Que dites-vous aux parents inquiets de la qualité de l’air dans les écoles ?

Rima Elkouri Rima Elkouri
La Presse

J’avais posé la question au ministre Jean-François Roberge en janvier, alors qu’il dévoilait son plan de match en matière de ventilation et de prévention de la COVID-19 dans les écoles.

Sa réponse : les parents doivent faire confiance aux experts.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation

« Au-delà des perceptions, il y a les tests scientifiques. Il y a des mesures avec des outils calibrés faits par des experts qui viennent les rassurer bien plus que n’importe quel discours de n’importe quel ministre ou député de l’opposition. Il faut se fier aux mesures scientifiques précises et aux barèmes précis », avait-il dit, en évoquant les résultats « rassurants » de tests de CO2 dans les écoles et la volonté du gouvernement de faire tout ce qui est nécessaire pour assurer la santé et la sécurité des élèves et des enseignants.

Bref, ce que le ministre disait en janvier, c’est : faites confiance à la science. On prend toutes les précautions qu’il faut en suivant les directives de la Santé publique. On rend le masque médical obligatoire pour les élèves. Tout va bien aller…

Faire confiance à la science est une chose. Faire confiance à un ministre qui prétend se fier à la science en est une autre.

Mon collègue Philippe Mercure avait déjà relevé que les résultats des « tests scientifiques » de CO2 alors présentés par le ministre Roberge étaient en soi pour le moins douteux.

Jeudi, notre confrère Thomas Gerbet de Radio-Canada révélait que contrairement à ce qu’a affirmé le ministre Roberge à plusieurs reprises, les tests de CO2 dans les écoles n’ont jamais eu l’aval de la Santé publique.

L’affaire a soulevé l’ire des partis de l’opposition qui ont accusé le ministre de l’Éducation d’avoir « menti ». La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, a demandé la démission du ministre Roberge. La Fédération autonome de l’enseignement s’est dite en colère et a exigé des explications. Le mouvement Je protège mon école publique, qui avait déjà des doutes quant au sérieux des mesures prises en matière de ventilation dans le réseau public francophone, était consterné d’avoir eu raison de douter.

Le ministre Roberge s’est défendu en publiant sur son fil Twitter des documents montrant que la Santé publique avait été consultée au moment d’établir la méthodologie pour réaliser des tests de CO2. On y lit entre autres choses des commentaires critiques d’un expert de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) quant à la méthodologie de ces tests.

Le hic, c’est que l’on n’en a jamais tenu compte…

Par exemple, le DStéphane Perron, médecin spécialiste en santé et environnement à l’INSPQ, note que le protocole manque de rigueur, ce qui faussera les résultats. « Si la procédure n’est pas standardisée, et que je voulais avoir des taux de CO2 bas, j’ouvrirais les fenêtres », écrit-il.

Mises en garde d’experts ou pas, c’est la méthodologie que l’on a utilisée en faisant un test de CO2 avant l’arrivée des élèves, un pendant qu’ils sont en classe et un troisième les fenêtres ouvertes pendant 20 minutes. Et hop ! On fait une moyenne de tout ça qui, si l’on se fie aux avis d’experts, n’est pas tant une mesure rigoureuse de la qualité de l’air que du manque de sérieux du ministère de l’Éducation.

Loin de prouver que le ministre a eu l’aval de la Santé publique, les explications brandies par le ministre Roberge pour se défendre pointent plutôt vers le contraire. Une information que confirme l’INSPQ à qui j’ai demandé des précisions quant à son rôle dans l’approbation des tests de CO2 du MEQ. « L’INSPQ n’a pas validé les méthodes du MEQ », m’indique par courriel sa porte-parole, Isabelle Girard.

L’INSPQ « n’a jamais été sollicité par le ministère de l’Éducation pour valider ou commenter officiellement son protocole de mesure de CO2 dans les écoles », ajoute-t-on.

Oui, le DStéphane Perron, médecin-conseil à l’INSPQ, a été sollicité de façon informelle par la Santé publique pour donner ses impressions sur une note technique sur les tests de CO2. Mais jamais l’INSPQ n’a donné son aval au protocole de tests, insiste-t-on. « Le DPerron a émis des réserves importantes sur la validité des mesures de CO2 sans standardisation de ces mesures. Ni le DPerron ni aucun autre expert de l’INSPQ n’a vu la version finale de cette note technique. »

Malheureusement, en allant de l’avant avec des tests bidon soi-disant scientifiques aux résultats qui se veulent « rassurants », c’est exactement l’effet contraire qu’obtient le ministre de l’Éducation.

En tant que parent, je ne suis pas rassurée du tout. Après avoir appris que les masques fournis par le gouvernement à mon fils ainsi qu’à de nombreux élèves et enseignants ont « un potentiel de toxicité pulmonaire précoce » selon Santé Canada, que le ministre Roberge a ignoré un avis de l’INSPQ qui recommandait dès octobre des demi-classes au secondaire pour limiter les éclosions, qu’il a levé le nez sur les recommandations de 363 experts canadiens et internationaux réclamant que l’on tienne compte de la transmission du virus par aérosols et qu’il impose les 12 travaux d’Astérix version « tripartite » aux parents qui souhaitent, à défaut de mesures de ventilation adéquates, brancher eux-mêmes des purificateurs d’air dans les classes de leurs enfants, ma confiance est mise à mal.

Alors que frappe la troisième vague avec ses variants plus contagieux et que l’on vient de reprendre l’école à temps plein en zone rouge à Montréal, suis-je la seule qui ait besoin de ventiler ?