(Ottawa) Le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique conclut que Justin Trudeau n’a pas été impliqué dans la décision qui a vu des députés libéraux utiliser leurs budgets financés par les contribuables pour retenir les services d’une entreprise dirigée par un vieil ami du premier ministre.

Joan Bryden La Presse Canadienne

Dans une lettre à M. Trudeau, le commissaire Mario Dion se dit convaincu que le premier ministre n’a pas été impliqué dans la décision du Bureau de recherche libéral de conclure un contrat avec la firme Data Sciences, appartenant à son vieil ami Tom Pitfield.

En conséquence, M. Dion conclut qu’il n’a aucune raison de croire que M. Trudeau a agi de quelque manière que ce soit pour promouvoir indûment les intérêts privés de M. Pitfield. Le commissaire à l’éthique estime donc qu’une enquête n’est pas justifiée dans cette affaire.

C’est le député conservateur Michael Barrett qui avait demandé au bureau de M. Dion d’enquêter lorsque le Globe and Mail a écrit que la plupart des députés libéraux payaient les firmes NGP VAN et Data Sciences pour les aider à gérer les dossiers de leur circonscription.

NGP VAN, une entreprise américaine, fournit au Parti libéral du Canada (PLC) le logiciel qu’il utilise pour gérer sa base de données de campagne. La firme de M. Pitfield, Data Sciences, est le seul fournisseur canadien de soutien technique pour ce logiciel américain.

Le Parti libéral affirme qu’une muraille étanche est maintenue entre les services politiques que les deux sociétés fournissent au PLC et les services qu’elles fournissent aux députés pour les soutenir dans leur travail de circonscription.

M. Dion note que NGP VAN aide les députés libéraux à gérer les dossiers de leur circonscription depuis 2009. Il rappelle aussi que le PLC a décidé en 2016 que les services supplémentaires de Data Sciences étaient nécessaires, en raison de la taille accrue du caucus libéral après les élections de 2015.

Selon M. Dion, des documents démontrent que les paiements des députés libéraux pour les services des deux entreprises sont coordonnés par le Bureau de recherche libéral et par le Service des finances du Groupe de gestion du greffier de la Chambre des communes.

C’est M. Trudeau qui est le député responsable du Bureau de recherche libéral, mais M. Dion est d’avis que le premier ministre a délégué ses pouvoirs au directeur général du Bureau, y compris le pouvoir de conclure des contrats avec des entreprises.

Tom Pitfield et Justin Trudeau sont des amis d’enfance : Michael Pitfield, le père du premier, a été greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet de Pierre Elliott Trudeau. Des années plus tard, Tom Pitfield a dirigé toutes les activités numériques du Parti libéral du Canada lors des deux dernières élections. Son épouse, Anna Gainey, a aussi été présidente du PLC.

Les conservateurs s’étaient jetés sur la révélation que les députés libéraux payaient Data Sciences Inc, prétendant que c’était un autre exemple du prétendu manque d’éthique de JustinTrudeau.

« C’est certainement payant d’être un proche du Parti libéral à Ottawa ces jours-ci », avait déclaré la chef conservatrice Erin O’Toole à la Chambre des communes en juin.

Les conservateurs ont orchestré une réunion d’urgence du comité d’éthique des Communes le mois dernier pour examiner la question, mais les membres libéraux, qui ont accusé les conservateurs de se lancer dans une chasse aux sorcières, ont contrecarré les efforts pour lancer une enquête.

Depuis lors, cependant, Global News a révélé que le bureau d’Erin O’Toole avait donné près de 240 000 $ de contrats financés par les contribuables à des proches des conservateurs au cours des six premiers mois d’Erin O’Toole à la tête du parti.

Le député libéral Steven MacKinnon a salué la décision de Mario Dion mardi concernant Justin Trudeau, affirmant que « le commissaire a rejeté les allégations désespérées et sans fondement des conservateurs ».

« Cela montre encore une fois que les conservateurs d’Erin O’Toole feront tout pour jeter de la boue et détourner l’attention de leurs propres problèmes internes », a déclaré Steven MacKinnon dans un communiqué.

Il a également accusé Erin O’Toole d’hypocrisie, ayant « été surpris en train de donner plusieurs contrats financés par les contribuables à des proches des conservateurs ».