Comment se voient les pères ? Invités par un sondage à indiquer comment ils percevaient leur rôle, les pères canadiens ont répondu qu’ils se voyaient d’abord comme des « pourvoyeurs » (43 %), alors que c’est la toute dernière réponse donnée par les pères québécois (12 %).

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Ainsi, selon un sondage Léger réalisé à la demande du Regroupement pour la valorisation de la paternité, les pères d’ici se considèrent d’abord et avant tout comme des modèles (48 %) et comme un parent qui donne soins et affection (45 %).

Les pères québécois se distinguent aussi quant à leurs attentes face aux politiques publiques. En effet, 77 % d’entre eux (comparativement à 65 % des pères canadiens) estiment « très important » de bénéficier d’un congé à la naissance d’un enfant et qu’ils soient encouragés à l’utiliser. Dans presque les mêmes proportions, les pères québécois jugent beaucoup plus important que ceux des autres provinces d’avoir accès à des mesures de conciliation famille-travail.

Que pensent-ils de l’idée que « les deux parents travaillent en équipe pour s’occuper de leurs enfants, c’est-à-dire qu’ils prennent ensemble toutes les décisions importantes » ? Les pères québécois sont tout à fait d’accord avec ce concept (à 89 %), comparativement à 79 % pour les pères du reste du Canada.

En cas de séparation, 85 % des pères québécois préconisent « une garde partagée où l’enfant passe à peu près autant de temps chez l’un et l’autre de ses parents ». Telle est aussi la préférence des pères des autres provinces, mais dans une moindre mesure (75 %).

Là où les pères se rejoignent d’un océan à l’autre, c’est sur la question des impacts de la pandémie. Ils s’entendent, à 64 % pour les Québécois et à 65 % pour les autres, pour dire que la COVID-19 a au moins eu le mérite de leur permettre de passer plus de temps avec leurs enfants.

Qui s’occupe des soins aux enfants ? Selon 71 % des pères du Québec, c’est partagé équitablement entre les deux parents, alors que 62 % des pères du reste du Canada répondent de même. Une étude de Statistique Canada, dévoilée en décembre, rendait toutefois compte du fait que l’école à la maison avait beaucoup alourdi le quotidien des femmes, sur qui cette tâche était largement retombée.

« Le message a passé »

Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement pour la valorisation de la paternité, juge particulièrement intéressante la perception très distincte qu’ont les pères québécois de leur rôle.

À quoi l’attribuer ? Selon M. Villeneuve, sans doute au fait « que les femmes québécoises ont revendiqué très fort l’égalité, qui s’inscrit dans beaucoup de nos politiques publiques ».

Les pères, particulièrement les plus jeunes, ont vraiment à cœur de s’engager auprès de leurs enfants, de créer un lien affectif. Le message a passé, pour cela comme pour les soins aux enfants.

Raymond Villeneuve, directeur général du Regroupement pour la valorisation de la paternité

M. Villeneuve fait observer que les pères ont cependant encore « du chemin à faire » dans le partage des tâches purement domestiques. (Dans le sondage Léger, 69 % des pères québécois et 61 % des pères des autres provinces répondent que c’est partagé équitablement.)

Selon lui, dans une partie des couples, le partage traditionnel des tâches domestiques est encore mis en application.

Pour ce qui est des politiques publiques, M. Villeneuve souligne que le gouvernement doit lui-même « avoir le réflexe paternité chaque fois qu’un service à la famille est mis en place ».

Il évoque par exemple la politique sur la périnatalité, attendue sous peu, qui fera le point sur les orientations gouvernementales d’accompagnement en matière de grossesse, d’accouchement et dans l’année qui suit la naissance.

Bien sûr, ce sont les femmes qui accouchent, mais M. Villeneuve fait remarquer que les hommes s’occupent aussi des nouveau-nés, ce qui est souvent négligé par les autorités, comme si les premiers mois de l’enfant étaient exclusivement du ressort de la mère.

Et encore aujourd’hui, dans certains formulaires, relève M. Villeneuve, il n’y a pas d’espace pour mettre le nom du père, « alors que le quart des familles monoparentales est dirigée par un père ».

Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits, trouve elle aussi particulièrement « réjouissant » que les familles québécoises comptent de plus en plus de pères qui se considèrent d’abord et avant tout comme des modèles, comme des éducateurs et des dispensateurs de soins et d’affection.

L’engagement paternel crée un lien d’attachement sécurisant qui est important pour le développement et l’estime de soi de l’enfant. Sans compter que l’implication du père est importante pour la conciliation travail-famille.

Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits

Les politiques publiques comptent pour beaucoup dans l’évolution des mœurs, fait-elle observer. Grâce au régime québécois d’assurance parentale, 80 % des pères ont pris un congé de paternité en 2017, rappelle Mme Dagenais.

À son avis, ce qu’il reste notamment à faire, maintenant, c’est de mettre fin aux différences de standards qui ont encore cours. Encore aujourd’hui, dit-elle, trop d’hommes se font regarder (encore plus) de travers que les femmes s’ils doivent partir plus tôt ou s’absenter en raison d’une obligation familiale.

L’étude a été réalisée par la firme Léger pour le compte du Regroupement pour la valorisation de la paternité, par le biais d’un sondage Web auprès de 2001 répondants au Canada (1000 au Québec et 1001 hors Québec), pères d’au moins un enfant de moins de 18 ans, ceux-ci pouvant s’exprimer en français ou en anglais. Les données ont été collectées du 4 au 16 mai 2021. À titre indicatif, un échantillon probabiliste de 2001 répondants aurait une marge d’erreur de +/- 2,2 %, 19 fois sur 20.