Avez-vous déjà vu Le voyage fantastique, réalisé par Richard Fleischer en 1966 ? Chaque fois que j’entends parler de vaccin, je pense à ce film-là. Il passait souvent l’après-midi à Ciné-Quiz, avec Raquel Welch comme étoile du jour.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

C’est l’histoire d’un groupe de scientifiques qui sont miniaturisés et injectés, à bord d’un sous-marin, dans le corps d’un être humain. Leur mission est d’aller détruire un caillot de sang dans le cerveau du patient, lui-même un éminent chercheur qui a découvert le secret du rétrécissement permanent. Le hic, c’est qu’il ne l’a pas partagé encore et que les minihéros n’ont que 60 minutes pour le guérir, car au-delà de cette durée, ils vont commencer à revenir à leur taille normale et vont être détruits par le système immunitaire. De plus, il y a un traître parmi eux qui va tenter de faire échouer l’entreprise. On nage en pleine science-fiction, un peu innocente, surtout avec les effets spéciaux de l’époque.

Bien des cinéphiles disent que c’est un chef-d’œuvre, d’autres que c’est archicucul. Vous pouvez en juger par vous-même, ça se trouve facilement sur les internets, et ça fait passer quelques heures de confinement.

On pourrait, aujourd’hui, en faire un remake. Car la lutte contre le coronavirus est un véritable voyage fantastique. Chaque personne qui se fait vacciner reçoit en elle une équipe de scientifiques, qui a travaillé sans relâche pour trouver la bonne concoction, capable de renforcer le système immunitaire pour le rendre apte à combattre le grand mal. C’est une grande opération de ravitaillement. On vient donner à notre corps ce qui lui manque pour venir à bout de la COVID-19. Hé, buddy, voici ta trousse de secours ! Avec ça, ça ira. Tu pourras te démasquer et serrer dans tes bras un autre vacciné.

C’est complètement fou. On tient ça pour acquis, mais on devrait prendre le temps de s’en émerveiller. Notre seul espoir pour vaincre la plus grande pandémie mondiale réside dans l’infiniment petit. Un ennemi invisible a tué des millions de personnes, et c’est un héros invisible qui va sauver le reste de l’humanité.

Souvenez-vous, il y a un an, quand on nous traçait le scénario catastrophe de ce qui nous attendait : on nous disait de ne pas nous faire d’illusions, qu’un vaccin, on n’en trouverait pas avant deux ans au moins. Que toute autre projection était impossible. Que toute autre projection était de la science-fiction. Eh bien, les chercheurs ont réussi l’impossible. La science-fiction est devenue de la science-réalité.

Suffit maintenant d’obtenir notre rendez-vous, de nous y présenter, de retrousser notre manche et de nous faire piquer. Je sais, c’est pas agréable de se faire piquer, surtout quand on est en santé. Certains veulent passer leur tour. Prendre le risque de ne pas être protégés. Après tout, c’est leur vie. Non, pas dans ce cas-ci. La plupart des soins médicaux ne concernent que la personne qui les reçoit, mais pour le vaccin contre la COVID-19, c’est différent. Il ne sauve pas que votre peau. Il sauve celle de tous les gens que vous aimez, de tous les gens que vous croisez. C’est pas un choix personnel. C’est un geste de solidarité. C’est notre vie et celle des autres à côté.

Dans les années 1980, il y a eu une campagne contre le vol à l’étalage dont le slogan était : Piquer, c’est voler. En 2021, piquer, c’est libérer.

Libérer de l’isolement, du couvre-feu, des maisonnées sans amis, des scènes sans artistes, des lieux de fête fermés. Libérer de toutes les règles contraignantes qui sont notre seule défense, tant et aussi longtemps qu’on ne sera pas vaccinés en grand nombre.

Vive le Québec libéré !

En plus, si on veut faire des voyages fantastiques ailleurs que dans notre corps, il faudra être immunisés. Pour parcourir le monde à nouveau. Sans danger.

Bref, pour revivre enfin, ça prend notre dose. Même deux.

Plus de 10 000 Québécois n’auront jamais la chance de revivre.

C’est aussi pour respecter leur mémoire qu’il faut faire notre part.

Bon dernier week-end d’hiver !

N’oubliez pas, cette nuit, on change l’heure. Faudrait pas qu’il y ait juste l’heure qui avance. Nous aussi.