L’Université de Montréal doit accepter d’indemniser un ancien professeur atteint d’un cancer rare causé par une exposition à l’amiante, affirment une soixantaine de médecins, de juristes et d’universitaires, ainsi que l’Association des victimes de l’amiante du Québec.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

« On ne comprend pas qu’une institution d’enseignement et de recherche n’accepte pas les connaissances scientifiques à jour », déclare Norman King, conseiller scientifique à l’Association des victimes de l’amiante du Québec (AVAQ), en entrevue téléphonique.

Jean Renaud, professeur émérite de sociologie, a reçu un diagnostic de mésothéliome de l’enveloppe des poumons en 2018. Il s’agit d’un cancer très rare causé par une exposition à l’amiante dans 80 % des cas.

Le professeur Renaud a travaillé pendant une trentaine d’années dans un bureau du pavillon Lionel-Groulx où les tuiles acoustiques du plafond et les tuiles de plancher contenaient de l’amiante. Le pavillon a fait l’objet de travaux de désamiantage en 2011 et en 2012, soit juste après la retraite de M. Renaud.

Pour M. King, il est inacceptable que l’Université de Montréal conteste la décision d’indemnisation réclamée par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et qu’elle fasse durer les procédures en demandant que le dossier de son ancien professeur soit révisé.

« Quand on parle de mésothéliome et amiante, et que l’exposition a été prouvée, il n’y a aucun motif pour faire perdurer la période d’attente avant une décision finale », affirme M. King.

Avec une maladie grave et débilitante qui lui cause déjà assez de souffrance, à lui et sa famille, M. Renaud doit composer avec cet élément de frustration en plus, sans raison.

Norman King, conseiller scientifique à l’AVAQ

Après plusieurs traitements de chimiothérapie au CHUM depuis 2018, Jean Renaud doit être transféré à une unité de soins palliatifs dans les prochains jours.

Indemnisation recommandée

Dans un rapport rédigé en septembre dernier, la CNESST a reconnu le mésothéliome de la plèvre de M. Renaud comme étant une maladie professionnelle et recommande son indemnisation en vertu de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP).

Le communiqué conjoint des universitaires et de l’AVAQ s’appuie sur les recommandations du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Dans un rapport publié en juillet dernier, le BAPE recommandait que la LATMP soit modifiée afin qu’un travailleur qui développe ce type de cancer et dont l’exposition à l’amiante a été prouvée soit d’emblée considéré comme étant atteint d’une maladie professionnelle et que son employeur ne puisse pas le contester.

L’Université de Montréal explique le retard dans le traitement du dossier de M. Renaud par le fait que la CNESST ne le lui a transmis au complet qu’après la date limite pour déposer une demande de révision.

« N’ayant pas eu l’occasion de prendre connaissance du dossier, l’Université de Montréal n’avait donc pas le choix de déposer une demande de révision, pour avoir accès à tous les éléments du dossier. Ce que nous avons fait le 4 novembre dernier », a déclaré Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université, par courriel.

Mme O’Meara assure que « l’examen du dossier se fait dans la plus grande diligence et que l’Université, pour le bénéfice de tous, souhaite en arriver à une conclusion dans les meilleurs délais ».