Dix jours après le début de l’affaire « buttergate », les Producteurs de lait du Québec demandent à leurs membres de cesser l’utilisation de sous-produits issus de l’huile de palme pour alimenter leurs vaches.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Il y a un côté négatif associé à l’usage de l’huile de palme », a admis Daniel Gobeil, président du syndicat qui représente les 4877 fermes laitières de la province. « On n’a pas mis de date pour laisser les gens s’adapter, mais le signal est clair qu’on n’en veut plus dans l’alimentation », a-t-il ajouté.

Au Québec, deux sous-produits issus de la transformation de l’huile de palme sont parfois ajoutés aux rations données aux vaches dans le but d’augmenter la proportion de matières grasses dans le lait qu’elles produisent. Environ 22 % des producteurs québécois y auraient recours, généralement chez des vaches en début de lactation.

Même si de tels suppléments sont utilisés dans la moulée depuis des décennies, cette méthode a été révélée au grand public dans un reportage publié la semaine dernière dans Le Journal de Montréal. L’affaire a fait couler beaucoup d’encre en raison d’une hypothèse surprenante avancée quant à ses effets potentiels sur les produits laitiers : le beurre serait plus dur à température ambiante, le lait mousserait moins ou coagulerait.

L’affaire a fait le tour du monde. La BBC et The Guardian ont consacré des articles à cet enjeu.

Pour l’instant, la science n’a pas de réponses tranchées pour expliquer ces mystères, mais des projets de recherche sont en cours.

En revanche, cette technique soulève des préoccupations d’ordre environnemental. Surtout cultivée en Indonésie et en Malaisie, l’huile de palme contribue à la déforestation des forêts tropicales.

La décision des Producteurs de lait du Québec était celle à prendre. Il est primordial que les Québécois aient pleine confiance envers nos produits.

André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation

Québec solidaire demande à Québec de légiférer

Dans les faits, les Producteurs de lait du Québec n’ont pas le pouvoir d’interdire l’usage de ces produits. Ceux-ci sont homologués par le gouvernement fédéral. La ministre canadienne de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, n’a pas l’intention de prendre position dans le dossier.

À Québec, la députée de Québec solidaire responsable du dossier de l’agriculture, Émilise Lessard-Therrien, demande au gouvernement provincial d’interdire, à l’aide d’un règlement, l’utilisation de l’huile de palme dans l’alimentation des vaches.

« Le lait du Québec a une excellente réputation et c’est grâce aux efforts importants de nos producteurs, transformateurs et distributeurs. Ce serait extrêmement dommage de ternir ce lustre à cause d’une poignée de producteurs qui utilisent ce produit reconnu pour ses effets dévastateurs sur l’environnement », a-t-elle affirmé.

La prise de position des Producteurs de lait fait aussi suite à une sortie récente du Conseil des industriels laitiers du Québec, qui condamnait son utilisation. « Le message important à retenir, c’est que les producteurs ont entendu les consommateurs et les clients », a déclaré Charles Langlois, président-directeur général de l’organisme qui représente 91 transformateurs laitiers, dont Saputo, Danone et Lactalis.

Le professeur en agroalimentaire Sylvain Charlebois, qui a exposé au grand jour le phénomène, s’est aussi réjoui. « Tout d’un coup, on réalise qu’on est en 2021 et qu’il y a certaines pratiques qui ne sont plus acceptables socialement. »