Quand il s’agit d’enfants, quand il s’agit de protection de la jeunesse, les gouvernements du Québec et du Canada ne pourraient-ils pas s’asseoir avec les Autochtones au lieu de perdre temps et argent devant les tribunaux ?

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

La question est celle de Geoffrey Kelley, qui a été huit ans ministre (ou ministre délégué) des Affaires autochtones dans les gouvernements Charest et Couillard et qui a témoigné mercredi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

« Je rêve à cette réunion au sommet, à ce rendez-vous, où l’on verrouillerait la porte et où l’on se dirait qu’on ne pourrait pas ressortir avant d’avoir trouvé une solution. »

Utopique ? Simpliste ? M. Kelley se dit convaincu, lui, que l’urgence de la situation et le bien-être des enfants commandent que les gouvernements cessent de s’affronter devant les tribunaux sur des questions de principe et qu’avec les Autochtones, ils trouvent des règlements politiques aux problèmes concrets et urgents d’enfants autochtones. Oui, « certains précédents seront créés », mais à un moment donné, « il faut essayer des choses, avoir de l’audace ».

Mais pourquoi tout est toujours si compliqué, ont demandé les commissaires au ministre Kelley qui a longtemps été au cœur de l’affaire.

M. Kelley a donné l’exemple d’une ambulance, à Manawan, une communauté très isolée dans Lanaudière. À la suite d’un décès, il y a plusieurs années, il a été décidé qu’une ambulance sur place était nécessaire. Mais qui allait la payer ? « Ottawa a dit : ‘L’ambulance sera reliée à un hôpital du Québec, c’est donc au gouvernement québécois de payer’. Le gouvernement du Québec a répliqué que non, que c’était une ambulance pour une communauté autochtone et que c’était donc au fédéral de payer. »

Le ministre Kelley a aussi donné l’exemple de la présente contestation québécoise de la loi fédérale sur la gouvernance des services de protection de la jeunesse qui donne plus de pouvoirs aux Autochtones dans ce domaine. Il trouve « très malheureux » qu’on « gaspille des ressources qui pourraient être destinées aux enfants autochtones. Au lieu d’argumenter entre les gouvernements, on aurait tout intérêt à s’asseoir avec les représentants des Premières Nations et des Inuits et réinventer nos systèmes de protection de la jeunesse au complet ».

La difficulté à régler les problèmes n’est pas seulement due aux disputes entre Ottawa et Québec, a souligné M. Kelley. À l’intérieur même du gouvernement québécois, chaque ministre doit livrer bataille contre ses collègues ministres. Ainsi, M. Kelley, qui a parlé de son passé de « ministre quêteux » a rappelé qu’un ministre responsable des Autochtones doit par exemple se battre pour obtenir des fonds qui relèvent du ministère de la Santé ou de l’Éducation, par exemple.