Les journalistes d’enquête de La Presse Gabrielle Duchaine et Caroline Touzin ont été nommées mardi parmi les finalistes des prestigieux Prix Michener 2020, qui récompensent chaque année les meilleurs reportages d’intérêt public, pour leur dossier sur « l’autre épidémie », celle de l’exploitation sexuelle des enfants sur le web.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« L’autre épidémie repose sur une année de recherches et d’entrevues menées avec des dizaines d’experts : policiers, procureurs, chercheurs, organismes d’aide, mais aussi avec des victimes et des prédateurs », ont expliqué les membres du jury, à ce sujet, dans un communiqué paru mardi.

Avec le confinement, les cas d’enfants exploités sexuellement sur l’internet ont en effet atteint un sommet. Et c’est pour faire toute la lumière sur ce phénomène peu connu du grand public que les deux journalistes ont allié leurs forces, il y a plusieurs mois maintenant. Elles ont depuis publié une série de textes pour faire ressortir les enjeux, les causes et les conséquences de cette exploitation en augmentation fulgurante, tant chez les enfants que pour la société.

Travail essentiel

D’ailleurs, les Prix Michener rappellent que le travail des journalistes « a fait grand bruit », car il a forcé le gouvernement du Québec « à s’engager dans la création d’un plan d’action pour contrer la pornographie juvénile et à modifier le programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels pour inclure les victimes d’exploitation sexuelle sur l’internet ».

Rappelons que c’est le ministre de la Justice lui-même, Simon Jolin-Barrette, qui avait annoncé en décembre ladite réforme, en comptant notamment élargir le régime de sorte que toutes les victimes de crimes contre la personne y soient admissibles. À l’Assemblée nationale, l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire a commencé en avril dernier.

S’il est adopté, le projet de loi 84 abolirait en effet la liste des infractions admissibles contenues dans la loi, faisant en sorte que les victimes d’exploitation sexuelle qui en étaient exclues soient dorénavant couvertes. Cela doublerait le nombre d’infractions couvertes, passant d’une quarantaine à environ 80.

PHOTO CATHERINE LEGAULT, COLLABORATION SPÉCIALE

Les journalistes Caroline Touzin (à gauche) et Gabrielle Duchaine, en 2017

L’éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, n’a pas manqué de souligner le travail essentiel des deux journalistes. « Quand des journalistes abordent des sujets aussi durs, aussi éprouvants, ce n’est pas pour gagner des prix, mais bien pour alerter le public et faire bouger les choses. Le plus important avec l’enquête de Caroline et de Gabrielle, c’était donc que le gouvernement prenne conscience du phénomène et agisse pour contrer la pornographie juvénile et les prédateurs pédophiles. Ce qu’il a fait », a-t-il souligné.

« Cela étant, c’est un immense honneur pour notre équipe d’enquête que de se retrouver, en plus, finaliste du Prix Michener, ce qu’on a de plus près d’un Pulitzer au Canada. Un honneur tout à fait mérité pour ces textes déchirants qui ont fait bouger les choses », conclut M. Cardinal à ce sujet.

En plus de La Presse, les médias anglophones CBC News, The Globe and Mail, The Montreal Gazette et Winnipeg Free Press sont aussi finalistes. La remise des prix aura lieu en juin.