Alors que la pandémie a galvanisé l’intérêt des Québécois pour l’achat local, la Coalition québécoise sur la problématique du poids lève un drapeau rouge. Un aliment d’ici n’est pas nécessairement synonyme de santé.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Dans une étude rendue publique ce lundi, le groupe s’est intéressé aux aliments mis de l’avant dans les circulaires des grandes marques. Sur les 919 produits promus comme étant québécois entre le 24 septembre et le 14 octobre 2020, un aliment sur deux qui bénéficiait de ce type de promotion était ultra-transformé.

« On ne veut pas décourager l’achat local, au contraire. On y croit », a souligné Corinne Voyer, directrice de la Coalition poids, organisme chapeauté par l’Association pour la santé publique du Québec.

« Le danger que l’on voit, par contre, c’est que le message lancé à la population soit : manger local, c’est manger santé. On ne veut pas que les gens tombent dans le leurre voulant qu’un logo qui dit que c’est un aliment d’ici veuille dire que c’est un aliment bon pour l’environnement, bon pour la santé », ajoute-t-elle en citant un sondage commandé par l’organisme en mars 2020.

Selon le coup de sonde réalisé par la firme Léger, trois Québécois sur quatre perçoivent les aliments québécois comme étant sains.

L’effet COVID-19

La pandémie a transformé les habitudes alimentaires des Québécois. Ceux qui ont continué de faire leur épicerie en magasin y passent moins de temps et manipulent moins les produits. Deux semaines seulement après le début du grand confinement, 25 % des Québécois rapportaient une diminution de la qualité de leur alimentation et indiquaient consommer davantage de malbouffe.

« À travers ça, il y a le gouvernement provincial, qui dit : là, il faut se serrer les coudes, et on a besoin de soutenir notre économie locale. Pour nous, la tendance de l’achat local est venue prendre l’espace marketing de l’heure. »

PHOTO TIRÉE DE L’ÉTUDE PORTRAIT DE LA PROMOTION DES ALIMENTS QUÉBÉCOIS DANS LES CIRCULAIRES D’ÉPICERIE

Exemples d’aliments ultra-transformés tirés de circulaires publiées du 29 septembre au 28 octobre 2020

Dans son étude, la Coalition poids a décidé de se pencher sur les circulaires, car 80 % des Québécois les utilisent lorsqu’ils choisissent le contenu de leur panier d’épicerie. Les feuillets des chaînes IGA, Maxi, Provigo, Metro et Super C ont été analysés. Les produits portant le logo de la marque « Aliments du Québec » ou le logo maison du commerce mettant de l’avant la provenance ont été retenus.

Sur les 919 aliments analysés, 462 ne devraient pas être consommés quotidiennement. Il s’agit par exemple de friandises, de boissons sucrées ou de pains commerciaux. En moyenne, près de six boissons sucrées par circulaire bénéficiaient d’une promotion de provenance québécoise.

La surconsommation de boissons sucrées contribue au développement de maladies chroniques, comme le diabète de type 2, de l’obésité chez les enfants ou de caries.

Modération

L’organisme a aussi étudié les valeurs nutritives de 596 aliments étiquetés comme provenant du Québec – 4 aliments sur 10 contenaient trop de sucre, de sel ou de gras saturé.

Le gouvernement fédéral a proposé il y a quelques années qu’un étiquetage simplifié soit apposé sur le devant des emballages alimentaires afin d’aider le consommateur à s’y retrouver. Cette initiative ne s’est toujours pas concrétisée.

« Ça permettrait au consommateur de dire : oui, c’est un aliment du Québec, mais je vois que c’est un aliment qui est peut-être trop sucré, donc je vais en acheter une boîte au lieu d’en acheter des réserves de trois ou quatre boîtes parce qu’il est au rabais cette semaine », illustre Mme Voyer.

Aliments du Québec est une marque de commerce gérée par le Conseil de promotion de l’agroalimentaire québécois. Elle est financée largement par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Cette année, Québec a versé 15,5 millions dans la marque afin de l’aider à bonifier ses campagnes de publicité et d’affichage dans le cadre d’une stratégie visant à accroître l’autonomie alimentaire du Québec. Les logos Aliments du Québec représentaient 47 % des produits locaux mis en valeur dans les circulaires.

« On n’a aucune prise, aucun contrôle sur le choix des produits qui sont mis de l’avant dans les circulaires. C’est vraiment du ressort des détaillants », a indiqué Pauline Faivre, directrice du marketing d’Aliments du Québec. « Dans la situation où on a le choix, à même valeur nutritionnelle et à même qualité, entre un produit de l’extérieur et un produit du Québec, ç’a une portée plus importante de choisir un produit qui a été produit, fait et transformé ici pour les entreprises locales et c’est ce que l’on va favoriser. »