(Montréal) Si la tendance se maintient, le Québec devrait éviter cette année des inondations catastrophiques comme celles de l’an dernier. La crue printanière se déroule en douceur, observe Hydro-Québec. Entretien.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Le débit et le niveau de la rivière des Outaouais sont élevés, ces jours-ci, mais c’est une bonne nouvelle.

Ça veut dire que la fonte des neiges est bien entamée.

« Depuis une à deux semaines, on voit les premiers signes encourageants », affirme l’ingénieur hydrique Pierre-Marc Rondeau, d’Hydro-Québec.

« Aujourd’hui, on n’entrevoit pas le pire comme l’an passé, loin de là », ajoute-t-il, au cours d’un entretien avec La Presse, mercredi.

Les riverains qui ont été durement éprouvés par les inondations du printemps 2019, notamment aux abords du lac des Deux-Montagnes, peuvent donc se rassurer.

D’autant plus que la crise sanitaire actuelle représenterait un sérieux casse-tête en cas d’inondations, empêchant par exemple la mise sur pied de centres d’hébergement.

Pour un printemps sans inondation, il faut aplanir la courbe de la crue, illustre Pierre-Marc Rondeau, reprenant justement le leitmotiv des autorités sanitaires dans la lutte à la COVID-19.

L’idée est que le volume d’eau, qui est très important au printemps, on veut idéalement qu’il s’étire sur la plus longue période possible.

Pierre-Marc Rondeau, Hydro-Québec

En 2019, à pareille date, il y avait encore beaucoup de neige au sol et le froid perdurait, si bien que la neige n’avait pratiquement pas fondu.

« Et d’un coup, mi-avril, on a eu de la chaleur et de la pluie, et ça a fondu à une vitesse incroyable », rappelle l’ingénieur hydrique.

A contrario, il y a en ce moment moins de neige au sol sur la grande majorité du territoire, en raison du temps doux des dernières semaines.

C’est ce qui explique donc que le débit de la rivière des Outaouais soit, au niveau du barrage de Carillon, le double qu’à pareille date l’an dernier.

« Mais il n’y a aucun enjeu, car la fonte est plus graduelle », assure-t-il, précisant que la crue de 2020 s’annonce tout au plus « un peu supérieure aux moyennes ».

Une tendance qui doit se maintenir

Il est encore trop tôt pour affirmer avec certitude qu’il n’y aura pas d’inondation cette année ; le printemps est encore jeune et la situation pourrait changer.

« Notre boule de cristal demeure embuée ; il n’y a rien qui dit que la fin d’avril ne sera pas très pluvieuse », illustre Pierre-Marc Rondeau.

Pour que la tendance observée jusqu’à maintenant se maintienne, il faut que le temps ressemble à ce qui est annoncé pour la semaine prochaine, affirme l’ingénieur hydrique : « Des températures en haut de zéro, donc fonte des neiges, mais pas de chaleur de 15 ou 20 degrés et pas de gros systèmes météo avec beaucoup de pluie qui se suivent ».

Hydro-Québec voit aussi d’un bon œil qu’il reste encore beaucoup de neige dans le sud de l’Abitibi et le nord de l’Outaouais, où elle dispose de réservoirs pour retenir la crue.

Parce que la gestion des cours d’eau est d’abord et avant tout un « enjeu de production » pour la société d’État.

Sauf au printemps, où elle devient aussi un enjeu de sécurité publique.

« S’il faut avoir des pertes de production pour empêcher inondations, on le fait », lance Pierre-Marc Rondeau, qui fait partie d’une équipe de 80 personnes qui surveille les cours d’eau jour et nuit, 365 jours par année.

Travaux complétés à la Chute-Bell

Hydro-Québec a par ailleurs terminé à la mi-mars les travaux d’amélioration du barrage de la Chute-Bell, dans les Laurentides, que la crue printanière de 2019 avait menacé au point de forcer l’évacuation du secteur.

L’ouvrage, situé à Grenville-sur-la-Rouge, avait été confronté à une crue supérieure à la capacité maximale pour laquelle il avait été conçu.

« Avec l’aménagement d’un canal d’écoulement en rive ouest, la solidification d’une partie du déversoir et le retrait de la vanne gonflable, notre installation est en mesure de supporter une crue historique comme celle vécue au printemps 2019 », a indiqué la société d’État dans un communiqué.

La CMM optimiste aussi

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) s’est elle aussi faite rassurante, mercredi, quant à la crue printanière. Les hauts niveaux observés le long du fleuve Saint-Laurent sont attribuables au fort débit à la sortie du lac Ontario, afin de créer « une réserve de crue » qui permettra de retenir l’eau et ainsi abaisser le débit du fleuve lors du pic de crue de la rivière des Outaouais », expliquait la CMM dans un communiqué dressant l’état de la situation au 30 mars. Même la pluie abondante de dimanche dernier n’a pas posé de problème ; elle a provoqué le rehaussement du niveau du lac des Deux Montagnes à 22,95 mètres, à Sainte-Anne-de-Bellevue, indique la CMM, « soit bien en deçà de son niveau record de 24,68 établi durant la crue 2019 ».