Dans un climat de tension, des trains se sont remis à circuler sur la voie ferrée traversant le territoire mohawk de Tyendinaga, en Ontario, épicentre du blocus ferroviaire national depuis deux semaines.

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

Un premier train a entamé la traversée du secteur mercredi avant-midi. Des manifestants, qui se tiennent toujours en groupe tout près des rails, ont incendié un amas de débris sous le train, forçant l’arrêt d’un second train, qui a finalement pu repartir, sans que la police n’intervienne.

Pendant ce temps à Kahnawake

Pendant ce temps, rien ne laisse présager une reprise du trafic ferroviaire à Kahnawake. L’injonction accordée hier à Canadien Pacifique (CP) pour déloger les manifestants mohawks du chemin de fer semble avoir eu un effet contraire : mercredi matin, le point de contrôle à proximité de la barricade a été renforcé.

De nouvelles structures de béton semblent avoir été acheminées sur les lieux, et vers 8  h 15, un camion est venu décharger quantité de pierres pour fortifier la barricade, puis un autre vers 13 h. De la machinerie lourde s’appliquait à placer ces amoncellements de manière à réduire l’accessibilité au chemin de fer. Depuis, des t-shirts apposés sur des rochers envoient un message clair : « Canada, stop bullying ».

Le secrétaire de la nation mohawk de Kahnawake, Kenneth Deer, s’est adressé aux médias mercredi. « Pour ce que l’on en sait, nous n’avons toujours pas vu l’injonction de nos propres yeux. Je ne crois pas qu’elle a été livrée », a-t-il dit, en soulignant qu’il espérait que CP retirera carrément la procédure.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

De nouvelles structures de béton semblent avoir été acheminées sur les lieux, et vers 8 h 15, un camion est venu décharger quantité de cailloux pour fortifier la barricade.

Malgré l’apparence d’une crispation chez les Mohawks présents à la barricade, Kenneth Deer a dit que sa communauté ne cherchait pas la confrontation, mais que les demandes restaient inchangées : retrait de la GRC du territoire wet’suwet’en, suspension des travaux du gazoduc Coastal Gaslink.

« Je ne crois pas que la réconciliation est morte, mais elle est certainement affaiblie, a-t-il dit. […] Je crois que le mot a été surutilisé, et que c’est devenu un mot à la mode. Il doit y avoir de l’action et de vrais efforts sincères pour réconcilier les différences entre les autochtones et le Canada. »

Kenneth Deer a déclaré qu’il croyait en la « sincérité » de Justin Trudeau dans sa démarche. « C’est le premier ministre de tous les Canadiens, pas le premier ministre de tous les peuples autochtones, […] donc il se trouve la délicate situation d’essayer de corriger des erreurs historiques qui ne peuvent être changées du jour au lendemain. »

À propos renforcement de la barricade en cours, Kenneth Deer a déclaré que « lorsqu’une injonction est accordée, l’étape suivante est une possible intervention physique par des forces policières de l’extérieur. À cela, il faut prendre certaines précautions, car [les manifestants] n’ont pas l’intention de démanteler leur barricade. »

« C’est à la Sûreté du Québec de voir s’ils veulent une confrontation physique ou non. […] Il serait mieux que CP ne vienne pas nous livrer l’injonction », a-t-il ajouté. M.  Deer n’a pas voulu commenter sur les potentielles « structures de sécurité actuellement en considération ».

L’injonction au cœur des tensions

Mardi, le Canadien Pacifique a obtenu de la Cour supérieure du Québec une injonction pour forcer la levée de la barricade sur sa voie ferrée à Kahnawake. On ignorait mercredi si elle avait été officiellement remise aux autorités de Kahnawake.

Néanmoins, le Conseil mohawk de Kahnawake avait été informé mardi de l’existence de l’injonction et a dit évaluer ses options, y compris sa contestation. Le grand chef Joe Norton a affirmé dans un communiqué que seuls les Peacekeepers, le corps de police de la réserve, avaient compétence sur le territoire.

M.  Norton a appelé les siens au « calme », et lance un avertissement : « l’histoire nous rappelle que l’approche appropriée pour traiter les problèmes consiste au dialogue et la discussion, et non en envoyant la police ».

Kenneth Deer a affirmé qu’il n’y avait pas de communications pour l’instant entre la communauté mohawk et CP, mais qu’en revanche, il y avait des questions. « Nous voulons savoir pourquoi CP a décidé de demander une injonction, a-t-il demandé. Nous sommes très déçus. Nous avions une bonne relation avec CP jusqu’à hier. »

Le Grand Chef Serge Simon et les Chefs du Conseil mohawk de Kanesatake ont vertement dénoncé l’injonction hier soir. « Il n’y a pas de mots qui puissent exprimer à quel point nous sommes profondément préoccupés en ce moment par la direction vers laquelle mène un tel chemin », ont-ils exprimé par communiqué mardi soir.  



Ils ont aussi fermement condamné l’intervention policière qui a mené au démantèlement du blocus de la communauté mohawk Tyendinaga, près de Belleville. « Nous voudrions rappeler au Gouverneur général ainsi qu’au Canada, qu’en ce qui concerne les arrestations de l’OPP, plusieurs voies de négociation et de règlements pacifiques étaient à portée de main pour résoudre le conflit », ont-ils avancé.

La semaine dernière, le Canadien National (CN) a obtenu une injonction du tribunal pour mettre fin à une barricade qui avait été érigée à Saint-Lambert, également en Montérégie. Vendredi soir, les manifestants ont quitté les lieux de ce blocus et la circulation ferroviaire a pu reprendre.

Avec La Presse canadienne