Alors que le sud du Québec s’apprête à recevoir une quantité importante de verglas, Hydro-Québec est « en mode vigie » et s’attend à déployer une centaine d’équipes dans plusieurs régions administratives tôt demain matin, en prévision des dommages qui pourraient affecter le réseau de distribution.

Raphael Pirro Raphael Pirro
La Presse

Aux bureaux de la société d’État, des administrateurs et des météorologues analysent la situation de près, en temps réel. Sur le terrain, la centaine d’équipes, de deux employés chacune, seront composées principalement de monteurs de lignes. Quelques électriciens feront partie du lot, en fonction des besoins.

Ces équipes seront en mesure de constater les dégâts tôt en matinée, à l’aide de signalements automatiques du système informatique et en déplacements sur le terrain.

Pour l’instant, rien ne sert de mettre ces employés en attente en soirée ou au cours de la nuit, indique Cendrix Bouchard, porte-parole d’Hydro-Québec. D’ordinaire, les impacts du verglas sur le réseau électrique ne sont pas immédiats. Il peut se passer quelques heures avant que la glace s’accumule sur les arbres et provoque la rupture de branches.

Étant donné que la pluie devrait tomber au cours de la nuit et en matinée, ça ne donne rien d’avoir des équipes qui attendent les pannes : elles risquent d’arriver au moment où ils terminent leur quart de travail et, par conséquent, ne seront plus disponibles pour la journée. Ce n’est pas une pratique qui serait profitable.

Cendrix Bouchard, porte-parole d’Hydro-Québec

La végétation comme principal risque

Lors d’épisodes de verglas, le niveau de végétation d’une zone urbaine est le facteur le plus déterminant dans l’évaluation des risques de bris du réseau de distribution. En d’autres termes : plus il y a d’arbres dans une zone urbaine, plus les chances qu’une branche brisée endommage le filage sont grandes.

Pour s’éviter les dépenses qui viennent avec les réparations d’urgence, Hydro-Québec investit massivement dans la gestion forestière et l’élagage. L’année dernière, la société d’État a déboursé 70 millions de dollars en maîtrise de la végétation, « de façon à ce que lorsque des événements comme ceux-ci se produisent, les effets soient un peu moins importants », détaille M.  Bouchard.

Changements climatiques, nouvelles pratiques

Dans un scénario d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, la quantité annuelle de précipitation projetée pour la région de Montréal entre 2021 et 2050 serait de 8 % plus importante que la quantité reçue pendant la période de 1951 à 1980. Jumelée à une température en hausse, il est possible que les épisodes de verglas se fassent plus nombreux.

Bien qu’il soit risqué d’attribuer directement quelconque épisode météorologique aux changements climatiques, Hydro-Québec dit adapter ses opérations en fonction de ceux-ci.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Chaque fois que l’on porte des améliorations à notre réseau, c’est avec la conscience qu’il sera mis de plus en plus à rude épreuve avec les changements climatiques.

Cendrix Bouchard, porte-parole d’Hydro-Québec

« Les événements météorologiques sont plus fréquents et sont plus intenses, ajoute-t-il. Également, on a constaté que les arbres poussent plus rapidement dans certains secteurs de la province ». Conséquemment, cela pourrait augmenter la fréquence des opérations de maîtrise de la végétation.

Rappel des conseils en cas de panne

M.  Bouchard a rappelé les consignes usuelles d’Hydro-Québec en cas de panne d’électricité en hiver.

« Si jamais les pannes s’étendent et que les gens doivent se servir de génératrices ou de systèmes de chauffage d’appoint, ils devraient toujours le faire à l’extérieur de la maison, comme sur le balcon. Le risque est réel. »

Le porte-parole demande par ailleurs aux gens de ne pas s’approcher des fils électriques au sol, ni aux branches ou aux flaques d’eau. « On veut rappeler aux gens de nous laisser le temps d’intervenir, même si parfois c’est un peu plus long que prévu. »

Un cocktail à l’horizon

Simon Legault, météorologue chez Environnement Canada, explique qu’un système dépressionnaire en provenance du Texas devait d’abord se manifester par une hausse du mercure, en amenant « beaucoup de chaleur et d’humidité du golfe du Mexique ».

C’est pourquoi les précipitations devaient d’abord prendre la forme de pluie dans le sud du Québec, avec jusqu’à 30 millimètres attendus par endroits, notamment dans la couronne nord de Montréal. Plus tard dans la journée, ces précipitations devaient se changer en pluie verglaçante, en grésil ou en neige, selon les secteurs.

« Tout le sud du Québec va être touché jusqu’à dimanche dans la matinée. Au sud, on a de la pluie verglaçante et, plus on monte vers le nord, on a des mélanges de précipitations », précise le météorologue de l’agence fédérale.

La pluie verglaçante s’abattra plus particulièrement sur la Montérégie et l’Estrie, à la hauteur d’entre 20 et 30 mm. Le Centre-du-Québec, Montréal et les Basses-Laurentides seront aussi touchés, mais dans une moindre mesure.

Les régions de la Mauricie, la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches, le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay — Lac-Saint-Jean recevront pour leur part entre 15 et 30 centimètres de neige, avec des risques de poudrerie.

– Avec La Presse canadienne