La Ville de Laval restreint l’usage des pesticides sur son territoire et bannit du même coup le glyphosate, un herbicide controversé que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe comme un agent cancérigène probable. Il s’agit d’une première au Québec.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

S’il sera désormais interdit à Laval « de faire l’usage de pesticides à l’extérieur des bâtiments », l’administration du maire Marc Demers précise toutefois que « certains cas » dont l’exploitation agricole et horticole seront exemptés. « Les biopesticides et les pesticides à faible impact » demeureront permis, mais « les néonicotinoïdes et le glyphosate seront invariablement proscrits en milieu urbain ».

Par ailleurs, « l’utilisation à but esthétique de pesticides sur la pelouse ou d’autres végétaux » ne sera plus tolérée en milieu urbain, indique-t-on. « De manière plus globale, la Ville pourra assurer un suivi plus serré de l’application de pesticides lors d’infestations, en plus de renforcer les exigences en matière d’éloignement des populations plus sensibles et des milieux naturels », soulève la Ville.

Il sera ainsi possible de « mieux encadrer l’usage des pesticides » afin de protéger « les pollinisateurs, la faune et les milieux naturels », soutient la municipalité, qui réaffirme du même coup son engagement « à préserver l’habitat du monarque ». Il s’agit d’un papillon emblématique de l’Amérique du Nord dont la survie est entre autres menacée par les pesticides, dans plusieurs secteurs.

Responsable de l’environnement au comité exécutif de la Ville, Virginie Dufour affirme que Laval se pose ainsi « en leader régional en matière d’environnement ». La ville située sur la rive-nord de Montréal est en effet la première municipalité québécoise à interdire le glyphosate, « une action significative pour protéger la santé et l’environnement » selon l’élue. « Avec l’adoption de cette nouvelle réglementation, elle établit de nouvelles balises et va encore plus loin », s’est-t-elle également réjouie.

Une patrouille spéciale « sera déployée afin de sensibiliser la population à la nouvelle réglementation et de veiller à l’application de cette dernière ». On ignore toutefois, à ce stade-ci, combien d’employés veilleront à l’application de la loi, ni comment et à quel coût.

Ailleurs au Québec

En septembre 2019, la Ville de Montréal avait dévoilé en grandes pompes son intention d’interdire d’ici le glyphosate d’ici la fin de la même année. Mais ce règlement n’a pas encore vu le jour, malgré le fait que l’administration avait promis, dans un deuxième temps, son implantation pour le début 2021.

Selon nos informations, le document serait toujours en préparation actuellement, et aurait été retardé par la pandémie de COVID-19. D’autres pesticides pourraient être interdits par le fait même, le moment venu. Plusieurs autres municipalités, dont la Ville de Québec, ont aussi fait part de leur volonté de bannir le glyphosate. L’an dernier, la Cour supérieure avait aussi reconnu à une petite municipalité des Laurentides, Sainte-Anne-des-Lacs, le droit d’interdire les fertilisants et les pesticides, dans la foulée d’une poursuite de l’entreprise Weed Man.

Fin mars, le ministre du Travail, Jean Boulet, a pour sa part annoncé l’inclusion de la maladie de Parkinson provoquée par une exposition aux pesticides sur la liste des maladies professionnelles reconnues par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

En 2015, le centre international de recherche sur le cancer de l’OMS a classé le glyphosate pur comme un agent « probablement cancérigène pour les humains ». Le glyphosate est l’ingrédient actif d’un désherbant commercialisé par le géant agrochimique Monsanto Bayer, sous le nom de Round Up. Les potentiels effets cancérigènes du glyphosate ont d’ailleurs conduit la compagnie devant les tribunaux.