Des dizaines de travailleurs sans papiers ont manifesté samedi au centre-ville de Montréal, devant les bureaux de Passeport Canada, afin de réclamer la régularisation de leur statut. Ils se disent « menacés » par les mesures de confinement, dont le couvre-feu.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« J’ai très peur de sortir, même pour faire mes courses, parce que je peux facilement me retrouver dans une situation où les policiers vont me demander des pièces d’identité que je n’ai pas. C’est vraiment stressant », confie Samira Jasmin, Algérienne d’origine arrivée au Québec il y a huit ans qui a perdu son statut d’immigration en 2017.

À ses yeux, une régularisation pour les personnes au statut précaire serait « la moindre des choses » dans le contexte actuel, alors que beaucoup d’entre elles travaillent au front, notamment dans le réseau de la santé, pour lutter contre la COVID-19.

  • Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

  • Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

  • Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

  • Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

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    Le rassemblement devant les bureaux de Passeport Canada à Montréal, qui a pris la forme d’une danse de solidarité avec des consignes de distanciation claires, était organisé par l’organisme Solidarité sans frontières.

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C’est l’organisme Solidarité sans frontières (SSF) qui organisait le rassemblement. Ce dernier a pris la forme d’une danse de solidarité, avec des consignes de distanciation claires. « Au Québec, le couvre-feu a obligé plusieurs travailleurs sans papiers à quitter leur travail de nuit par peur de la collaboration continue entre la police et l’Agence des services frontaliers du Canada », déplore le groupe.

Selon les chiffres de SSF, une personne sur vingt-trois n’a pas de statut permanent au Canada. L’organisme dénonce le fait que, depuis le début de la pandémie, ni le Québec ni Ottawa n’ont répondu aux appels pour un programme complet de régularisation, et ce, « malgré la contribution de ces personnes en tant que travailleurs » essentiels.

« Ces personnes se retrouvent désormais dans des situations encore plus difficiles, car elles sont toujours exclues de tout programme d’urgence. Les travailleurs et travailleuses de nuit qui ne peuvent pas se permettre de quitter leur travail vivent dans une peur permanente », déplore l’organisation.

« Je ne peux pas rentrer »

Originaire d’Afrique centrale, Arnauld Moukam est arrivé au Québec il y a huit ans et n’a jamais réussi à obtenir un statut migratoire. Il affirme avoir quitté son pays natal parce qu’il y était en danger. Jardinier de profession, il dit avoir été menacé d’emprisonnement pour avoir tenté de vendre ses produits lui-même, en tant que grossiste, sans passer par les autorités gouvernementales.

Je ne peux pas rentrer. La prison chez moi, ce n’est pas la prison d’ici. J’ai dû abandonner mes enfants et ma femme pour fuir le danger. Je n’ai pas vu mes enfants depuis huit ans. Je ne sais même plus à quoi ils ressemblent.

Arnauld Moukam, sans-papiers installé à Montréal

Plusieurs mois par année, M. Moukam travaille dans les champs agricoles, à Mirabel ou à Saint-Eustache. Il réclame aussi une régularisation du statut des personnes sans papiers. « Si j’étais régularisé, je pourrais faire venir mes enfants et ma femme, retrouver ma famille », dit-il.

Farid Talbi, arrivé ici en 2009 mais sans papiers depuis 2011, abonde dans le même sens. « À la base, on vient ici pour un monde meilleur, parce qu’il y a une différence de salaire, de qualité de vie. Mais là, c’est très difficile avec la pandémie. Je reste parfois plusieurs mois sans travail », soupire-t-il. « La vie n’est plus la même. Avant, tu trouvais un travail et il y avait plus de soutien, surtout. Maintenant, même les ressources qui nous aident sont débordées. Les gens qui demandent de l’aide sont plus nombreux. Peut-être même que certains sont maintenant dans la rue. C’est vraiment la galère », conclut M. Talbi.