Jean Truchon, ce patient qui a remporté aux côtés de Nicole Gladu son combat devant la Cour supérieure du Québec pour obtenir l’aide médicale à mourir, est décédé.

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

Atteint de triparalysie depuis la naissance, M. Truchon a reçu l’aide médicale à mourir (AMM) ce mardi à 14 h au CHSLD Paul-Émile Léger à Montréal.

L’homme a devancé sa demande d’AMM en raison de la pandémie qui décime actuellement les usagers des CHSLD à travers le Québec.

« Au départ, je devais m’éteindre le 22 juin 2020, dans le but de passer plus de temps avec mes proches et amis. Étant donné le contexte que nous vivons actuellement avec la crise sanitaire, j’ai décidé de prendre le train et de laisser mes amis et tous ceux qui ont cru en moi et en ma cause à la gare », a-t-il écrit dans une lettre transmise à ses avocats. Ces derniers étaient chargés de transmettre sa lettre aux médias après son décès.

« Avant cette pandémie, j’avais toute la misère du monde à garder la tête hors de l’eau avec toutes mes activités. Le Coronavirus m’a volé littéralement le temps avec ceux que j’aime. De constater ce qui s’en vient m’effraie au plus haut point. Alors, j’ai pris la décision de partir maintenant et celle-ci est mûrement réfléchie », poursuit-il dans sa missive.

M. Truchon a tenu à remercier la juge Christine Baudouin pour son jugement « incroyable qu’elle a pondu en quelques mois seulement » ainsi que « l’apport incroyable » de ses avocats « tout au long de cette cause et jusqu’à la fin ».

« Je vous demande d’essayer de me comprendre et non pas de me juger. Merci à tous », conclut-il dans sa courte lettre.

Le cabinet d’avocats qui l’a défendu devant les tribunaux – Ménard, Martin avocats – ne fera pas d’autres commentaires.

Rappelons que dans un jugement étoffé rendu le 11 septembre dernier, la juge de la Cour supérieure du Québec Christine Baudouin a tranché en faveur des deux Québécois atteints de maladies dégénératives incurables qui contestaient les critères des législations sur l’AMM.

Atteint de triparalysie depuis la naissance, Jean Truchon avait perdu l’usage de son seul bras fonctionnel en 2012. Survivante de la polio qui l’a foudroyée à l’âge de 4 ans, Nicole Gladu souffre aujourd’hui du syndrome post-poliomyélite, une maladie dégénérative incurable.

Tous deux voulaient mourir, mais comme ils n’étaient pas « en fin de vie », critère de la loi québécoise, et que leur mort n’était pas « raisonnablement prévisible », critère de la loi canadienne, on leur a refusé l’AMM. Ils s’étaient donc tournés vers les tribunaux pour contester la constitutionnalité des deux lois.

Dans sa décision qui a eu un impact majeur au pays, la juge Baudouin a déclaré les deux lois inconstitutionnelles sans « aucune hésitation » forçant ainsi Ottawa et Québec à modifier leurs lois respectives.