Las de ce « statut de proxénète en chef qui venait presque à être accolé » au Grand Prix, le président de l’événement, François Dumontier, a rappelé avoir fait ces dernières années de nombreuses « prises de position publiques et affirmées » contre l’exploitation sexuelle. Au-delà de cela, ses moyens d’action sont cependant limités, estime-t-il.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans son témoignage à la Commission sur l’exploitation sexuelle des mineurs, mardi, M. Dumontier a aussi expliqué avoir demandé à ses partenaires d’embaucher « un personnel mixte, vêtu décemment » pour contrer l’hypersexualisation.

Le défilé, qui mettait traditionnellement des femmes en vedette le jour de la grande course, a été remplacé il y a quatre ans par un événement avec des enfants, a indiqué M. Dumontier comme autre exemple du changement de cap souhaité par l’événement.

À une commissaire qui lui demandait quelle part de son budget était consacrée à la lutte contre l’exploitation sexuelle, M. Dumontier a répondu qu’il n’y en avait pas. Il a par ailleurs dit qu’il serait ouvert à ce qu’une sensibilisation des spectateurs soit faite lors de l’achat de billets.

Le député d’Ungava, Denis Lamothe, a raconté avoir travaillé à la sécurité d’un Grand Prix il y a une dizaine d’années. À ce jour, a-t-il dit, il s’étonne encore de cette consigne faite aux employés d’aviser obligatoirement le bureau des opérations dès l’arrivée d’un policier sur le site. Est-ce toujours le cas, et si oui, pourquoi ?

M. Dumontier a répondu par l’affirmative. « Nous avons notre propre sécurité. Avoir trop de policiers sur le site, on trouve que c’est trop répressif », a-t-il dit, faisant observer que la collaboration avec les corps policiers est néanmoins excellente et qu’ils sont appelés en renfort au besoin.

« Il faut que la police soit “raccord” avec les services de sécurité. […] Tous les commandants l’ont compris », a-t-il précisé.

Des clients indésirables

À son tour, Eve Paré, présidente-directrice générale de l’Association des hôtels de Montréal, a voulu mettre à mal cette conception voulant que les hôtels « se ferment les yeux » et qu’ils soient contents d’avoir toujours plus de clients, quels qu’ils soient.

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Eve Paré, présidente-directrice générale de l’Association des hôtels de Montréal

« Au contraire, il n’est pas à l’avantage d’un établissement hôtelier d’accueillir ces individus qui peuvent, d’une part, utiliser l’image des hôtels à leurs fins et, d’autre part, générer un va-et-vient anormalement élevé dans son lobby et sur les étages. »

Certains proxénètes, a expliqué Mme Paré, « vont jusqu’à mettre en ligne des sites internet présentant les filles en résidence dans tel ou tel établissement. Les annonces, accompagnées de photos de l’hôtel, sont même propulsées par des campagnes d’achat de mots-clés leur assurant ainsi un bon positionnement sur les moteurs de recherche ».

Tenter de faire fermer de tels sites, hébergés à l’étranger, est à peu près impossible, a dit Mme Paré.

Si les hôteliers doivent respecter la vie privée de leurs clients, le personnel des hôtels est de plus en plus formé à la détection d’indices inquiétants, a poursuivi Mme Paré. Les chambres payées en espèces, les clients qui multiplient les demandes de serviettes et de draps propres tout en mettant la petite affiche « ne pas déranger » pendant une période prolongée, les jouets d’enfants, etc. sont autant de choses à documenter.

Enfin, notons que le ton a monté à la Commission en mi-journée quand des représentantes de deux organismes accompagnant des prostituées ont multiplié les critiques faites aux commissaires (des députés). Entre autres choses, elles leur ont dit qu’ils étaient paternalistes, moralisateurs, mal informés et méprisants à l’égard de celles qui vendent des services sexuels.

Au lieu de viser la fin de la prostitution, il faudrait plutôt chercher à améliorer la vie des personnes en cause, a plaidé Sandra Wesley, directrice générale de Stella. « On le fait souvent par survie », a-t-elle rappelé, tout en dénonçant du même souffle le fait que ces femmes soient présentées sans nuances comme étant toutes des victimes.