L’Union des producteurs agricoles (UPA) trouve « regrettable » que le projet de loi visant à dépoussiérer le régime de santé et de sécurité du travail « fasse abstraction » des problèmes de santé liés à l’exposition à certains pesticides.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Le syndicat – qui représente les 41 000 agriculteurs de la province – demande au gouvernement Legault d’inclure les maladies associées à l’exposition aux pesticides dans sa mise à jour de la liste des maladies professionnelles. Il demande aussi qu’un fonds spécial soit créé afin d’indemniser toutes les personnes travaillant dans les fermes du Québec qui ont subi un préjudice lié à l’usage de ces produits chimiques.

Ces demandes ont été formulées dans le cadre des auditions de la commission parlementaire sur le projet de loi 59 qui se déroulent cette semaine. C’est la première fois que l’UPA se prononce aussi fermement sur cet enjeu.

Depuis deux ans, l’association Parkinson Québec milite pour que cette maladie neurodégénérative incurable soit reconnue comme une maladie professionnelle chez les agriculteurs, comme c’est le cas en France depuis 2012 et en Suède depuis 2017.

Un mémoire déposé conjointement par Parkinson Québec et le groupe Victimes des pesticides Québec demande par ailleurs que, comme en France, le lymphome non hodgkinien, la leucémie lymphoïde chronique et le myélome multiple soient reconnus comme des maladies professionnelles associées à l’exposition aux pesticides.

Révision ponctuelle de la liste

Le ministre du Travail, Jean Boulet, estime qu’il n’existe pas encore de consensus scientifique clair sur le lien de cause à effet entre le développement de la maladie de Parkinson et l’exposition aux pesticides.

C’est pourquoi il propose plutôt la création d’un comité d’experts pour guider le gouvernement dans sa modernisation de la liste au fil de l’évolution des connaissances scientifiques.

« Au-delà de mettre en place un comité scientifique, nos gens qui sont pris avec ça sur le terrain, ils se disent : "C’est quoi, l’aide que j’ai ?" », a souligné Martin Caron, premier vice-président de l’UPA, en entrevue avec La Presse.

Dans son mémoire, l’UPA ne nomme pas de maladies précises à ajouter sur la liste. « On ne voulait pas en échapper. On ne veut pas juste focaliser sur le parkinson. On n’est pas des spécialistes, mais il faut vraiment faire attention et s’assurer qu’on révise et qu’il y ait toutes les maladies par rapport à l’usage des pesticides », a précisé M. Caron.

« Ils n’ont pas cotisé »

Lors des auditions, le ministre Jean Boulet a précisé que les agriculteurs qui se croient malades en raison de leur usage des pesticides peuvent faire une réclamation à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Le problème, c’est que seulement 37 % des 28 000 entreprises agricoles y cotisent.

Le fonds d’indemnisation réclamé par l’UPA et Parkinson Québec devrait couvrir tout le monde. « Ils n’ont pas cotisé parce qu’ils n’étaient pas au courant du risque, a souligné Romain Rigal, de Parkinson Québec. Il est important que les gens qui nous gouvernent reconnaissent qu’il y a eu une erreur. »

Marie Montpetit, députée libérale et porte-parole en matière de santé qui a siégé à la commission parlementaire sur les risques des pesticides, estime que le gouvernement Legault abandonne les agriculteurs et les agronomes malades.

« On a eu une commission qui a duré plus d’un an dans laquelle l’ensemble des experts qui sont venus témoigner étaient unanimes […] sur les liens entre l’exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson. Non seulement on revient à la case départ, mais c’est une grande injustice. »

32 000 personnes détiennent des permis ou certificats d’utilisation de pesticides au Québec.