Des parents de la Mauricie qui tentent de trouver des places en garderie pour leurs enfants déplorent la lenteur des autorités à débloquer plus de services. Québec, de son côté, promet que des solutions arrivent.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On appelle partout, constamment. Parfois, on me dit qu’on ne peut même pas nous prendre sur une liste d’attente tellement elle est longue, qu’on ne se rendra même jamais jusque-là. C’est un véritable emploi en ce moment de chercher des places », confie Alice Tessier, une mère de famille qui réside à Hérouxville.

Infirmière clinicienne en gérontopsychiatrie, Mme Tessier déplore que la situation l’empêche d’envisager un retour au travail, alors que les effectifs manquent cruellement dans le réseau de la santé. « Je suis une professionnelle qui veut aller au front en pleine pandémie, pendant que les ressources sont épuisées, et tout ça me bloque. Ça cause beaucoup d’anxiété pour un paquet de monde », soupire-t-elle.

Fannie Massey, de son côté, s’est inscrite sur la plateforme La Place 0-5 il y a près de deux ans, et n’a toujours aucune nouvelle. « Je suis enceinte d’un deuxième enfant et je ne sais même pas ce qui va arriver. Ça cause beaucoup de stress. J’ai déjà dû réduire mes heures », plaide-t-elle.

Exaspérée par la situation, Mme Massey a créé il y a quelques semaines un groupe de mobilisation sur les réseaux sociaux pour rassembler les parents de la Mauricie qui peinent à trouver une place à leur enfant. En quelques jours seulement, 300 personnes s’y sont réunies, partageant conseils et recommandations.

En parlant avec les députés, on se rend compte qu’ils ne connaissent pas tous la situation. On se fait dire que dans deux ou trois ans, il y aura du changement, mais entre-temps, nos enfants grandissent. Il faut que ça change.

Fannie Massey, mère de famille de Trois-Rivières

Plusieurs autres parents interrogés par La Presse abondent dans le même sens. « Lorsqu’une rare place en milieu familial s’affiche quelque part, il faut avoir une chance incroyable et être le premier à la voir passer, car en quelques minutes, elle est déjà pourvue. Et on ne parle pas des places en installation. Elles sont pratiquement inexistantes pour quelqu’un de l’externe », dit notamment la Trifluvienne Karine Lord.

« Aucune demande de création de garderies ne devrait être refusée en ce moment. Au contraire, on devrait accélérer la mise en œuvre de ces demandes », implore Anne-Élisabeth Carrier, une mère de famille qui a obtenu une place de peine et de misère, il y a quelques mois, après des recherches interminables.

Un domaine moins prisé qu’avant

Depuis le début de 2020, pas moins de 76 garderies en milieu familial ont fermé leurs portes dans la région, rapporte l’Alliance des intervenantes en milieu familial (ADIM) de la Mauricie, qui s’inquiète du manque de valorisation à l’égard des professionnelles.

« On continue de perdre des éducatrices. Aujourd’hui, on en est à 332 responsables sur tout le territoire, alors qu’à pareille date l’an passé, on en avait plus de 400. Ça baisse énormément et malgré quelques réouvertures, on n’arrive pas à combler l’écart. On a déjà eu 530 établissements ouverts », illustre la présidente de ce syndicat, Mélanie Gélinas.

Tant que le métier d’éducatrice ne sera pas reconnu dans la population, ça ne changera pas. On ne parle que très rarement de leurs réalités. Ça va prendre une vraie reconnaissance de nos intérêts.

Mélanie Gélinas, présidente de l’ADIM Mauricie

Parmi les raisons qui expliquent ces départs, la porte-parole syndicale cite la « surtâche administrative » qui incombe aux établissements, ainsi que les faibles salaires. En moyenne, une éducatrice ne gagne qu’un peu plus de 13 $ l’heure. « On est sous le salaire minimum », dénonce Mélanie Gélinas.

Des ressources à venir, dit Québec

Joint par La Presse, le cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, indique qu’il est bien conscient du « problème important de manque de places » en Mauricie, comme dans « plusieurs autres régions » à travers le Québec, d’ailleurs.

« Le manque de places est un problème qui revient régulièrement dans plusieurs secteurs et la Mauricie en fait partie. On veut cibler nos efforts là où les plus grands besoins sont, et réduire la pression là où les manques sont les plus criants », assure l’attaché de presse du ministre, Antoine de la Durantaye.

Ce dernier précise que 423 places provenant d’appels de projets antérieurs, datant de 2013 et de 2019, sont actuellement en développement et devraient voir le jour « dans les prochains mois ». « Sous les libéraux, il y a eu des coupes dans le développement de services de garde, donc plusieurs promoteurs ont reculé. Il n’y avait pas non plus de limite de temps. De notre côté, on veut terminer les projets en 24 mois », ajoute-t-il.

En octobre, le ministre Lacombe avait annoncé un appel à projets pour ajouter près de 4360 places en garderie. Ces projets pouvaient être déposés jusqu’à vendredi dernier et devront maintenant faire l’objet d’analyses. De ce nombre, 313 seront réservés à la Mauricie, promet le Ministère, qui soutient que les projets devraient être connus d’ici à l’été.

« Il n’y a pas de solution miracle, conclut M. de la Durantaye. On ne peut pas construire un CPE ou une garderie en claquant des doigts. Ces places ne verront pas le jour immédiatement, mais à court terme, on travaille à valoriser la profession, notamment dans les milieux familiaux, où on sait qu’on peut travailler plus rapidement. »