Le métier, les médias, la salle de rédaction de La Presse et vous

François Cardinal François Cardinal
Vice-président à l’information et éditeur adjoint de La Presse

Vous avez peut-être vu passer ces derniers jours un texte sur les nombreuses nominations que La Presse a obtenues dans le cadre des prix Judith-Jasmin, qui célèbrent les meilleures œuvres journalistiques de l’année du Québec, tous médias confondus.

Je vous l’avoue : on a toujours une petite gêne, comme journaliste, à se vanter de ce genre de choses. Mais on ne devrait pas être aussi circonspect.

Il s’agit, après tout, d’une sorte de reddition de comptes, surtout dans un contexte où les gouvernements aident financièrement les médias d’ici.

À quoi sert cet argent public ? À quoi servent les contributions que les lecteurs acheminent généreusement à La Presse ?

À produire une information de qualité pour tous les Québécois, ce que font tous les médias finalistes, que ce soit Le Devoir, par exemple, ou la Montreal Gazette, Québecor, Radio-Canada. Ou, bien sûr, La Presse.

Il ne devrait donc pas y avoir de gêne à vous signaler les 12 nominations aux prix Judith-Jasmin que nous avons récoltées. D’autant que La Presse est finaliste dans toutes les catégories dans lesquelles elle avait droit de participer.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Les coulisses de l’enquête sur le scandale des sols contaminés menée par notre journaliste Vincent Larouche

***

Que retenir de cette récolte, qui fait suite à une récolte tout aussi abondante au Concours canadien de journalisme au début du mois ?

> Consultez les nominations pour le prix Judith-Jasmin

> Consultez les nominations pour le Concours canadien de journalisme de 2020

Plusieurs choses.

Le tiers des nominations concernent des reportages écrits à plusieurs mains. Ce qui signifie que le travail d’équipe s’est maintenu malgré le télétravail !

Nos chroniqueurs, véritables ambassadeurs du journal, brillent parmi les finalistes : Alexandre Pratt dans la catégorie sports, Paul Journet en politique et Isabelle Hachey, qui a droit à deux nominations (qui font suite à ses deux nominations au concours canadien !).

Et une chose qui me réjouit : la grande place occupée par nos journalistes d’enquête, Katia Gagnon, Gabrielle Duchaine, Caroline Touzin et Tristan Péloquin.

D’ailleurs, La Presse reçoit deux des trois nominations dans la catégorie enquête, comme ce fut le cas l’an dernier. Le troisième finaliste est la Montreal Gazette, pour ses révélations sur le CHSLD Herron.

Pour moi qui me souviens d’une époque au Québec où l’enquête avait été délaissée par les médias pour des questions financières, notamment, cela est une bonne nouvelle qui confirme l’importance d’investir dans ce type de journalisme long, souvent difficile et coûteux.

***

Au Québec, les lecteurs sont choyés, car nous vivons actuellement une des belles époques du journalisme d’investigation. Tous les grands médias ont leur cellule, leur bureau ou leur service d’enquête.

« Au Québec, écrivait d’ailleurs le journaliste de l’Agence France-Presse Michel Viatteau il y a quelques années, le journalisme d’investigation est extrêmement combatif. »

Et à La Presse, l’enquête est tout en haut des priorités. Au point que nous inaugurerons lundi une toute nouvelle division économique qui sera démarrée par Maxime Bergeron, qui s’occupait jusqu’ici de l’équipe d’enquête aux actualités générales à titre de directeur, au côté de Katia Gagnon.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Hugo Joncas et Maxime Bergeron se joignent à l’équipe de la section Affaires à titre de journalistes d’enquête.

Se joint à lui Hugo Joncas, qui s’est démarqué ces dernières années au Journal de Montréal pour ses reportages sur la fraude, le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et divers autres sujets économiques.

Ensemble, ils formeront un duo de feu, qui s’ajoutera à l’équipe d’enquête actuelle.

***

Qu’est-ce qui distingue le journalisme d’enquête du journalisme tout court, demandez-vous ? Le temps qui y est alloué, la profondeur des reportages, la rigueur nécessaire et, assurément, la difficulté du genre.

L’enquête, par définition, c’est dévoiler ce qui est dissimulé.

C’est un journalisme qui vise à exposer au public des affaires cachées, des données confidentielles, des informations « noyées dans une masse de faits et de circonstances qui en obscurcissaient la compréhension », pour reprendre l’expression de l’UNESCO.

Pensez aux reportages qui ont mené à la commission Charbonneau et à la commission Gomery, par exemple.

Pensez au scandale des compteurs d’eau qui a entaché les années de Gérald Tremblay à la mairie.

Pensez aux révélations qui ont permis d’apprendre que le SPVM avait obtenu des mandats d’écoute de nos journalistes Patrick Lagacé et Vincent Larouche.

Pensez à ces auteurs d’inconduites sexuelles dont les agissements ont été révélés à la suite du mouvement de prise de parole des victimes #moiaussi.

Ou pensez, plus près de nous, aux reportages sur les CHSLD que nous avons publiés au cours de la dernière année et à notre série troublante sur l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet.

L’enquête, c’est en quelque sorte le service essentiel… au sein du service essentiel qu’est le journalisme. D’où l’importance des nominations pour les reporters qui le pratiquent, à La Presse et ailleurs.

Pour écrire à François Cardinal : francois.cardinal@lapresse.ca