Le chanteur Bernard Lachance, connu sur les réseaux sociaux pour son refus de prendre ses médicaments contre le VIH et son déni de l’existence de la COVID-19, est mort mardi matin. Il affirmait que la « propagande » concernant la pandémie était semblable à celle entourant le sida.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

Ce sont ses sœurs qui ont confirmé la mort de l’homme de 46 ans en fin de journée. « Les causes exactes de sa mort sont nébuleuses. Il avait arrêté sa trithérapie depuis plusieurs années », confirme sa sœur Marie-Claude, qui avait coupé les ponts avec lui depuis 2016 en raison de son discours complotiste très insistant.

« Il se guérissait avec des produits naturels, et il en avait pour plusieurs milliers de dollars chez lui. Récemment, il a fait une sorte de purge pour désinfecter son corps de tous les médicaments qu’il avait pris. Il a eu une diarrhée pendant des semaines. Quand je l’ai vu pour la dernière fois il y a quelques jours, il était squelettique », a ajouté Marie-Claude Lachance.

Bernard Lachance s’était fait connaître en 2009 en chantant à l’émission d’Oprah Winfrey. En avril 2020, en pleine pandémie de COVID-19, il s’est mis à faire publiquement le rapprochement entre le VIH, dont il était atteint, et la COVID-19. Dans une vidéo sous forme de « lettre ouverte » à son médecin, le DRéjean Thomas, vue par plus de 137 000 personnes sur YouTube, il a annoncé qu’il avait cessé depuis trois ans de prendre ses médicaments et qu’il était en pleine forme.

Il a aussi profité d’un passage à l’émission de Denis Lévesque quelques semaines plus tard pour affirmer que le sida était, selon lui, une pandémie « frauduleuse, criminelle et aussi scénarisée par les mêmes acteurs et les mêmes institutions » que celles « impliquées » dans la pandémie de COVID-19. L’animateur de LCN avait dû mettre fin à l’entrevue préenregistrée, reprochant à M. Lachance de ne pas avoir averti son chef de pupitre qu’il évoquerait une thèse qui relève « de la patente à gosses ». Le segment n’a jamais été diffusé en ondes, mais M. Lachance l’a lui-même propagé sur les réseaux sociaux.

Ses frasques lui ont valu d’être invité quelques jours plus tard par le leader complotiste Alexis Cossette-Trudel, sur sa chaîne Radio-Québec. « Le test COVID, comme le test de VIH, y’a comme une arnaque ici », avait affirmé M. Cossette-Trudel.

M. Lachance a aussi été invité par le négationniste sanitaire André Pitre, sur son canal le Stu-Dio, une chaîne YouTube qui faisait la belle place aux théories complotistes avant d’être fermée pour violation des politiques d’utilisation de la plateforme.

Un discours qui a eu des impacts

Bernard Lachance avait été suivi par le DRéjean Thomas, sommité du VIH/sida au Québec. « Son discours a eu des impacts. J’avais des patients qui ont abandonné le traitement ou qui disaient qu’ils allaient le faire après avoir entendu Bernard », a déploré le DThomas.

« C’est triste, s’émeut le médecin, parce qu’il n’y a plus de raisons de mourir du sida au Canada. Nous avons la chance d’avoir accès à des médicaments qui sont efficaces, qui ont relativement peu d’effets secondaires et qui permettent d’avoir une espérance pratiquement égale à celle du reste de la population. » La trithérapie est remboursée au Québec à hauteur de 90 % par l’État.

« C’est un discours qu’il faut dénoncer. Ça frôle la maladie mentale », a commenté sa sœur Marie-Claude.

« Encore la semaine dernière, Bernard parlait de monter des conférences sur le complot entourant le sida. Il voulait dénoncer que les pharmaceutiques s’enrichissent sur le dos des malades. Mais au final, c’est les vendeurs de produits naturels qui se sont enrichis avec lui », a-t-elle dénoncé.