Munis de pagaies, de planches ou d’autres embarcations, les Québécois sautent plus que jamais à pieds joints dans les plans d’eau de la province. Mais dans un contexte où l’attrait pour les sports nautiques est grandissant, les risques de noyades le sont tout autant.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« L’année dernière, on avait 95 morts liées à l’eau [soit] 15 de plus que la moyenne annuelle des 10 dernières années, et 36 de plus par rapport aux données de 2019 », affirme le directeur général de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins.

« Cette année, tous les éléments sont réunis pour avoir le même genre de situation [qu’en 2020] », précise-t-il. Ce sont 25 morts liées à l’eau en 2021 qui étaient rapportées samedi par la Société de sauvetage. À pareille date, en 2020, 23 noyades avaient eu lieu.

Trois personnes se sont noyées la semaine dernière, dont deux enfants. Un jeune de 10 ans s’est noyé lors d’une sortie scolaire jeudi, à la base de plein air de Sainte-Foy, à Québec. Un ami aurait averti un surveillant que le garçon avait disparu dans l’eau, enclenchant des recherches.

Cette hausse s’explique par de nombreux facteurs, selon M. Hawkins. L’augmentation de la vente de piscines résidentielles, de motomarines et d’embarcations nautiques y est pour quelque chose. Un aspect mathématique contribue aussi au phénomène. Plus il y a de personnes à proximité de l’eau, plus les risques de noyades sont grands.

Un été sur l’eau

À Montréal, il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour mesurer l’engouement palpable pour les sports nautiques.

L’Espace Navi, entreprise de location de kayaks, reçoit « au moins deux fois plus » de personnes depuis le début de la pandémie, indique un employé, Frédérik White, qui se trouvait dans le petit bâtiment où s’effectuent les réservations.

Parmi elles, Celia Ribeil marchait samedi après-midi sur l’herbe des berges de Verdun, pagaie et kayak en main, en direction de la rampe permettant de mettre son embarcation à l’eau. « C’est la deuxième fois [que j’en fais], c’est super récent », a affirmé la jeune femme, accompagnée de son conjoint et de deux amis expérimentés en la matière.

Le groupe avait aussi réservé des kayaks à l’Espace Navi. Un employé, Gabriel Bureau, a aidé les kayakistes à s’élancer dans le fleuve Saint-Laurent.

« Il faut faire attention, il faut rester plus sur le bord », leur a précisé Gabriel, alors qu’un fort vent se faisait sentir.

Chaque personne qui loue un kayak avec l’entreprise, a-t-il expliqué, part en expédition avec une petite radio, dans laquelle se trouve un GPS. Chaque kayakiste se voit également muni d’une veste de flottaison avec un sifflet et une écope, pot permettant de retirer l’eau de l’embarcation.

Gabriel Bureau a réitéré l’importance de s’informer avant d’entreprendre un sport nautique. « Les gens s’achètent un kayak au Canadian Tire, puis ne pensent pas à avoir tout [l’équipement] », a-t-il lancé sous le soleil de juin.

Des Montréalais qui raffolent de sports nautiques

  • L’Espace Navi loue des kayaks pour voguer sur le fleuve le long des berges de Verdun.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    L’Espace Navi loue des kayaks pour voguer sur le fleuve le long des berges de Verdun.

  • Un couple de kayakistes fait une pause pour photographier les canards colverts qui les accompagnent.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    Un couple de kayakistes fait une pause pour photographier les canards colverts qui les accompagnent.

  • L’entreprise de location de kayaks reçoit « au moins deux fois plus » de personnes depuis le début de la pandémie.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    L’entreprise de location de kayaks reçoit « au moins deux fois plus » de personnes depuis le début de la pandémie.

  • Non loin de là, la « vague à Guy », à LaSalle, est un endroit très prisé des surfeurs montréalais.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    Non loin de là, la « vague à Guy », à LaSalle, est un endroit très prisé des surfeurs montréalais.

  • À tour de rôle, les amateurs de planche s’élancent pour affronter les remous du fleuve Saint-Laurent.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    À tour de rôle, les amateurs de planche s’élancent pour affronter les remous du fleuve Saint-Laurent.

  • Les autres observent patiemment comment chacun s’y prend dans une atmosphère conviviale.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    Les autres observent patiemment comment chacun s’y prend dans une atmosphère conviviale.

  • L’expérimenté Jérémie Gauthier-Lacasse, surfeur depuis 10 ans, en profite pour donner des conseils aux novices.

    PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

    L’expérimenté Jérémie Gauthier-Lacasse, surfeur depuis 10 ans, en profite pour donner des conseils aux novices.

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Un intérêt qui ne faiblit pas

L’engouement pour les sports nautiques se fait fortement ressentir dans les magasins spécialisés. « C’est énorme, on n’a jamais vu ça », affirme sans équivoque le propriétaire de la boutique de plein air Aérosport Oka, Eric Marchand.

« On pensait que ça diminuerait cette année, mais ça a juste augmenté une fois de plus », ajoute-t-il. Eric Marchand explique que son entreprise a vu son chiffre d’affaires doubler.

Le magasin a réussi à éviter les pénuries d’approvisionnement d’équipement de plein air en effectuant des commandes auprès de plusieurs fournisseurs, en septembre dernier.

« Les entreprises nous ont déjà demandé de leur envoyer nos commandes de 2022, pour avoir suffisamment de temps pour produire [la marchandise], pour nous les livrer au printemps prochain », dit le propriétaire, en soulignant que ses produits se vendent « quelques jours » après leur réception.

Les plages horaires de l’école de surf de rivière et de Kayak KSF (Kayak sans frontières), à LaSalle, sont quant à elles remplies un mois à l’avance, a dit un professeur de surf, Antoine Lavigne.

Je n’ai jamais vu autant de monde être sur l’eau. C’est un explosion totale.

Antoine Lavigne, professeur de surf

À quelques kilomètres de l’Espace Navi, la « vague à Guy », à LaSalle, est prise d’assaut par les surfeurs. Un esprit de collégialité règne parmi les amateurs de planche, qui affrontent les remous du fleuve Saint-Laurent avec aplomb.

Jérémie Gauthier-Lacasse, surfeur depuis 10 ans, donne des conseils aux sportifs, les deux pieds dans l’eau. Il monte l’escalier en béton qui relie le fleuve au sommet de la berge, pour expliquer à La Presse que la vague est idéale pour les débutants, comme elle se trouve à proximité du rivage.

« Quand tout arrête, mais que le surf continue, ça donne le goût aux autres qui voient que, toi, tu continues à faire ton activité », affirme Jérémie, qui dit avoir perçu une augmentation de l’engouement pour le surf.

Manque de formations et pénurie de sauveteurs

L’arrêt des cours de natation en raison de la COVID-19 peut contribuer à l’augmentation du nombre de noyades, selon Raynald Hawkins, de la Société de sauvetage. « On forme 5500 nouveaux médaillés de bronze chaque année, le premier niveau pour devenir sauveteur. Mais l’année dernière, on en a formé 2400 », dit M. Hawkins, qui déplore une « pénurie de sauveteurs ». « À certains endroits, particulièrement les plages, on va réduire les heures de surveillance. Mais ça ne veut pas dire pour autant que les gens ne prendront pas le risque de se baigner », précise-t-il, avant de rappeler qu’il est important de ne jamais se baigner seul. « Sur les 95 morts liées à l’eau, dans 50 % [des cas], les victimes étaient seules. »