Le Grand Chef de Kahnawake, Joseph Norton, a fortement réagi à l’injonction de la Cour supérieure obtenue par le Canadien Pacifique (CP) mardi matin pour démanteler « immédiatement » la barricade érigée sur le territoire de la réserve mohawk, en évoquant la possibilité de contester l’injonction.

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
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Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
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« Le MCK envisage ses options de réponse, incluant une contestation de l’injonction », commente M. Norton dans un communiqué.

« Avant toute chose, nous devons faire comprendre à notre propre peuple que cette injonction ne sera pas exécutée sur notre Territoire. Il est vraiment regrettable que le CP suive ce cours d’action téméraire, qui ne fera qu’aggraver les problèmes en question ».

Le Grand Chef indique que la « seule police » ayant juridiction à Kahnawake est les Peacekeepers et que « personne ici ne fera le sale boulot de Trudeau » de démanteler les barricades et d’arrêter les manifestants.

M. Norton appelle les siens au « calme », et lance un avertissement : « l’histoire nous rappelle que l’approche appropriée pour traiter les problèmes consiste à le dialogue et la discussion-pas en envoyant la police ».

Autorisation de « toute force jugée nécessaire »

Le CP a expliqué avoir demandé cet ordre du tribunal parce que « le blocus de Kahnawake a rompu les liaisons ferroviaires vitales et a gravement affecté les activités du CP, les clients et l’économie en général », selon un communiqué émis en après-midi.

Le juge Michel A. Pinsonnault a donné raison à la Compagnie de chemin de fer en émettant cette ordonnance d’injonction interlocutoire provisoire, au palais de justice de Montréal. Le magistrat ordonne ainsi l’évacuation immédiate de la propriété du CP sur la route Old Malone à Kahnawake, et ordonne à quiconque de s’abstenir d’empiéter la propriété du CP, d’entraver les activités commerciales du CP ou d’intimider les employés de l’entreprise ferroviaire.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Vers 8 h, deux femmes agitant des drapeaux mohawks surveillaient les voitures entrant et sortant de la réserve de Kanesatake, sans bloquer le passage.

Il autorise aussi les services de police, dont la Sûreté du Québec, la Gendarmerie royale du Canada et les Kahnawake Mohawk Peacekeepers, à utiliser « toute force jugée nécessaire » pour exécuter l’ordonnance.

« Ça va certainement augmenter les tensions et les enjeux ici », a déclaré cet après-midi Kenneth Deer, secrétaire de la nation mohawk, qui s’est rendu sur les lieux de la barricade vers midi. « Nous avons de bonnes relations avec les gens du chemin de fer, nous avions l’impression qu’ils n’iraient pas dans cette direction. Nous sommes très surpris de cette injonction. »

Le texte de l’injonction doit être signifié officiellement aux protestataires par un huissier de justice, qui est habituellement accompagné par la police. Les manifestants auront donc l’opportunité de quitter les lieux par eux-mêmes.

Un porte-parole des Peacekeepers de Kahnawake a cependant indiqué n’avoir reçu aucune demande d’assistance.

L’ordonnance du juge Pinsonnault est en vigueur jusqu’au 5 mars à 23 h 59.

Le service de train de banlieue entre Candiac et Montréal est suspendu depuis quelques jours en raison de la présence des manifestants autochtones.

Legault est dans l’« erreur »

Pour le moment, les protestataires n’ont pas l’intention de démanteler leur barricade en soutien aux chefs wet’suwet’en de la Colombie-Britannique, tant que ceux-ci ne sont pas satisfaits de leurs discussions avec le gouvernement fédéral et la GRC, a affirmé Kenneth Deer.

Le représentant mohawk s’attend à ce que l’on cherche des solutions pacifiques à l’impasse, plutôt que de faire intervenir la police, comme l’a suggéré le premier ministre du Québec, François Legault.

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Kenneth Deer, secrétaire de la nation mohawk

Une intervention policière serait une grosse erreur. Je crois que M. Legault devrait adoucir le ton et mettre de la pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il s’entende avec les chefs wet’suwet’en.

Kenneth Deer

Que feront les protestataires si la Sûreté du Québec décide d’intervenir ?

« Ce n’est pas une bonne idée que la SQ vienne ici, ça va seulement augmenter les tensions et nous rappeler la crise d’Oka », a répondu M. Deer.

En début d’après-midi, une vingtaine de personnes bloquaient l’accès au chemin de fer, au bout de la route Old Malone, tandis que la voie ferrée était toujours bloquée par des barricades. Plusieurs personnes sont arrivées sur les lieux pour prêter main-forte aux militants au moment où la nouvelle de l’injonction a été annoncée.

Le CP affirme privilégier une solution négociée, pour mettre fin aux blocus. C’est d’ailleurs la demande que l’entreprise a faite au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, la semaine dernière.

« Après avoir épuisé toutes les autres options sans résolution, le CP a été obligé de prendre des mesures pour obtenir une injonction à l’échelle de la province », indique l’entreprise dans son communiqué. « Nous encourageons la poursuite du dialogue pacifique entre toutes les parties à Kahnawake afin de résoudre ce blocus le plus rapidement possible, tout en rappelant à toutes les parties concernées le préjudice matériel qu’il cause aux clients et aux autres Canadiens. »

Circulation rétablie à Oka

Après avoir été bloquée partiellement lundi, la circulation était presque revenue à la normale mardi matin sur la route 344 près d’Oka.

Vers 8 h, deux femmes agitant des drapeaux mohawks surveillaient les voitures entrant et sortant de la réserve de Kanesatake, sans bloquer le passage.

Elles demandaient simplement aux représentants des médias de s’éloigner des lieux.