C’était écrit dans le ciel que Félix-Antoine Joli-Cœur allait sauter dans l’arène. L’annonce de sa candidature à la mairie de Montréal sous une nouvelle bannière, celle de Ralliement pour Montréal, n’a pas surpris les observateurs de la scène politique municipale.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

J’ai eu une longue conversation avec lui l’été dernier. Il a été question de la mairie, du parti Vrai changement pour Montréal dont il aurait pu devenir le nouveau leader, de la création d’une éventuelle coalition, etc. Félix-Antoine Joli-Cœur faisait l’équilibriste.

PHOTO FOURNIE PAR FÉLIX-ANTOINE JOLI-CŒUR

Félix-Antoine Joli-Cœur, candidat à la mairie de Montréal sous la nouvelle bannière Ralliement pour Montréal

Mais au fond, ses propos suintaient la politique. Chaque phrase était celle de quelqu’un qui a des visées dans ce sens. J’ai raccroché en me disant qu’il serait sans doute l’un des candidats engagés dans la prochaine course à la mairie.

Il faut dire que j’avais un indice. Depuis un an, des sources me disent que celui qui publiait régulièrement des textes d’opinion dans la section Débats de La Presse songeait à faire le saut en politique municipale.

Encore le 12 décembre dernier, Félix-Antoine Joli-Cœur signait un texte dans lequel il écorchait l’administration Plante sur le manque de collaboration et de communication entre les entités de la Ville.

Et voilà que cinq semaines plus tard, il annonce qu’il devient candidat pour tenter de ravir la mairie de Montréal. C’est fou comme les choses peuvent aller très vite, parfois, en politique.

Joli-Cœur m’assure qu’un récent accident de ski qui l’a cloué au lit pendant une dizaine de jours l’a amené à prendre cette décision, le 31 décembre. « Valérie Plante est incapable de travailler en équipe. Je suis tanné de la chicane. Je me suis dit : go ! »

Donc, nous avons un nouveau candidat à la tête… d’une coalition. Coalition de quoi et de qui, au fait ? Ralliement pour Montréal, qui devrait faire connaître son programme et son équipe dans quelques semaines, mettra-t-il la main sur la base des 31 élus d’Ensemble Montréal ? Pas du tout, m’a confirmé Lionel Perez, chef intérimaire du parti, après avoir lancé : « Félix-Antoine qui ? »

L’appui de Vrai changement pour Montréal, l’ancien parti de Mélanie Joly, ne compte pas vraiment. Il n’a aucun élu. Quant aux bastions de LaSalle et d’Anjou détenus par Équipe Barbe et Équipe Anjou, il semble qu’aucun contact n’ait été fait dans ce sens. « C’est qui, lui ? », m’a demandé Luis Miranda, maire d’Anjou.

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Les 11 élus indépendants pourraient faire l’objet d’une opération de séduction. Hadrien Parizeau, conseiller dans Athunsic-Cartierville, et Jean-François Parenteau, maire de l’arrondissement de Verdun, sont sans doute dans la ligne de mire du nouveau parti.

Est-ce que les deux déserteurs, Christian Arseneault et Christine Gosselin, seraient tentés de rejoindre les rangs de ce nouveau parti ? C’est possible.

Félix-Antoine Joli-Cœur devra présenter des candidats de qualité. Le rôle de Marc-Antoine Desjardins, l’ancien adversaire de Luc Rabouin dans la course la mairie du Plateau-Mont-Royal, n’est pas encore défini. Mais ce visage au profil très ressemblant à celui du nouveau chef de Ralliement pour Montréal va faire partie des prochaines annonces. Pour le moment, il est encore inscrit comme « chef de parti » à Élections Québec.

Reste à voir si Guillaume Lavoie fera équipe avec Joli-Cœur. Le nom de ce dernier avait circulé en octobre dernier quand Bernard Drainville, animateur au 98,5 FM, avait affirmé qu’il était celui que Pierre Fitzgibbon souhaitait voir à la mairie de Montréal.

Lavoie avait alors nié toute entente ou tout dialogue avec le ministre de l’Économie et de l’Innovation. Joli-Cœur, qui a été un proche de Fitzgibbon selon Radio-Canada, prend ses distances en disant qu’il a tout simplement prévenu le ministre de ses intentions de se présenter à la mairie.

Félix-Antoine Joli-Cœur est peu connu du grand public. C’est sans doute pour cela qu’il annonce sa candidature tôt dans l’année. En revanche, il affiche rapidement les intentions de son parti. En entrevue lundi à l’émission Tout un matin, il a dit qu’il désirait s’attaquer aux cônes orange, à l’état des rues et à la propreté dans la ville.

Pour le moment, il tape sur les clous les plus apparents sur le mur.

Pour décrire la célérité avec laquelle il veut agir pour combattre ces sources d’irritation, il a fait une curieuse analogie avec le vaccin contre la COVID-19.

La question qui s’impose maintenant : est-ce que Denis Coderre sera le troisième candidat sérieux dans cette course ? Reprendra-t-il la base d’Ensemble Montréal ou créera-t-il un nouveau parti ? Dans un tel cas, ça serait une course à quatre, comme ce fut le cas en 2013. Lionel Perez a refusé de commenter cela. Il m’a redit que tout sera fixé au printemps.

Un retour de Coderre ? La chose est moins sûre qu’elle l’était il y a quelques mois. Non pas que Félix-Antoine Joli-Cœur effraie à ce point, mais sa présence pourrait suffisamment diviser le vote et empêcher l’ancien maire de Montréal de reprendre le fauteuil qu’il a perdu en 2017.

Cette division du vote pourrait jouer en faveur de Valérie Plante. C’est sans doute ce qu’on est en train de se dire à Projet Montréal.