Après 16 mois de pandémie, des membres de la communauté algérienne de Montréal veulent rentrer au pays afin de pleurer leurs morts et de soutenir leur famille. Une pétition circule pour demander le rétablissement de la liaison aérienne entre Montréal et Alger par Air Algérie, suspendue depuis mars 2020. En Europe, la compagnie aérienne est à nouveau en activité depuis le début de juin.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

« L’Algérie, actuellement, est devenue un rêve », se désole Aziz Abdelhadi, instigateur de la pétition demandant que les avions d’Air Algérie décollent de nouveau de Montréal. Près de 3000 signatures appuient cette demande en date du 15 juillet. Hormis des vols nolisés, Air Algérie n’a pas fait décoller d’avions de Montréal depuis le 17 mars 2020.

Aziz Abdelhadi, qui vit à Montréal, énumère les déchirements vécus par la diaspora algérienne. Le père qui n’a jamais rencontré son nouveau-né et les enfants qui ont assisté aux obsèques de leurs parents par Messenger font partie des témoignages qui déferlent dans la communauté. « Cette pétition, elle sert à aider les familles en détresse », résume-t-il.

Toute ma famille est là-bas. J’ai seulement mes enfants ici.

Malika Adam, Montréalaise d’origine algérienne qui n’a pu se rendre au chevet de son père malade, l’été dernier

Le consul général d’Algérie à Montréal, Noureddine Meriem, espère que la pétition aboutira. « Cela dénote l’attachement de la communauté à son pays d’origine », estime ce dernier, rencontré dans ses bureaux de la rue Saint-Urbain.

Le 1er juin, l’Algérie a annoncé l’ouverture partielle de ses frontières, après les avoir fermées pendant plus d’un an en raison de la pandémie.

Depuis juin, il est donc possible de se rendre en Algérie en transitant par l’Europe. Mais pour Aziz Abdelhadi, les cas de COVID-19 que recensent certains pays rendent l’escale inquiétante. « Pourquoi Air Algérie est-elle en activité dans des endroits où la COVID-19 fait des ravages, et non dans des pays comme le Canada ? », se demande-t-il. L’Espagne, qui fait partie de la liste des destinations d’Air Algérie, connaît actuellement une flambée des contaminations. Au cours des deux dernières semaines, la Catalogne, région du nord-est du pays qui compte 7,7 millions d’habitants, a enregistré quelque 79 000 nouveaux cas.

Farida Chemmakh s’explique mal ce choix d’ouvrir les frontières aux destinations européennes, mais pas aux destinations nord-américaines. « Nous, au Canada, on a été oubliés », affirme celle qui souhaite aller se recueillir sur la tombe de ses parents, en Algérie.

Avec un groupe, elle s’est rendue à Ottawa le 10 juillet afin que l’ambassadeur de l’Algérie transmette leur demande au gouvernement algérien.

À Montréal, Aziz Abdelhadi salue l’aide du consulat, qui a porté les demandes de la communauté aux autorités algériennes. Selon le consul général Noureddine Meriem, si la liaison montréalaise est toujours en suspens, ce n’est pas par négligence de la part des autorités. « Se sentir oubliés, c’est trop dire, estime-t-il. Il n’y a aucune autre explication que la gestion de la pandémie. »

Il est vrai que la situation épidémiologique en Algérie en inquiète certains, dont Farida Chemmakh. Depuis le début du mois de juillet, le nombre de cas augmente. Selon le site Algérie Presse Service, le pays comptait 878 nouveaux cas en date du 12 juillet, sur une population totale d’environ 43 millions d’habitants. À titre comparatif, 52 nouveaux cas ont été enregistrés ce jour-là au Québec, qui compte près de 9 millions d’habitants.

Des vols abordables ?

Une autre inquiétude plane dans la communauté algérienne. Si la liaison reprend du service, quel sera le prix ? « On parle de 600 euros pour un vol de Paris à Alger », lance Aziz Abdelhadi, estomaqué par le coût de l’aller-retour.

La flambée des prix inquiète également la diaspora chinoise, soulève Xixi Li, du Service à la Famille chinoise du Grand Montréal. « Depuis la COVID-19, la communauté a beaucoup de difficulté à acheter des billets d’avion, qui sont parfois super chers. Ça donne énormément de problèmes aux gens qui veulent retourner en Chine », déplore-t-elle.

Avec l’Agence France-Presse

Montréal, une porte vers l’étranger ?

En 2021, Montréal est-il redevenue une porte vers l’étranger ? « Bien qu’un certain niveau d’activité se fasse sentir à YUL [aéroport Pierre-Elliott-Trudeau], nous sommes très loin du portrait enregistré en 2019, particulièrement en ce qui concerne les destinations internationales », indique Anne-Sophie Hamel, porte-parole d’Aéroports de Montréal. Actuellement, 23 destinations internationales sont desservies à partir de YUL. À pareille date en 2019, Montréal permettait de rallier 71 destinations à l’étranger. Parmi les liaisons toujours suspendues, on retrouve entre autres Prague, Barcelone, Shanghai et Tokyo.

60 375

Nombre de personnes d’origine algérienne au Québec en 2016

13 129

Nombre d’immigrants en provenance de l’Algérie entre 2015 et 2019

Source : Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec

Un rassemblement se tiendra devant le consulat général d’Algérie à Montréal le samedi 17 juillet pour demander l’ouverture totale des frontières algériennes et la reprise des vols de Montréal vers Alger.