Près de la moitié des produits de la mer provenant d’épiceries et de restaurants canadiens pourraient bien être « mal identifiés », révèle une enquête parue mercredi. L’organisme derrière cette étude appelle Ottawa à créer un système de traçabilité « du navire à l’assiette ».

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Le Canada est encore aux prises avec un problème de fraude généralisée en matière de produits de la mer, ce qui menace les Canadiens, les pêcheurs honnêtes, les écosystèmes marins et notre économie des produits de la mer », plaide le groupe Oceana Canada, organisation caritative qui a pour mission de restaurer la richesse des océans au pays.

L’organisme dit avoir « réexaminé » ces derniers mois la distribution des produits de la mer dans quatre villes canadiennes, soit Montréal, Toronto, Ottawa et Halifax. Résultat : 43 des 94 échantillons examinés dans ces différentes villes étaient « mal identifiés », soit 46 %.

C’est à Montréal que le taux est le plus fort, soit 52 %, suivi d’Ottawa et de Toronto (50 %), puis de Halifax (32 %). Un produit de la mer « mal identifié » signifie que les renseignements affichés en milieu commercial sont inexacts.

L’étude révèle par exemple au moins 10 cas où « du stromaté ou du thon étaient en fait de l’escolier », un poisson gras qui peut provoquer « des symptômes gastro-intestinaux » comme de la diarrhée ou des vomissements. Sa vente est d’ailleurs interdite dans plusieurs pays.

« Une mauvaise identification, ça peut vouloir dire beaucoup de choses, par exemple un produit identifié comme sauvage qui est en réalité un produit d’élevage, ou un produit moins cher ou de moins bonne qualité que ce qui est indiqué. Ça peut aussi vouloir dire un produit issu de la pêche illégale », explique la responsable de campagne pour Oceana Canada, Sayara Thurston, en entrevue avec La Presse.

Entre 2017 et 2019, son organisme avait réalisé le même exercice sur plus de 470 échantillons ; cette première mouture de l’étude avait alors conclu à un taux de mauvaise identification très similaire, oscillant autour de 47 %. « Ça montre qu’il n’y a eu aucun changement dans la traçabilité de nos produits en quatre ans. Il faut des actions concrètes », rappelle Mme Thurston.

Un engagement à concrétiser

Oceana Canada déplore que le gouvernement libéral de Justin Trudeau n’ait toujours pas fourni à ce jour de « plan ou d’échéancier » quant à sa promesse de mettre en œuvre un système de traçabilité du « navire jusqu’à l’assiette du consommateur ».

« Ce qu’on demande, c’est de suivre les produits de leur point d’origine jusqu’aux acheteurs, avec des données électroniques qui permettent de documenter leur provenance. Actuellement, ça n’existe pas, au Canada », souligne à grands traits la porte-parole, qui souligne que l’Union européenne et les États-Unis ont chacun instauré un système de traçabilité, tandis que le Japon « est en train d’en élaborer un ».

À la veille d’une nouvelle campagne fédérale, elle invite ainsi tous les partis à se prononcer sur le sujet.

Qu’on soit à gauche ou à droite, personne n’a envie d’acheter un produit mal étiqueté ou vendu illégalement, voire qui nuit aux océans. Il faut vraiment qu’on se fixe une date pour mettre en place ce système.

Sayara Thurston, responsable de campagne pour Oceana Canada

En novembre 2020, Oceana Canada avait révélé dans un autre rapport que la faiblesse des normes de traçabilité des produits de la mer entraîne des pertes fiscales annuelles pouvant atteindre 93,8 millions, de même que jusqu’à 379 millions en pertes de revenus pour les travailleurs de l’industrie canadienne.

Chaque année, les Canadiens dépenseraient à leur insu jusqu’à 160 millions en produits de la mer issus de la pêche illégale, non réglementée et non déclarée. Oceana Canada espère qu’on améliorera les mesures de vérification de la traçabilité, comme l’identification de l’espèce par test d’ADN, et des mesures de contrôle prévoyant des pénalités assez importantes pour décourager la fraude.

Avec La Presse Canadienne