Des employés du Marriott Château Champlain ont manifesté samedi au centre-ville de Montréal pour protester contre le congédiement qu’ils jugent « totalement injuste » de la présidente de leur syndicat, en pleines négociations pour le renouvellement de la convention collective.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Humiliée, intimidée. » Aida Gonçalves ne mâche pas ses mots, alors qu’elle décrit l’attitude de l’employeur, qui l’a remerciée mi-juillet. « Ça fait à peu près 25 ans que je milite dans le milieu syndical, et je n’avais jamais vu ça avant. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les dernières directions », explique la femme de 61 ans en marge du rassemblement. Elle compte 32 ans d’ancienneté à l’hôtel.

Mme Gonçalves se dit « vexée » par l’attitude de l’employeur.

Ça a été un coup dur, surtout que je n’ai rien à me reprocher. Ça a été un choc. Je pense que mon congédiement, c’est pour m’éloigner des tables de négociation, pour m’empêcher de mobiliser mon monde.

Aida Gonçalves, présidente du syndicat du Château Champlain

Le 8 juillet, la leader syndicale avait participé à une mobilisation dans le hall de l’hôtel, afin de dénoncer l’usage « excessif » de la sous-traitance pour des tâches habituellement confiées à des travailleurs syndiqués. Le syndicat déplore également que les employés n’aient plus accès à une cafétéria et à un vestiaire propre depuis que des travaux de rénovation ont eu lieu dans l’hôtel, le printemps dernier.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Aida Gonçalves, présidente du syndicat des employés du Château Champlain

« On a manifesté pacifiquement, on a tenu des discours. Puis on est sortis. Le jour même, j’ai reçu une lettre par huissier m’informant que j’étais suspendue », dit la principale intéressée. Six jours plus tard, le 14 juillet, elle affirme avoir été convoquée par l’employeur qui, malgré ses explications, a décidé de la congédier. « Je leur ai dit que nos démarches étaient légitimes, qu’on avait des revendications, mais personne ne m’a écoutée. »

Je vis toute seule, je n’ai personne pour m’aider financièrement. J’ai besoin de travailler pour gagner ma vie, donc c’est sûr que je vais continuer le combat. Je ne me laisserai pas intimider.

Aida Gonçalves

La Confédération des syndicats nationaux (CSN), de son côté, soutient le mouvement. « Quand l’une des nôtres est victime d’une injustice, c’est tout le mouvement qui réagit, a soutenu la vice-présidente de l’organisation, Katia Lelièvre. C’est pour cette raison qu’il y a des militantes et des militants de tous les secteurs qui sont présents aujourd’hui. »

« La réaction de l’employeur est complètement démesurée et s’apparente à de l’intimidation », a aussi dénoncé la présidente du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN), Dominique Daigneault.

Atteinte « aux droits fondamentaux »

Lundi, le Tribunal administratif du travail a tranché contre l’employeur, qui empêchait Mme Gonçalves d’avoir accès au local syndical de l’hôtel depuis son congédiement. La Cour a jugé qu’il y a là une atteinte « aux droits fondamentaux du syndicat », ordonnant du même coup à l’employeur de permettre à Mme Gonçalves de participer aux séances de conciliation et de négociation.

Trois séances sont d’ailleurs prévues entre les 11 et 19 août prochains. Et si le conflit persiste, le syndicat n’exclut pas d’autres moyens juridiques, craignant que plusieurs employés ayant beaucoup d’ancienneté ne perdent leur emploi.

Selon le responsable du secteur de l’hôtellerie à la Fédération du commerce, Michel Valiquette, le recours de l’employeur à la sous-traitance a pour effet de ralentir la cadence des rappels de salariés qui ont été mis à pied depuis le début de la pandémie de COVID-19. Il n’y a que de « 15 à 25 personnes » qui ont été rappelées depuis la réouverture de l’hôtel à la suite des travaux de rénovation, a-t-il expliqué samedi à La Presse. Avant la pandémie, l’hôtel avait un effectif de 220 syndiqués.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Hôtel Marriott Château Champlain

La Fédération a déjà interpellé des ministres des gouvernements Legault et Trudeau pour dénoncer la position de la direction, qui bénéficie de programmes gouvernementaux comme le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) et la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC).

Au 31 mars, la Société en commandite Château Champlain avait reçu 6,2 millions du PACTE, tandis que le groupe hôtelier et immobilier Tidan, propriétaire de l’hôtel, avait obtenu environ 10,7 millions. Tidan a également bénéficié de la SSUC, selon le registre fédéral du programme.

La Presse n’a pas été en mesure de joindre le groupe Tidan samedi, dans la foulée de la manifestation. Dans une déclaration transmise par courriel vendredi, Tidan avait néanmoins fait savoir que sa réponse viendrait la semaine prochaine, en soulignant qu’il y avait un processus de médiation en cours.

Avec Julien Arsenault, La Presse