Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, s’est rendu aux arguments d’un groupe de parents qui se plaignaient de ne pas avoir droit à la bonification temporaire du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) pour une question de date.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

En tout, 30 000 mères pourront bénéficier d’une aide rétroactive calculée à compter du 27 septembre et toucher des prestations d’au moins 500 $ par semaine. Une mesure estimée à 106 millions, qui proviennent du Fonds d’assurance parentale.

Le groupe qui s’est battu pour faire corriger cette « injustice » est aux anges.

« On a fondu en larmes quand on a appris la nouvelle », a réagi Marie-Ève Gagné, mère d’un bébé de 10 mois. « C’était un immense soulagement. »

Rappelons que le gouvernement québécois avait dû mettre cette mesure en place à la suite de l’annonce par le gouvernement fédéral d’une bonification temporaire des prestations de maternité, des prestations parentales et des prestations d’adoption du régime d’assurance-emploi, dans le cadre de ses politiques de soutien aux familles touchées par la pandémie.

En vertu des ententes de parité, le gouvernement provincial devait accorder aux parents en congé de maternité une somme équivalente, soit un minimum de 500 $ par semaine.

La mesure, adoptée le 13 décembre, avait été accordée de façon rétroactive au 27 septembre. Mais il y avait un hic : seuls les parents qui avaient fait leur demande à partir du 27 septembre y avaient droit.

Marie-Ève Gagné, 30 ans, était au nombre des victimes de ce cruel jeu de loterie bureaucratique. Son bébé est né le 23 juillet, un mois après sa demande au RQAP. Ses prestations s’élèvent à 280 $ par semaine.

C’est cette éducatrice en garderie qui a mené la bataille au nom de toutes les mères victimes des critères d’admissibilité. Après avoir créé un groupe Facebook, RQAP Égalité pour tous, elle a lancé une pétition au début de l’année et obtenu une rencontre, le 20 mai, avec le ministre Jean Boulet. Deux autres jeunes mères l’ont aidée dans ses démarches, Myriam Matteau-Désilets et Marie-Chantale Savard.

« Si on n’avait pas levé le drapeau depuis décembre et qu’on n’avait pas milité, probablement qu’il n’y aurait jamais eu d’ajustement ou de correction par rapport à ça, croit-elle. Les choses ont fini par bouger parce que j’ai poussé pour rencontrer le ministre et lui parler. »

Victoire totale

Le député de Québec solidaire Alexandre Leduc est du même avis. Il appuie le groupe de mères depuis sa mise sur pied, il y a cinq mois.

« C’est une victoire totale, lance-t-il. C’est rare que ça arrive dans un travail de l’opposition. Mais là-dessus, il faut le reconnaître, c’était exactement la demande que le groupe mettait de l’avant depuis le départ. »

« Ce qu’on déplorait, ajoute M. Leduc, c’est qu’il y avait une certaine frilosité, j’oserais dire, du ministre, à l’époque, qui ne voulait certainement pas aller plus loin que ce qu’il était obligé de faire en vertu de l’entente avec le fédéral, alors que la philosophie du RQAP a toujours été d’être à l’avant-garde en matière de congé parental, d’aller plus loin que ce qui est offert dans le reste du Canada. »

Cet assouplissement, sous réserve de l’adoption par l’Assemblée nationale des modifications apportées à la Loi sur l’assurance parentale, devrait être en vigueur à compter de la semaine prochaine. La clause concernant le RQAP a été adoptée jeudi matin. « Aucune démarche ne serait nécessaire de la part de la clientèle du RQAP. Les versements seraient faits en temps opportun », précise le ministère du Travail dans un communiqué.

Une somme de 130 millions a été accordée par le fédéral au RQAP pour payer une partie de la bonification.