Pascale Ferrier, la résidante de la Rive-Sud accusée d’avoir envoyé du poison mortel à Donald Trump, ne peut pas être libérée dans l’attente de son procès, car elle représenterait « une menace sérieuse au président et à la sécurité nationale », a tranché une juge de Washington.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

La quinquagénaire qui possède la double citoyenneté canadienne et française avait tenté à nouveau d’être libérée sous condition, après un premier échec l’an dernier. Elle avait fait valoir qu’elle était prête à fournir certaines garanties au tribunal, et qu’elle n’était actuellement traitée pour aucune dépendance aux drogues ou à l’alcool et pour aucun problème connu de santé mentale.

Mais la juge Robin M. Meriweather a conclu qu’il était trop risqué de permettre à Mme Ferrier de sortir de détention, vu les accusations d’envoi de substances extrêmement toxiques par la poste à plusieurs destinataires.

« D’innombrables personnes » en danger

« Il s’agit d’un comportement allégué extrêmement sérieux qui a mis en danger d’innombrables personnes », tranche la magistrate dans sa décision datée du 31 décembre. Elle souligne qu’il y a encore des raisons de craindre pour la sécurité de Donald Trump à la lecture de la lettre de menaces attribuée à Pascale Ferrier, envoyée avec du poison dans l’enveloppe.

« Plus précisément, la menace dans la lettre semblait être reliée à la demande qu’il retire sa candidature à l’élection », souligne la juge.

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Pascale Ferrier

« L’auteure de la lettre menaçait d’utiliser son fusil. Même si la possession d’une arme par Mme Ferrier était possiblement légale, il est très inquiétant qu’elle ait été détenue dans les jours suivant la réception de la lettre à la Maison-Blanche, alors qu’elle était en route pour les États-Unis, avec une arme à feu chargée », poursuit le jugement.

La lettre attribuée à Pascale Ferrier avait été interceptée dans un centre de tri du courrier destiné à la Maison-Blanche, en septembre.

« J’ai trouvé un nouveau nom pour toi : le clown tyran hideux. J’espère que tu l’aimes. Tu ruines les USA et les conduits au désastre. J’ai des cousins américains, donc je ne veux pas les prochains quatre ans avec toi comme président. Abandonne et retire ta candidature pour cette élection », précisait la lettre envoyée à la Maison-Blanche, dans laquelle se trouvait une poudre blanche identifiée en laboratoire comme étant de la ricine, un puissant poison.

« J’ai fait un “cadeau spécial” pour t’aider à prendre une décision. Le cadeau est dans cette lettre. S’il ne fonctionne pas, je trouverai une meilleure recette pour un autre poison, ou je pourrais utiliser mon fusil quand je pourrai venir », aurait ensuite poursuivi la femme.

Un chef de police, deux shérifs, trois gardiennes de prison

Des lettres contenant des menaces similaires et de la ricine avaient aussi été envoyées à deux shérifs, un chef de police municipale et trois gardiennes de prison du Texas, où Pascale Ferrier avait été détenue lors d’un voyage aux États-Unis, en 2019. Elle avait alors été arrêtée avec une arme de poing non enregistrée, un gilet pare-balles et un permis de conduire texan trafiqué affichant sa photo avec un faux nom.

Peu après l’envoi des lettres empoisonnées, Pascale Ferrier s’était présentée à un poste frontalier américain du nord de l’État de New York. Elle avait avoué à un agent frontalier américain qu’elle était la personne recherchée pour l’affaire des lettres et l’agent l’avait immédiatement arrêtée. Elle avait en sa possession un pistolet semi-automatique, environ 300 cartouches fonctionnelles, un couteau à ressort, un pistolet à impulsion électrique, une matraque et un faux permis de conduire du Texas.

PHOTO FOURNIE PAR LE COMTÉ DE HIDALGO, TEXAS

L’arme de poing chargée que portait Pascale Ferrier lors de son arrestation.

Accusée dans deux juridictions

Mme Ferrier fait face à des accusations criminelles dans deux juridictions américaines. À Washington, elle est accusée de menaces de mort contre le président américain. Au Texas, elle fait face depuis le mois dernier à une série d’accusations reliées à l’usage d’une arme biologique et à des menaces contre le commerce inter-États. Elle a besoin d’un interprète pour suivre le processus judiciaire, car elle dit avoir une connaissance limitée de l’anglais.

Lors de la fouille du logement de l’accusée, dans l’arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil, une équipe spécialisée de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) assistée par des experts en armes chimiques et bactériologiques de l’armée canadienne avait découvert des traces de ricine.