Les Québécois qui ont été infectés par le COVID-19 à bord du navire de croisière Diamond Princess souhaitent que le gouvernement canadien les rapatrie dans les plus brefs délais plutôt que de laisser des établissements japonais les prendre en charge.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

Ce type de demande provenant de ressortissants malades risque de se multiplier alors que le nombre de Canadiens contaminés à bord a encore augmenté mardi pour atteindre un total de 43, selon Ottawa.

Chantal Ménard, fille des septuagénaires Bernard et Diane Ménard, de Gatineau, qui sont soignés depuis quelques jours dans un hôpital militaire, aimerait qu’ils puissent monter jeudi dans l’avion affrété pour évacuer les passagers canadiens du bateau de croisière.

Seuls ceux qui ne présentent aucun symptôme sont officiellement autorisés à monter à bord, mais Mme Ménard pense qu’il serait tout à fait possible de prendre en charge ses parents avec l’équipement approprié sans risquer de contaminer les autres occupants de l’appareil.

Lundi, les autorités américaines ont transporté 14 personnes infectées par le virus à bord d’un avion comptant plusieurs centaines de passagers en santé lors d’un premier vol d’évacuation. Ils ont été isolés des autres.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Bernard et Diane Ménard

« Si c’est trop compliqué, le gouvernement pourrait affréter un avion pour les personnes porteuses du virus et un avion pour les autres », soutient Mme Ménard, qui multiplie les appels publics dans l’espoir de faire bouger les autorités

Ottawa dit vouloir protéger la santé des Canadiens pris au Japon, mais aussi celle de la population locale. Le gouvernement maintenait mardi que les personnes contaminées au Japon devaient être traitées là-bas.

Celles qui reviendront dans l’avion affrété jeudi devront par ailleurs se soumettre à une quarantaine de 14 jours dans un bâtiment fédéral situé à Cornwall, en Ontario.

Les appels au rapatriement des parents de Mme Ménard lui ont valu de nombreuses manifestations de solidarité, mais aussi des messages hostiles sur les réseaux sociaux de personnes l’accusant de faire fi des risques de transmission du virus.

« Les gens ont peur, mais ils feraient la même chose que moi si c’était leurs parents qui se trouvaient dans cette situation absurde », dit-elle.

Autres cas

Les proches d’un autre Québécois, Julien Bergeron, qui a appris son infection lundi, veulent aussi qu’il soit ramené au Canada plutôt que d’être soigné sur place.

Le résidant de Pointe-aux-Trembles, qui est pratiquement confiné dans sa cabine depuis deux semaines avec sa conjointe, Manon Trudel, a reçu une lettre l’informant qu’il devait s’attendre à être évacué rapidement vers un hôpital, mais il était toujours en attente mardi.

Une sœur de Mme Trudel a indiqué en entrevue que cette dernière ne voulait pas quitter son conjoint et avait fait une demande « de compassion » pour pouvoir rester à ses côtés.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE FLAVIE TRUDEL

Julien Bergeron

« Elle ne sait pas encore si elle est contaminée. Si son test est négatif, elle pourrait embarquer dans l’avion, mais elle n’embarquera pas », a affirmé Flavie Trudel.

Les derniers jours ont été extrêmement difficiles pour le couple, qui sonnait l’alarme la semaine dernière sur les risques de contamination à bord du Diamond Princess.

« Ils étaient catastrophés en apprenant le résultat du test. Ma sœur a eu une crise d’angoisse », relate Flavie Trudel, qui s’attend à ce que la situation dégénère à bord du bateau si les autorités japonaises décident de prolonger la période de quarantaine imposée à l’ensemble de ses occupants depuis deux semaines.

« Il va y avoir une émeute si ça continue », prévient-elle.

Le nombre de cas de contamination rapportés parmi les 3700 passagers a encore augmenté de 88, mardi, pour atteindre 542.

La période de quarantaine devait initialement se terminer mercredi, mais il n’était pas clair, mardi, quelle ligne de conduite les autorités locales entendaient suivre pour la suite des choses.

Un responsable japonais cité par l’Agence France-Presse a annoncé qu’un groupe de 500 passagers dont le test pour le coronavirus était négatif pourrait quitter le navire mercredi.

Certains avaient commencé à quitter le navire mercredi, heure locale, a constaté une journaliste de l’AFP.

D’autres groupes pourraient suivre dans les jours suivants à mesure que les résultats des tests sont rendus disponibles.

Plusieurs experts en santé publique ont critiqué la décision du Japon de tenter d’imposer une quarantaine sur le bateau en relevant qu’il est extrêmement difficile d’isoler efficacement des milliers de personnes dans un espace aussi restreint.

Le Dr Mike Ryan, qui chapeaute le programme des urgences sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé, a indiqué mardi qu’il était « très facile » de porter rétroactivement des jugements sur des décisions de santé publique ayant mal tourné.

« Ce sera important d’étudier ce cas particulier et de déterminer quels sont les facteurs qui ont mené à la transmission du virus aux personnes à bord », a-t-il souligné.