(Ottawa) Un ancien conseiller principal de Justin Trudeau a indiqué devant un comité des Communes que la cheffe de cabinet du premier ministre était au courant il y a trois ans de l’allégation d’inconduite visant le chef d’état-major de la défense.

Christopher Reynolds La Presse Canadienne

Elder Marques, qui travaillait alors au cabinet du premier ministre, a soutenu vendredi que sa patronne, Katie Telford, ou son assistant l’avait contacté le 1er ou le 2 mars 2018 pour lui demander de parler avec un proche conseiller du ministre de la Défense « sur une question liée » au général Jonathan Vance.

« Je pense que très rapidement, tout le monde a eu les mêmes informations, qui étaient très limitées, et nous avons rapidement demandé au Conseil privé de prendre en charge cette affaire et de faire ce qu’il pouvait avec ces informations pour qu’une enquête ait finalement lieu », a déclaré M. Marques vendredi lors de son témoignage au Comité permanent de la défense nationale des Communes.

Ce témoignage semble contredire la séquence d’évènements présentée par le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, au début du mois, et soulève de nouvelles questions sur ce que M. Trudeau savait des allégations avant les reportages de Global News en février.

M. Trudeau et son cabinet ont d’abord soutenu qu’ils n’avaient appris l’existence des allégations que par le reportage de Global News, mais le premier ministre a confirmé à la Chambre le 10 mars dernier que son bureau était au courant des préoccupations soulevées par l’ombudsman militaire Gary Walbourne, qui en avait discuté avec le ministre Sajjan le 1er mars 2018.

Mais M. Trudeau a nié avoir personnellement eu connaissance des allégations jusqu’à ce que la nouvelle éclate le 2 février.

« Comme nous l’avons indiqué, après que l’ombudsman de la défense a reçu une plainte, le ministre l’a dirigé vers des fonctionnaires indépendants qui pourraient enquêter », a indiqué le porte-parole du premier ministre, Alex Wellstead, dans un courriel vendredi.

« De plus, comme le Bureau du Conseil privé l’a confirmé et déclaré au comité, ils n’ont jamais reçu d’autres informations et n’ont donc pas pu procéder à une enquête. »

Du « camouflage », selon les conservateurs

Le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, a tourné en dérision l’affirmation de M. Trudeau selon laquelle il ne savait rien des allégations jusqu’à cette année, qualifiant ce récit de « camouflage » et accusant les libéraux de « tromper les Canadiens ».

« L’affirmation de Justin Trudeau selon laquelle il n’était pas au courant des allégations d’inconduite sexuelle du général Vance est clairement fausse, a indiqué M. Bazan dans une déclaration. Il est scandaleux de croire que tout le monde autour de Justin Trudeau était au courant de ces allégations, mais le premier ministre ne le savait pas. »

Le 6 avril dernier, devant le même comité, le ministre Sajjan a déclaré que sa cheffe de cabinet à l’époque, Zita Astravas, avait d’abord communiqué avec le Bureau du Conseil privé, puis avec Elder Marques au cabinet du premier ministre. Mais M. Marques a déclaré vendredi que Mme Telford, son ancienne patronne, lui avait demandé de contacter Mme Astravas, et ce n’est qu’après qu’il aurait informé le greffier du Conseil privé de l’époque, Michael Wernick.

Lors de son témoignage, plus tôt ce mois-ci, M. Wernick n’a donné aucun indice que Mme Telford ou d’autres membres du personnel du bureau du premier ministre étaient au courant de l’allégation visant le général Vance.

« La seule personne que je connais qui aurait été au courant serait Elder (Marques), disait-il le 6 avril. Je ne sais pas à qui il aurait parlé au cabinet du premier ministre à l’époque, mais je pense qu’en fait, le ministre Sajjan et le cabinet du premier ministre nous avaient confié le transfert du dossier » au Bureau du Conseil privé.

Le ministre Sajjan a déclaré au comité le 12 mars dernier qu’entraîner un élu dans une enquête serait « inapproprié et dangereux ». Selon lui, « politiser » ainsi une enquête « menacerait une issue juste pour celles qui dénoncent ».

Plusieurs membres du personnel politique du gouvernement Trudeau et maintenant un ancien conseiller politique de haut rang ont témoigné de leur connaissance d’une allégation visant le général Vance.

M. Marques a déclaré qu’il ne faisait plus partie du cabinet du premier ministre depuis décembre 2019 et qu’il avait quitté le gouvernement l’année dernière.

Des allégations d’inconduite contre des officiers supérieurs ont secoué les forces armées ces derniers mois et la police militaire enquête sur des plaintes. Mais plusieurs voix ont réclamé à nouveau un processus de signalement qui serait plus indépendant de l’armée.

Sajjan a bien agi, selon Trudeau

Pus tôt vendredi, M. Trudeau a soutenu qu’il fallait mettre un terme à la culture de tolérance au sujet du harcèlement sexuel et des « gestes inacceptables » dans les Forces armées canadiennes.

Mais le premier ministre a répété que le ministre Sajjan avait correctement traité en 2018 les allégations visant le général Vance. M. Trudeau croit toutefois que de meilleurs systèmes de soutien devaient être mis en place pour les dénonciatrices et les survivantes.

Le premier ministre a également salué le témoignage « extraordinairement émouvant » de la majore Kellie Brennan, jeudi, devant le Comité permanent de la condition féminine des Communes. M. Trudeau l’a félicitée pour sa « force et son engagement » à faire bouger les choses au sein des Forces armées.

L’officière est au cœur des allégations d’inconduite sexuelle visant le général Vance. Elle a déclaré jeudi aux parlementaires que le chef d’état-major de la Défense, maintenant à la retraite, lui avait fait deux enfants, mais qu’il n’en avait pris aucune responsabilité – il n’a jamais payé de pension alimentaire, a-t-elle dit. Leur relation aurait commencé en 2001 et se serait poursuivie après que M. Vance a accepté le poste de chef d’état-major en 2015.

La majore Brennan a aussi soutenu jeudi que le général Vance prétendait avoir le contrôle sur le Service national des enquêtes de l’armée, qui mène l’enquête sur les allégations qui le visent actuellement. La majore a aussi affirmé qu’il lui avait ordonné de mentir au service d’enquête et l’a menacée de possibles répercussions si elle ne racontait pas ce qu’il voulait.

Le général Vance, qui a quitté son poste en janvier, n’a pas répondu aux demandes de commentaires de La Presse Canadienne, mais selon Global News, il nie tout acte répréhensible et soutient que la relation ne s’est pas poursuivie lorsque Mme Brennan était sa subalterne immédiate.