(Ottawa) Un comité parlementaire a accepté mardi de tenir des audiences formelles sur le traitement par le gouvernement libéral des allégations de conduite inappropriée visant l’ancien chef d’état-major Jonathan Vance – des allégations qui font déjà l’objet d’une enquête de la police militaire.

Lee Berthiaume
La Presse Canadienne

Les membres du Comité permanent de la défense nationale des Communes ont voté à l’unanimité, mardi, en faveur d’une enquête.

Global News a rapporté la semaine dernière que le général Vance aurait entretenu une liaison soutenue avec une subalterne. Global alléguait aussi que l’ancien chef d’état-major avait fait un commentaire sexuel à une deuxième militaire beaucoup plus jeune que lui, en 2012 – avant d’être nommé commandant des armées.

M. Vance n’a pas répondu aux demandes de commentaires de La Presse Canadienne et les allégations contre lui n’ont pas été vérifiées de manière indépendante. Selon Global, M. Vance a reconnu qu’il était sorti avec la première femme il y a près de 20 ans, mais il a soutenu que cette liaison avait évolué au fil des ans et qu’elle n’était pas sexuelle. Global a également rapporté que M. Vance ne se souvenait pas d’avoir fait un commentaire sexuel à l’autre militaire subalterne. Mais s’il a fait ce commentaire, c’était sûrement pour faire une blague et il était prêt à s’excuser, a-t-il dit à Global.

Ces allégations surviennent quelques semaines seulement après que M. Vance a transféré le commandement des Forces armées canadiennes, après cinq ans à la tête de l’état-major, au cours desquels il a dirigé les efforts pour éliminer l’inconduite sexuelle au sein de l’armée.

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, figure bien sûr en tête de la liste des personnes qui seront appelées à témoigner ; les députés conservateurs au sein du comité veulent entendre ce que le ministre savait des allégations et comment il y a répondu.

« Ce qui est très préoccupant, c’est que ces allégations ont été présentées au ministre », a déclaré mardi le porte-parole conservateur en matière de défense, James Bezan, pendant la réunion du comité. « Et les reportages ne nous apprennent pas clairement la manière dont ces informations ont été traitées, si les victimes ont été ou non contactées, et si des services de soutien ont été offerts. »

Sajjan savait-il depuis mars 2018 ?

Plusieurs sources ont déclaré à La Presse Canadienne que le ministre Sajjan avait été informé des allégations en mars 2018 par l’ombudsman militaire de l’époque Gary Walbourne, qui a démissionné par la suite. Ces sources ne sont pas autorisées à discuter publiquement de la question.

M. Sajjan n’a pas voulu commenter directement les allégations, mais il a insisté sur le fait que toutes les mesures appropriées sont suivies lorsqu’il reçoit des rapports de conduite inappropriée. Le premier ministre Justin Trudeau a également esquivé les questions à ce sujet.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan

Les membres du comité ont passé une grande partie du reste de la réunion de mardi à se disputer sur les autres témoins à convoquer. Le porte-parole néo-démocrate en matière de défense, Randall Garrison, souhaitait appeler le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, qui était ministre conservateur de la Défense lorsque M. Vance a été nommé en 2015. Les membres du comité ont accepté.

Les conservateurs veulent aussi appeler l’ancien greffier du Conseil privé Michael Wernick, l’ancienne cheffe de cabinet du ministre Sajjan, Zita Astravas, qui travaille maintenant pour le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, ainsi que la sous-ministre de la Défense Jody Thomas.

Deux autres enquêtes

La décision du comité de tenir des audiences sur les allégations contre M. Vance s’ajoute à une enquête de la police militaire et à la promesse du ministre Sajjan de procéder à un examen distinct en dehors de la chaîne de commandement.

M. Trudeau a fait référence à cet examen indépendant, qui n’a pas encore été amorcé, lorsqu’il a de nouveau été interrogé sur les allégations, mardi. « Nous sommes très heureux qu’il y ait un examen en cours pour s’assurer que chaque étape du processus, les bons processus ont été suivis », a déclaré le premier ministre lors de sa conférence de presse bihebdomadaire.

« C’est quelque chose qui sera examiné maintenant. Mais je peux vous assurer que nous avons toujours pris cela très au sérieux et veillé à ce que ces étapes appropriées soient suivies. »

Les membres du comité ont indiqué qu’ils ne voulaient pas compromettre toute enquête policière sur la conduite de M. Vance, tout en suggérant que leur examen devrait mettre l’accent sur le fait de pousser l’armée à mieux garantir que les femmes militaires ne soient pas sujettes à des inconduites sexuelles.

« La question de savoir si des efforts adéquats ont été déployés pour endiguer le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles dans l’armée constitue une question importante, mais nous en connaissons déjà la réponse », a déclaré M. Garrison. « Les progrès sont, disons, très faibles, si l’on veut être généreux. »