Les recherches de sépultures anonymes sont loin d’être terminées sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops. Dans un rapport préliminaire rendu public jeudi, la communauté tk’emlups te secwépemc a revu leur nombre légèrement à la baisse, mais a signalé qu’à peine 1 % de la superficie du site de l’ancien établissement avait été scruté à l’aide de radars pénétrants.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« C’est une vérité pesante », a lâché la cheffe de cette Première Nation de la Colombie-Britannique, Rosanne Casimir. « Nous ne sommes pas ici par esprit de vengeance. Nous sommes ici pour nous souvenir des enfants morts dans des circonstances inimaginables, dont les dépouilles ont été laissées dans des sépultures anonymes », a-t-elle ajouté.

Les recherches pilotées Sarah Beaulieu, chargée de cours en anthropologie à l’Université Simon Fraser et spécialiste de la technologie de radars pénétrants (GPR), ont mené à l’identification de 200 sépultures potentielles d’enfants, plutôt que les 215 qui avaient été annoncées fin mai, dans un verger de 7000 mètres carrés. Les anomalies dans le terrain portent à croire qu’il s’agit d’enfants.

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La professeure Sarah Beaulieu de l’Université de la vallée du Fraser

« Les gardiens du savoir se souviennent avoir vu des enfants âgés d’à peine 6 ans se faire réveiller en plein milieu de la nuit pour creuser des trous pour les enterrements dans le verger », a-t-elle exposé. Ces dépressions dans le sol étant moins prononcées, on conclut à des sépultures d’enfants, a expliqué Mme Beaulieu devant des survivants des pensionnats autochtones lors d’une cérémonie à Kamloops.

« Le nombre total de sépultures d’enfants disparus sur le site du pensionnat autochtone de Kamloops demeure inconnu, car on parle d’une enquête préliminaire », mais aussi parce qu’il reste plus de 160 acres (environ 650 000 m2) à passer au peigne fin, a-t-elle dit.

Par ailleurs, la technologie GPR ne peut permettre, à elle seule, de tirer des conclusions — il faudra attendre l’excavation et les expertises médicolégales, si la communauté le veut. Et certains ont exprimé le souhait de laisser ces dépouilles où elles sont, dont Evelyn Camille, qui a fréquenté le pensionnat de Kamloops pendant 10 ans et qui a livré un poignant témoignage, jeudi.

« Preuves incontestables » de crimes

Selon la cheffe fraîchement élue de l’Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, il est clair que des crimes ont été commis. Affirmant qu’elle comptait faire de ce dossier une priorité, elle a pressé le fédéral d’ouvrir une enquête indépendante. « Il y a des preuves incontestables qu’il y a eu des crimes. […] Et les crimes commandent des enquêtes », a lancé la dirigeante.

Le gouvernement fédéral a été appelé à y contribuer en bonifiant l’aide financière pour donner aux communautés les moyens de faire des fouilles et en rendant publics des registres d’inscription des pensionnats. En marge d’une annonce à Montréal, Justin Trudeau a acquiescé à ces deux demandes. « Les 27 millions mis de l’avant étaient un financement initial […] et nous nous sommes engagés à partager les registres que le gouvernement a en sa possession », a-t-il affirmé.

La confirmation de l’existence de sépultures anonymes au pensionnat britanno-colombien, l’un des 139 établissements du type qui étaient administrés par Ottawa à travers le Canada, a provoqué une onde de choc au pays. Depuis, on en a découvert des centaines, surtout dans l’Ouest, dont 751 dans la Première Nation de Cowessess, en Saskatchewan.

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Des membres de communautés autochtones canadiennes à Kamloops, en Colombie-Britannique

Mais la Commission de vérité et réconciliation avait préparé le terrain dans un rapport publié en 2015. Aujourd’hui, le nombre d’enfants autochtones arrachés à leurs familles et jamais revenus est évalué à plus de 4100 par la Commission.

« Ces enfants étaient aimés par leurs familles et leurs communautés lorsqu’ils ont été emportés de force, souvent par la GRC, souvent par des agents des Indiens. Le rapport publié [jeudi] montre que la récupération de nos enfants n’est pas terminée », a soufflé la cheffe RoseAnne Archibald.

Des remous au Manitoba

À peu près au même moment, au Manitoba, un nouveau ministre de la Réconciliation avec les Autochtones entrait en fonction — pour remplacer une ministre qui avait claqué la porte en raison de propos du premier ministre, Brian Pallister, sur le colonialisme.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Alan Ladimodiere a eu une première journée difficile.

« Le système des pensionnats autochtones a été conçu afin d’offrir à ces enfants les habiletés et les compétences nécessaires et leur permettre de s’intégrer dans la société alors qu’elle progressait », a-t-il déclaré en point de presse à l’Assemblée législative de la province, jeudi.

Choqué, le chef du Nouveau Parti démocratique du Manitoba, Wab Kinew, a interrompu le nouveau ministre.

« Je suis un témoin honoraire de la Commission de vérité et réconciliation, j’ai entendu les histoires des survivants. Je ne peux accepter que vous disiez ce que vous venez de dire sur les pensionnats autochtones. L’objectif clair de ces pensionnats était de tuer l’Indien dans l’enfant », a-t-il protesté.

Le Programme de soutien en santé pour la résolution des questions des pensionnats indiens a une ligne d’assistance téléphonique pour aider les survivants des pensionnats pour enfants autochtones et leurs proches souffrant de traumatismes provoqués par le rappel d’abus passés. Le numéro est le 1866 925-4419.