En raison de la pandémie de COVID-19, qui cause autant de difficultés aux importateurs de cocaïne et aux trafiquants qu’aux autorités, le nombre de saisies de cocaïne aux frontières est en chute libre au Québec et au Canada.

Publié le 2 févr. 2021
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Selon des chiffres de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), environ 220 saisies de cocaïne ont été effectuées par les douaniers au Québec, entre la mi-mars et le 28 janvier dernier, comparativement à 400 pour la période allant de la mi-mars 2019 à la mi-mars 2020.

Même s’il manque un mois et demi aux statistiques de cette année, la tendance est nettement à la baisse.

Les saisies de cocaïne au Québec sont également en diminution cette année comparativement à 2018-2019, alors que les agents des services frontaliers en avaient effectué 364 durant la période allant de la mi-mars 2018 à la mi-mars 2019.

Dans tout le Canada, les douaniers avaient réalisé 700 saisies de cocaïne entre mars 2018 et mars 2019, 804 durant la même période en 2019 et 2020, mais seulement 384 depuis le début de la pandémie, entre mars 2020 et le 28 janvier dernier, ce qui démontre une diminution aussi dans tout le pays.

Fait à noter toutefois, autant au Québec qu’au Canada, les saisies de cocaïne effectuées par les douaniers ont été plus importantes en octobre et en novembre 2020, ainsi qu’en janvier dernier.

Cette diminution du nombre de saisies de cocaïne depuis le début de la pandémie s'expliquerait notamment par le fait que l’ASFC a constaté en 2020 une baisse de près de 90 % des passages frontaliers par rapport à la même période l'année dernière, en raison des restrictions de voyage.

« La fréquence et les quantités des saisies de stupéfiants varient pendant l’année selon de nombreux facteurs, y compris, sans s’y limiter, la disponibilité des vols, le rendement de la croissance et des produits agricoles, et les tendances internationales », ajoute la porte-parole, Judith Gadbois-St-Cyr.

Cette dernière indique également qu'en 2019, l’ASDC a effectué 549 saisies de cocaïne d’une valeur totale de 181 395 701 $, soit en moyenne 330 411,11 $ par saisie. En 2020, l’Agence a effectué 399 saisies de cocaïne d’une valeur totale de 141 269 645 $, soit en moyenne 354 059,26 $ par saisie.

Si le nombre de saisies aux frontières a sensiblement diminué depuis le début de la pandémie, la police croit également que les importations de cocaïne orchestrées par les organisations criminelles et autres importateurs sont plus rares.

La surveillance à la douane, la diminution de la circulation aux frontières, la réduction des activités dans les transports en général, les difficultés pour les criminels de se rencontrer en raison des mesures de confinement et de distanciation physique ainsi que le couvre-feu en vigueur au Québec seraient autant de raisons pour lesquelles il y a moins d’importations de cocaïne, selon des sources policières consultées par La Presse.

« C’est réellement tout le contexte de la COVID. Les douanes dans les autres pays et ici, le couvre-feu, les déplacements, les établissements fermés, la présence policière. Tout ça fait en sorte que présentement, ce n’est pas un bon moment pour les importateurs de faire un grand coup », nous a dit l’une d’elles.

Le kilogramme à 80 000 $

La baisse des importations et les difficultés des trafiquants provoqueraient une rareté de la cocaïne au Québec, qui se répercute dans le prix du kilogramme.

Selon nos informations, alors qu’il était d’environ 50 000 $ avant la pandémie, le prix du kilogramme de cocaïne non traitée a atteint plus de 80 000 $ durant le temps des Fêtes. À Montréal, le prix de l’once serait actuellement d’environ 2000 $.

Le prix du kilogramme avait également grimpé à 65 000 $ durant les premières semaines de la pandémie ; des policiers avaient alors expliqué cette situation par le fait que les organisations criminelles retenaient des quantités et manipulaient l’offre et la demande, de façon à pouvoir augmenter les prix, pour minimiser les pertes jusqu’à ce que les affaires reprennent.

Mais dix mois plus tard, force est de constater que les affaires prennent du temps à reprendre, et les prix montent maintenant en raison de la diminution de l’offre.

Par contre, la police s’attend à une reprise des importations et de la distribution une fois que les mesures sanitaires commenceront à être moins sévères.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.