En Europe comme aux États-Unis, la question du port d’arme à feu par certains groupes de policiers est débattue. Pourquoi Montréal ne pourrait-il pas avoir aussi ce débat ?

Publié le 14 avr. 2021
Mario Girard
Mario Girard La Presse

Depuis l’adoption d’une proposition faite par les militants de Projet Montréal qui remet en question cet aspect du métier des policiers, le diable est aux vaches.

Il n’a fallu que quelques heures pour que la Fraternité des policiers et policières, par la voix de son président, Yves Francœur, s’oppose vertement à cette avenue. Des maires de quelques villes défusionnées ont qualifié l’idée de complètement « farfelue ».

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

« En Europe comme aux États-Unis, la question du port d’arme à feu par certains groupes de policiers est débattue. Pourquoi Montréal ne pourrait-il pas avoir aussi ce débat ? », écrit notre chroniqueur.

Bang ! On ferme la porte à cette idée qui est apparue dimanche lors du congrès annuel de Projet Montréal sans prendre le temps de s’y arrêter sérieusement.

Il est vrai que la proposition, présentée comme elle le fut, a de quoi secouer les citoyens. Mais bon, on reproche aux partis politiques de manquer de limpidité. Pour une fois qu’on formule une idée sans détour (le huis clos réclamé pour débattre de cette question a toutefois été entouré de brouillard).

Alors, que dit exactement cette proposition ? « Revoir la nécessité que tous les agents du corps policier portent une arme à feu, en s’inspirant de l’expérience de certains pays européens, où seules certaines brigades spécialisées sont armées, et mettre en branle un projet-pilote à cet effet. »

On est loin du désarmement complet des policiers au lendemain du 7 novembre prochain, comme certains semblent le croire depuis quelques jours.

Cette proposition des militants de Valérie Plante, qualifiés de « secte d’illuminés » par un chroniqueur du Journal de Montréal, ne pouvait pas plus mal tomber. Imaginez un peu… Le dimanche matin, on adopte cette proposition audacieuse et huit heures plus tard, une manifestation surprise impliquant des casseurs est déclenchée dans les rues de Montréal.

Plusieurs ont fait une malheureuse association du genre : « Vous imaginez les policiers sans arme intervenir dans un tel cas ? » L’idée qui est mise de l’avant n’aurait eu aucun impact sur ce qui s’est passé dimanche soir dans le Vieux-Montréal.

Sauf que la mairesse de Montréal a dû tenir cette « patate chaude » devant certains médias. Valérie Plante a été claire : « On n’est absolument pas en train de dire que, demain matin, les policiers et policières du SPVM n’auraient pas d’arme, a répété la mairesse. Il faut que ce soit fait correctement. »

La mairesse a dû expliquer la proposition que les membres de son parti souhaitent voir dans son prochain programme électoral tout en multipliant les éloges au sujet du travail des policiers qui sont intervenus dimanche soir auprès des manifestants. C’était de la haute voltige.

Ça ne sera pas la première fois que Valérie Plante aura à jongler avec les décisions du noyau dur et radical de son parti. C’est là l’un des gros défis de sa prochaine campagne. Mais ça, c’est un autre sujet sur lequel nous aurons l’occasion de revenir.

Je comprends que les armes symbolisent une forme de sécurité pour certains citoyens. Et je comprends que pour ceux qui pratiquent ce métier, les armes de poing et les bâtons télescopiques sont des outils essentiels.

Certains ont tellement de mal à s’en défaire qu’en France, un article de la nouvelle loi sur la « sécurité globale » permet aux policiers de garder avec eux leur arme alors qu’ils ne sont pas en service. Papa policier peut maintenant amener sa fille voir Le lac des cygnes avec son gun.

Il faut dire que la France a un lourd historique avec les attentats terroristes. Néanmoins, cette décision divise politiciens et citoyens.

Dans ce débat épineux que plusieurs villes ont en ce moment, on utilise beaucoup l’exemple de l’Angleterre, où seulement de 5 % à 10 % des policiers ont le droit de porter une arme. Ceux-ci préfèrent très majoritairement ne pas avoir d’arme, car ils jugent que le danger que celle-ci se retourne contre eux est élevé.

On répète beaucoup que les policiers britanniques ont été désarmés, mais en fait, les « Bobbies » n’ont jamais été réellement armés. C’est une habitude qui remonte au XIXe siècle.

On peut aussi parler de l’Irlande, de la Norvège, de l’Islande et de la Nouvelle-Zélande où, rapportait le Washington Post, le professeur de criminologie John Buttle a affirmé que c’était plus dangereux d’être un fermier qu’un policier non armé.

Selon le Time, 19 pays ont en ce moment des corps policiers où l’emploi des armes à feu est permis dans « des circonstances exceptionnelles ». D’autres pays et d’autres villes ont une réflexion sur le sujet.

Pourquoi pas nous ?

La présence des armes pour les policiers, c’est une question de culture. Et d’habitude. C’est un moule à casser, sinon à revoir pour nous qui ne connaissons pas d’autre modèle.

Mais pour cela, il faudrait s’offrir un temps d’arrêt. Peut-être que la conclusion pour Montréal, qui a ses propres réalités (nous ne sommes pas Paris, Dallas ou Atlanta), nous amènera à changer certaines choses. Ou peut-être pas.

Mais offrons-nous le luxe d’une réflexion avant de dégainer et de faire tomber le couperet comme nous l’avons fait cette semaine.

Le retour des casseroles

Certains les ont entendues lundi soir dans quelques rues de Montréal. Je vous parle des casseroles, symboles suprêmes du printemps érable.

Cette fois, les Montréalais tapent dessus pour exprimer leur frustration de voir le gouvernement et les autorités changer d’idée trop souvent.

À cela, je dis : gérer une pandémie avec huit millions de citoyens et des résultats en montagnes russes, c’est un peu normal qu’on avance, qu’on recule et qu’on exécute quelques pas latéraux.

Mais d’autres veulent cogner sur leur chaudron pour exiger plus de clarté dans la présentation des mesures.

Là, j’abonde totalement. On passe plus de temps à discuter avec ses amis de ce qu’on pense qu’on peut faire ou ne pas faire qu’on en passe dans le parc où on leur a donné rendez-vous.

Entre des manifestants qui cassent des vitrines et des citoyens qui tapent sur des casseroles, le choix est facile.

En plus, la seconde option est hautement thérapeutique.