Plusieurs organismes ont réclamé samedi la mise sur pied d’un programme de régularisation « complet et continu » pour les personnes migrantes au statut précaire, jugeant l’enjeu urgent en contexte de pandémie. Une marche de sept jours, en destination d’Ottawa, est prévue à la mi-juillet pour faire pression sur le gouvernement fédéral.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Nous allons quitter Montréal le 18 juillet, pour arriver à Ottawa vers le 25 juillet et remettre à Justin Trudeau une demande formelle pour un statut pour toutes et tous », a expliqué à La Presse le porte-parole de l’organisme Solidarité sans frontières (SSF), Hady Anne, en marge d’une manifestation devant le complexe Guy-Favreau, qui abrite le Bureau des passeports à Montréal.

D’après M. Anne, la situation de la COVID-19 n’a fait qu’empirer la réalité des « sans-papiers » partout au pays. « Tout est devenu plus dur et plus stressant pour eux, et leurs conditions de vie se détériorent de plus en plus. Il est temps que le gouvernement bouge et réalise qu’il s’agit d’un enjeu humanitaire », dit-il.

C’est une question de dignité, et non un problème politique. En ce moment, l’enjeu des migrants précaires est politisé et le gouvernement attend toujours une élection pour en parler. Ça doit changer.

Hady Anne, porte-parole de Solidarité sans frontières

Dans un communiqué, l’organisme affirme que la pandémie de COVID-19 « a précipité les personnes migrantes sans statut permanent dans une précarité de plus en plus profonde ». La crise a aussi mis en lumière la place que ces personnes « occupent dans la société canadienne en tant que personnes à la fois essentielles à l’économie capitaliste et traitées comme si elles étaient jetables », selon l’organisme.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Coalition formée

Une pléthore d’organismes soutient SSF dans sa démarche, dont le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPU), la Fédération des femmes du Québec (FFQ), la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) et la Confédération des syndicats nationaux (CSN). « On s’attend à avoir beaucoup de monde le 18 juillet », illustre Hady Anne.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Hady Anne, porte-parole de l’organisme Solidarité sans frontières

Pour lui, le programme de régularisation des « anges gardiens » n’est rien de plus qu’un stratagème gouvernemental pour « amuser la galerie ». « Aujourd’hui, même parmi ceux et celles qui étaient au front, dans le réseau de la santé, on voit que moins du tiers ont été régularisés. Le problème est beaucoup plus vaste que ça. Ça demande une étude profonde, et ça exige de parler aux gens sur le terrain pour comprendre le vrai problème », conclut le militant.

Ottawa avait lancé en décembre deux programmes spéciaux permettant aux demandeurs d’asile qui ont travaillé dans le secteur de la santé au début de la crise sanitaire de demander la résidence permanente au Canada. Un premier programme, qui s’applique à l’extérieur du Québec et qui est géré par le gouvernement fédéral, a attiré 932 demandes, selon les plus récentes données disponibles ; 459 avaient été approuvées en principe au 20 février, a déclaré le ministère fédéral de l’Immigration dans un courriel.

L’autre programme est administré dans le cadre d’une entente entre Ottawa et Québec. À la première étape du processus, le fédéral a reçu 721 demandes. De ce nombre, seules trois demandes ont été approuvées en principe par Ottawa, selon le gouvernement fédéral. « Le Québec prouve encore, dans la façon de traiter les dossiers, que régulariser ces gens ne fait pas partie de ses priorités », a déploré plus tôt cette semaine, mercredi, le président de l’organisme Debout pour la dignité, Wilner Cayo. Il estime que cet écart illustre un manque d’engagement politique de la part du Québec.

Avec La Presse Canadienne