La vague de chaleur dans l’Ouest canadien sème l’inquiétude partout dans le monde depuis plusieurs jours, vu son intensité et les ravages qu’elle fait sur le territoire. À quoi peut-on s’attendre dans les prochaines semaines ? Faut-il craindre d’autres drames ? Et que faut-il retenir de cet épisode marquant ? Le point avec le météorologue Maxime Desharnais, d’Environnement Canada.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Q. Qu’est-ce qui fait que l’Ouest est un environnement très propice au feu ?

R. Le gros élément déclencheur, c’est la chaleur. C’est l’ingrédient principal de la formation des orages. La table était mise avec le temps sec pour que ce soit propice aux incendies. Ce qui s’est passé à Lytton en est un triste exemple. Il a fait très chaud, ç’a été sec pendant un certain temps, puis des pyrocumulonimbus se sont formés, c’est-à-dire des nuages d’orage causés par la chaleur qui est accentuée par les incendies. Ça a probablement déclenché d’autres incendies dans les alentours. Dès mardi, un creux en altitude a traversé la région. C’est un autre élément déclencheur d’orages plus habituels.

Q. À quoi peut-on s’attendre du côté des conditions météo dans les prochains jours ?

R. Dans les terres, la qualité de l’air est très mauvaise à cause de la fumée, et il n’y a pas beaucoup de circulation pour la disperser. Il y en a, mais ça va diminuer au cours de la fin de semaine. La fumée va donc stagner. Puis, tranquillement au cours de la semaine, ça devrait se disperser, sauf que les vents ne seront pas très forts. D’après moi, ils vont vivre avec cette situation encore quelques jours. Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas un système météo côtier chargé en humidité, on va être pris là-dedans. Le problème, c’est qu’en été, ces systèmes sont de plus en plus rares.

Q. Quels sont les risques à considérer après la vague de chaleur ?

R. Si ce nouveau système arrivait, ça apaiserait les incendies, mais ça accentuerait les inondations déjà en cours, notamment entre Prince George et Jasper, où les niveaux des rivières sont très élevés. Ils seraient alors très propices aux inondations. Tout ça reste donc très délicat. C’est aussi très difficile à gérer du point de vue de l’intervention, peu importe ce qui survient.

Q. Où se trouve le Québec par rapport à tout ça ?

R. On n’est pas à l’abri. Ça fait des années que les climatologues prévoient que la circulation en haute atmosphère va diminuer. Ces déplacements plus lents peuvent créer beaucoup de problèmes, à savoir des inondations d’un côté d’un système et des sécheresses de l’autre. Chaque province a aussi ses propres effets locaux. En Colombie-Britannique, il y a beaucoup de montagnes, et la convection est accentuée par ça. Il y a aussi beaucoup d’arbres qui fournissent de l’humidité pour les orages. Au Québec, si on vivait une sécheresse en été, dans un moment plus propice aux orages, on augmenterait les risques d’avoir des incendies.

Q. À quelles mesures concrètes peut-on penser pour s’y préparer ?

R. Il faut surtout planter des arbres dans les zones urbaines pour avoir un répit de la chaleur. Ça contribue à faire baisser les températures en ville. C’est un enjeu de changements climatiques, donc, ultimement, les mesures à prendre sont humaines, en matière de consommation. Par exemple, essayer d’utiliser moins son véhicule. Ce n’est pas juste une personne qui va changer les choses ; ce sont vraiment des démarches collectives qu’il faut entreprendre.

Q. La crise dans l’Ouest annonce-t-elle d’autres évènements du genre ?

R. Ça reste à voir, mais ça fait des années que les scientifiques et les climatologues signalent les symptômes des changements climatiques. Là, on est en train de les voir. Ça se détaille sous nos yeux comme on les avait prédits. On voit les ouragans qui stagnent sur les côtes aux États-Unis, parce qu’il n’y a pas de circulation en haute atmosphère. Ces symptômes ont été détaillés il y a de nombreuses années. Ça se concrétise maintenant sous nos yeux.