(Washington) Le contexte particulier de l’année 2020, avec la pandémie et la fin du règne de Donald Trump, a révélé le besoin urgent de réinventer l’Amérique du Nord, ont convenu mardi des experts du continent qui réfléchissaient à la meilleure façon de renforcer les liens entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

James McCarten
La Presse Canadienne

Le Wilson Center, établi à Washington, a convoqué une réunion virtuelle de 13 universitaires, ambassadeurs et diplomates différents des trois pays pour discuter de l’idée de renouveler la relation nord-américaine.

Cette question a été beaucoup évoquée dans les derniers jours, en raison d’une série de réunions politiques de haut niveau entre des dirigeants américains et leurs homologues canadiens ou mexicains visant à signaler l’engagement du président américain Joe Biden pour la diplomatie multilatérale.

Mais il y a un risque que l’ambition ne dépasse jamais la rhétorique politique, a suggéré Alan Bersin, ancien diplomate en chef du département américain de la Sécurité intérieure.

Pour fonctionner, a-t-il dit, ce projet nécessitera l’adhésion de la base dans les trois pays, ainsi que de la communauté des affaires.

Le passage de Donald Trump « a poussé les entreprises à reconnaître qu’elles doivent défendre la plateforme de production partagée créée au cours des 25 dernières années en Amérique du Nord », a indiqué Alan Bersin.

« Nous pouvons réussir beaucoup mieux ensemble que seuls. »

Cela sera plus facile à dire qu’à faire, a-t-il ajouté, soulignant le fait que chacun des trois pays a un nom différent pour l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui a remplacé l’ALENA l’année dernière. Chaque pays met son propre nom en premier.

« Nous devons réellement commencer à créer une atmosphère et une compréhension générale qui tient compte du fait qu’il est préférable pour nous de faire face au monde ensemble dans la prochaine génération que de nous concentrer sur nos chemins séparément. »

Une chaîne d’approvisionnement fragile

L’illustration peut-être la plus frappante de la fragilité des chaînes d’approvisionnement nord-américaines, même à l’ère de l’ACEUM, est survenue en avril dernier lorsque Donald Trump a ordonné à l’entreprise américaine 3 m de cesser d’exporter des masques N95 de fabrication américaine à l’extérieur du pays.

La société elle-même, qui a refusé pour des raisons humanitaires, a finalement désamorcé la crise en promettant de répondre à la demande aux États-Unis en important des masques de ses installations à l’étranger.

Les instincts protectionnistes de Donald Trump persistent, cependant : l’administration Biden n’a jusqu’à présent montré aucun intérêt à reculer sur l’insistance de l’ancien président pour que les vaccins fabriqués aux États-Unis soient réservés aux Américains.

Le Canada doit maintenant réfléchir sur la façon de se protéger contre ce genre de problème avant que la prochaine pandémie ne frappe, a indiqué Michael Grant, sous-ministre adjoint pour les Amériques à Affaires mondiales Canada.

« Nous devons être prêts à ce que quelque chose comme ça se reproduise », a expliqué M. Grant, faisant la promotion d’une approche du type « Forteresse de l’Amérique du Nord » qui donnerait la priorité aux lignes d’approvisionnement à l’intérieur du continent lui-même.

« Il y a là des fragilités sur lesquelles je pense que nous devons travailler. »

Bâtir sur les succès

Depuis 20 ans, les entreprises et les citoyens ordinaires ont adopté l’idée de l’Amérique du Nord en tant que région unique et unifiée, a souligné Bill Crosbie, ancien directeur général du Bureau de l’Amérique du Nord, qui supervise les ambassades et consulats canadiens à travers le continent.

Ce n’est qu’en matière de politique que les relations entre les trois pays semblent avoir été en dents de scie, a-t-il déclaré.

« Mais si nous pouvons ramener à la table […] les domaines dans lesquels nous nous sommes associés, où nous avons réussi – que ce soit sur le plan des gouvernements, du secteur privé ou de la société civile – nous pouvons nous appuyer sur ces succès pour démontrer que cette collaboration apporte de réels avantages aux habitants des trois pays », a-t-il résumé.

La conférence virtuelle de mardi a lancé le projet « Amérique du Nord 2.0 » du Wilson Center visant à formuler des recommandations politiques pour une relation trilatérale plus unifiée.

Ce projet est lancé après une semaine d’importantes conversations bilatérales entre des dirigeants de haut niveau des trois pays, à commencer par la réunion virtuelle de Joe Biden le 23 février avec le premier ministre Justin Trudeau.

L’élément central de cette réunion – une « Feuille de route pour un partenariat renouvelé États-Unis–Canada » – détaille un effort « pangouvernemental » de coopération dans un certain nombre de domaines d’intérêt mutuel.

La lutte contre la COVID-19 fait partie de cette feuille de route, mais également la relance de l’économie nord-américaine, les changements climatiques, les inégalités de revenus et les injustices sociales des deux côtés de la frontière, ainsi que la restauration de la confiance dans les institutions multilatérales comme l’Organisation mondiale du commerce.