Alors qu’en France, et ailleurs dans le monde, les ex-jeunes placés sont intégrés jusqu’aux plus hauts paliers décisionnels dans les structures des services sociaux, au Québec, leur voix tarde à se faire entendre, nous apprend un nouveau pan de l’Étude sur le devenir des jeunes placés (EDJEP).

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

Cette fois, les chercheurs ont voulu, à travers une comparaison internationale, montrer que la voix des ex-jeunes de la DPJ est très peu entendue par rapport à la situation qui prévaut dans plusieurs autres pays. La chercheuse française Isabelle Lacroix a dirigé, en collaboration avec l’équipe québécoise, cette recherche comparative.

« Ces ex-jeunes placés sont très structurés en France. Les associations d’ex-placés existent depuis les années 50, ils siègent au ministère, ils donnent leur avis pour améliorer la vie des jeunes en situation de placement. Au Canada anglais, des associations existent depuis le milieu des années 80. Mais du côté du Québec, ils n’ont pas ou peu de voix. »

En effet, au Québec, seules trois associations regroupent des ex-jeunes de la DPJ. Le Réseau intersection Québec, dans la région de la capitale nationale, CARE Jeunesse, à Montréal, et la troisième est le comité conseiller de l’EDJEP, formés d’ex-jeunes placés, qui est devenu un pôle d’attraction pour cette clientèle.

Or, si elles étaient mieux structurées et mieux financées, ces associations pourraient donner un soutien inestimable aux jeunes qui sortent de placement, estime Mme Lacroix. « En France, dans une période de la vie où ils n’ont pas de soutien familial, ils n’ont pas nécessairement des tonnes d’amis, ils sont un peu perdus, ces associations leur donnent un très grand soutien moral. »

Le Québec en retard

« Le Québec est hyper en retard », estime Marcelle Partouche, qui fait partie du comité conseiller de l’EDJEP. Elle souligne que l’Allemagne, la Suisse, et le Danemark ont aussi fait énormément pour impliquer les ex-jeunes placés aux plus hauts niveaux décisionnels et les soutenir après leur placement.

Et pourquoi le Québec accuse-t-il un tel retard sur le reste du monde ? « Ça reste une énigme pour moi », dit Isabelle Lacroix. « Le système des services sociaux québécois s’est constitué de façon très centralisée, très étatique. On a professionnalisé l’intervention en protection de la jeunesse, alors qu’il faudrait désinstitutionnaliser et ça passe par une ouverture aux groupes communautaires et à des organismes qui s’occupent des ex-jeunes placés », croit Martin Goyette, le chercheur principal de l’EDJEP.