Une série de mobilisations et de manifestations ont eu lieu samedi dans plusieurs villes du Québec, lors de la 9e édition de la Journée des locataires. Les militants réclament entre autres un contrôle obligatoire du prix des loyers et un registre des baux, devenus « essentiels » en contexte de crise sanitaire.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On se demande parfois ce que ça va prendre de plus au gouvernement Legault pour agir. La problématique du logement est devenue très grave, et les coûts augmentent tellement rapidement. C’est simple : si on n’agit pas, Montréal deviendra le prochain Vancouver », martèle le coordonnateur au Regroupement des comités logements et associations de locataires du Québec Maxime Roy-Allard.

Son groupe attendait des centaines de personnes au métro Parc, à l’angle des rues Jean-Talon et Hutchison dès 13 h 30 samedi à Montréal, pour réclamer des actions concrètes. Des rassemblements ont aussi eu lieu à Joliette, à Saint-Hyacinthe et à Québec, devant l’hôtel du Parlement. « Notre crainte principale, c’est que les villes se vident tranquillement de locataires à faibles revenus », insiste le porte-parole.

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« Il y a eu des appuis significatifs cette semaine du côté politique. Il faut que ça se matérialise », ajoute-t-il, en faisant notamment référence à la Communauté métropolitaine de Montréal, qui a adopté une résolution jeudi pour exiger un renouvellement du moratoire sur les reprises de logement et les évictions des locataires qui était en vigueur entre mars 2020 et juillet 2020, au plus fort de la pandémie. Mais au gouvernement, l’« inaction politique est désolante », insiste M. Roy-Allard.

Samedi, une enquête de La Presse a révélé que les loyers s’emballent à Montréal. Un loyer mensuel qui double après la mort d’une locataire, des appartements, à la limite du taudis loués 850 $ par mois, ou encore des locataires qui paniquent lorsqu’ils reçoivent leur avis d’éviction, d’autres qui craignent de devoir s’exiler hors de l’île de Montréal – les exemples ne manquent pas.

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« L’État a un parti pris »

En matinée, samedi, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, et le député solidaire de Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla, ont tenu une assemblée virtuelle avec des locataires menacés d’éviction. « Il faut trouver des solutions collectives. Il en existe. Ça prend juste de la volonté politique pour avancer », a martelé M. Fontecilla, en appelant à son tour à l’implantation d’un moratoire sur les évictions.

Vendredi, les deux députés ont participé à une manifestation qui a eu lieu en après-midi devant le Manoir Lafontaine, dont les locataires sont menacés d’expulsion dans la foulée de travaux majeurs devant être réalisés dans cet ancien immeuble de prestige. « Quand ce genre d’évènement arrive et que l’État ne joue plus son rôle, on voit qu’il a un parti pris, et ce n’est pas celui des locataires. C’est évident », affirme Manon Massé.

Le parti dit s’inquiéter du retour de certains campements dans l’île de Montréal, notamment dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, où une dizaine de personnes sans domicile fixe ont installé un nouveau campement, plus de quatre mois après le démantèlement du « camping Notre-Dame ».

Dans ces campements, c’est souvent des gens qui ont perdu leur logement, notamment par “rénoviction”. C’est un signe de la crise du logement.

Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion de Québec solidaire

Au cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, on se dit « très sensibles à la situation que peuvent vivre les locataires ». « On fait face à l’inaction des gouvernements précédents. Nous savons que les besoins sont grands, il faut augmenter l’offre de logements, et nous sommes en action. C’est plus de 6000 logements abordables que nous avons construits jusqu’à maintenant […] et près de 7000 logements en cours de construction ou en voie de l’être », affirme l’attachée de presse, Bénédicte Trottier-Lavoie.

Mais Québec affirme qu’un registre des loyers entraînerait des « coûts importants » pour tout le monde. « Des provinces l’ont déjà essayé pour finalement l’abandonner pour des raisons d’efficacité et de coûts. Revenu Québec, en 2011, estimait à 5,7 millions pour la mise en place et 1 million annuellement », insiste la relationniste.

Entre-temps, la Coalition avenir Québec dit avoir « amélioré la divulgation des loyers précédents grâce à la section G du bail ». « Nous sommes aussi la seule province au Canada qui dispose d’un mécanisme pour éviter les hausses abusives. Cette année, l’indice de fixation indique qu’une hausse ne peut être de plus de 0,5 % », conclut Mme Trottier-Lavoie, en appelant les locataires à se renseigner sur leurs droits et leurs recours en cas d’abus.