuation au cours des dernières semaines.

La plus jeune fille de Zak, Marjan, 25 ans, a déclaré que le premier ministre devrait avoir honte.

« [Justin] Trudeau était plus intéressé par sa campagne électorale et il dit qu’il concilie les deux. Mais ce n’est évidemment pas le cas et vous pouvez le voir », a-t-elle déclaré.

« Ils étaient comme… “Allez à l’aéroport”. Mais comment êtes-vous censé vous rendre à l’aéroport quand les gens se font tirer dessus à gauche, à droite et au centre ? Il n’y a aucun moyen d’entrer », a-t-elle dit.

« Il faudra peut-être un miracle pour que ma mère rentre à la maison », a laissé tomber une autre fille de Zak, Laila.