Un mot a résonné comme une ritournelle mardi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ), mise en place après la mort tragique d’une fillette de Granby : la collaboration.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« Il faut simplifier le système, travailler en collaboration », a martelé Éric Racine, directeur général de la commission scolaire Val-des-Cerfs, au premier jour des audiences à Sherbrooke.

« La collaboration est un élément majeur », a ajouté sa collègue Marlène Bouchard, conseillère pédagogique et psychoéducatrice.

Environ 16 350 élèves de niveaux préscolaire, primaire et secondaire fréquentent cette commission scolaire de Granby, où la proportion d’enfants vulnérables a bondi de 20 % au cours des dernières années.

« Le territoire s’est appauvri », a précisé Mme Bouchard devant les commissaires, qui mènent leurs travaux depuis le 22 octobre. « Au moins 5 % des enfants ont des situations familiales complexes et de nombreuses difficultés. »

La communication entre les divers intervenants n’est pas toujours « fluide » et souvent « unidirectionnelle », a souligné M. Racine.

Le milieu scolaire peut avoir un minimum d’information s’il veut être en mesure de donner à l’enfant les meilleurs services possible.

Éric Racine, directeur général de la commission scolaire Val-des-Cerfs

Or, il semblerait que cette collaboration soit plus difficile avec les intervenants de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) qui, au nom de la confidentialité, refusent de dévoiler certaines informations.

« Des liens ont été créés entre les partenaires, mais ça demande du temps, a indiqué Mme Bouchard. La DPJ est le partenaire qui nous manque. »

Confidentialité

La commissaire Hélène David a demandé ce que la DPJ répondrait si on lui demandait pourquoi elle n’est pas là.

« Je pense qu’elle va répondre que c’est pour des raisons de confidentialité », a répondu Mme Bouchard, ajoutant qu’il y avait eu des progrès depuis le drame de la petite fille de Granby, négligée, ligotée, sous-alimentée, violentée et morte à l’hôpital le 30 avril dernier.

« Il y a des barrières qu’il faut faire tomber », a ajouté le directeur général de la commission scolaire Val-des-Cerfs. « Le mouvement est entamé, mais on est loin de la coupe aux lèvres. »

Régine Laurent, présidente de la CSDEPJ, a rappelé que la loi n’empêche pas les gens de se parler – autrement dit, que la commission scolaire Val-des-Cerfs a un rôle à jouer pour faciliter la collaboration.

Je ne comprends pas que la commission scolaire soit restée dans cette culture qui l’empêche de faire tomber les barrières de la confidentialité.

Régine Laurent, présidente de la CSDEPJ

« Le ti-pit qui nous écoute se demande : “Où suis-je là-dedans ?” »

En matinée, les commissaires ont entendu Stéphane Tremblay, PDG du CIUSSS de l’Estrie, et Johanne Fleurant, directrice de la protection de la jeunesse et directrice provinciale du CIUSSS de l’Estrie, depuis septembre 2019.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Alain Saint-Pierre, ex-directeur par intérim de la protection de la jeunesse en Estrie, et Stéphane Tremblay, PDG du CIUSSS de l’Estrie

M. Tremblay a plaidé pour la création d’une porte d’entrée unique pour réclamer des services et demander de l’aide, au besoin, et un seul numéro de téléphone.

« Les failles en protection de la jeunesse sont en bonne partie causées par les lacunes en amont, par une première ligne qui peine à agir efficacement en prévention et à constituer un filet de protection autour des enfants vulnérables », a-t-il affirmé.

Conditions de travail

La directrice de la DPJ Johanne Fleurant a aussi parlé de collaboration. « On ne peut y arriver seuls, a-t-elle dit. C’est pourquoi nous avons besoin de revoir notre façon de collaborer avec les partenaires des CPE, des organismes communautaires et des écoles. C’est cliché mais toujours vrai, ça prend un village pour élever un enfant. »

Mme Fleurant a aussi recommandé la création d’un poste de directeur national de la protection de la jeunesse, à l’instar de ce qui se fait en santé publique.

Elle a également insisté sur l’importance d’améliorer les conditions de travail des employés de la DPJ. « La charge de travail est importante et elle augmente sans cesse », a-t-elle dit, rappelant que le nombre de signalements avait augmenté de 18 % au cours de la dernière année.

Les audiences se poursuivent à Sherbrooke mercredi et jeudi. Elles vont reprendre à Montréal le 25 février, avant de se déplacer à Québec, Gatineau, Saguenay et Rimouski d’ici au 28 mai. Le rapport final de la Commission est attendu en novembre.