« Le racisme est un poison. La haine est un poison », a déclaré Angela Merkel jeudi après le double attentat qui a fait neuf morts dans deux bars à chicha de Hanau, près de Francfort, en Allemagne.

Rima Elkouri Rima Elkouri
La Presse

Qu’est-ce qui peut pousser un homme à surgir un soir dans un bar fréquenté par des étrangers qui aiment fumer le narguilé et à abattre des clients ?

L’unique suspect est un homme de 43 ans, qui a laissé derrière lui une vidéo et un manifeste conspirationnistes et racistes. Un spécialiste du terrorisme au King’s College de Londres le décrit comme une personne « d’extrême droite » avec « un important problème de santé mentale ». Il a été retrouvé mort dans son appartement, auprès du corps de sa mère, tuée par balle. Dans son manifeste qui en appelle à l’anéantissement de la population de plus d’une vingtaine de pays du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique, l’homme se disait convaincu de la suprématie du peuple allemand et se présentait comme un admirateur de Donald Trump.

Le poison de la haine qui pousse à la folie meurtrière a particulièrement de quoi inquiéter dans un pays qui fait face à une recrudescence de l’extrême droite. Angela Merkel y a elle-même fait allusion, jeudi, liant la tuerie de Hanau à d’autres actes mus par le même poison.

La chancelière a fait référence aux actes du groupuscule néonazi NSU, notamment responsable d’une série de meurtres à caractère raciste entre 2000 et 2007 visant la communauté turque allemande.

Elle a fait référence au meurtre, en juin 2019, de Walter Lübke, un élu promigrant de son propre parti, assassiné par un néonazi qui en avait contre sa politique d’accueil généreuse des réfugiés.

Elle a fait référence à l’attaque contre une synagogue et un restaurant turc de Halle, en octobre 2019. En pleine fête de Yom Kippour, un extrémiste de droite négationniste a tenté de s’en prendre aux fidèles réunis à la synagogue. Incapable de faire sauter la porte du lieu de culte pour y entrer, il a tué une passante au hasard et un homme dans un restaurant turc. Il a lui-même avoué la motivation antisémite de son acte.

L’attentat de Hanau survient quelques jours après que des membres d’un groupuscule d’extrême droite allemand ont été arrêtés dans le cadre d’une vaste enquête antiterroriste. Le groupuscule est soupçonné d’avoir planifié des attaques de grande ampleur contre des mosquées, inspirées par les attentats de Christchurch, en Nouvelle-Zélande.

Quel lien avec cet homme qui, dans la nuit de mercredi à jeudi, a abattu neuf personnes, dont plusieurs d’origine kurde, dans deux bars de Hanau ?

On pourrait n’y voir qu’une série d’actes isolés commis par des êtres dérangés qui ont tout simplement perdu la carte. Mais force est de constater que cette flambée de haine s’inscrit dans un contexte politique et social qui libère et normalise la parole xénophobe et raciste. Le parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne), qui a fait son entrée au Bundestag en 2017, a le vent en poupe. Il nourrit et exploite le sentiment antimigrant en Allemagne depuis que le pays a ouvert ses portes à un million de personnes en 2015, dont de nombreux réfugiés fuyant la guerre en Syrie. Un jeu dangereux qui n’est pas sans conséquence.

C’est ainsi que dans un pays qui a dit, il y a 75 ans, après l’horreur de la Shoah, de ce poison je ne boirai plus, le même poison se répand de façon dangereuse et inquiétante. Des extrémistes s’en prennent aux juifs, aux musulmans, aux migrants et aux rescapés de guerre ainsi qu’à ceux qui osent croire que ce serait juste humain de leur ouvrir les bras. Et puis, une nuit d’hiver, dans une petite ville d’Allemagne, des innocents, « coupables » d’être étrangers et d’aimer le parfum du narguilé, sont assassinés, payant le prix de ce poison.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Et à quand l’antidote ?