Des voix s’élèvent contre le gaspillage alimentaire, alors qu’un demi-million de poulets pourraient bientôt avoir été euthanasiés

Publié le 4 juin 2021
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Plus de 200 000 poulets ont été euthanasiés depuis le début de la grève à l’abattoir d’Exceldor, à Saint-Anselme, et 300 000 autres pourraient s’ajouter à ce nombre d’ici dimanche. De plus en plus de voix s’élèvent pour sauver les volailles de l’asphyxie.

« Imaginez que vous produisez 50 tonnes de salade et que, finalement, vous la brûlez. Est-ce que c’est dérangeant ? C’est la même affaire avec les poulets. On a une protéine animale de très haute qualité qui est mise de côté », lance Jean-Pierre Vaillancourt, spécialiste de la biosécurité dans les fermes et professeur titulaire à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Tout comme lui, l’Ordre des médecins vétérinaire et les Éleveurs de volaille du Québec ont interpellé le gouvernement, jeudi, pour mettre fin à ce gaspillage alimentaire de grande ampleur.

« Le gouvernement dit qu’il s’implique dans les négociations, mais il devrait en faire plus et dire que les animaux qui sont en production, il est hors de question de les jeter. On ne jette pas de la nourriture », martèle M. Vaillancourt.

Des questions éthiques

Gaston Rioux, président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec, est aussi d’avis qu’Exceldor, les syndiqués en grève depuis le 23 mai et les autorités doivent trouver une solution pour sauver ces animaux. « C’est une perte épouvantable », dit-il.

Quand les oiseaux atteignent leur poids, la seule solution qui a été trouvée, c’est de les euthanasier. C’est très préoccupant et ça soulève plusieurs questions éthiques.

Gaston Rioux, président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec

M. Rioux s’interroge également sur les méthodes utilisées pour euthanasier, avec du CO2, les milliers de poulets. Il a communiqué avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et l’Union des producteurs agricoles à ce sujet dans les derniers jours. « L’euthanasie, comment se fait-elle ? Se fait-elle dans le respect du bien-être animal pour éviter toute forme de cruauté ? Y a-t-il un vétérinaire présent pour superviser les euthanasies ? Selon mes informations, il n’y en a pas », déplore-t-il.

Des méthodes « préoccupantes »

Jeudi en soirée, la Filière avicole a aussi exigé la fin de l’euthanasie des poulets dans les fermes. « L’euthanasie humanitaire non essentielle d’oiseaux et le détournement de la viande vers l’équarrissage qui en découle sont préoccupants », a indiqué l’organisation qui regroupe notamment les Éleveurs de volailles du Québec et la Fédération des producteurs d’œufs du Québec, dans un communiqué de presse. « L’arrêt des activités d’abattage de l’usine fragilise l’approvisionnement de poulets pour les consommateurs. »

Le MAPAQ soutient qu’il ne peut pas forcer un retour au travail des syndiqués, car les activités de la coopérative Exceldor ne sont pas assujetties au maintien des services essentiels. Laurence Voyzelle, attachée de presse du ministre André Lamontagne, presse les travailleurs et l’employeur à trouver une entente et précise qu’un conciliateur est disponible pour les accompagner. « Des scénarios d’euthanasie comme on voit présentement chez Exceldor ne devraient pas exister », dit-elle.