Elles peuvent être à la fois tendres et exaspérantes, sages et colorées, tordues et banales. Mais elles se transmettent aussi de génération en génération, portées par des descendants à la mémoire de leurs aïeux. À la suite d’un appel à tous, de nombreux lecteurs nous ont fait part de leurs expressions favorites entendues de leurs parents et qui résonnent encore à leurs oreilles. Aujourd’hui, des paroles de bon conseil.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Le temps. Celui que les jeunes souhaiteraient voir passer plus vite, celui que les aînés voudraient freiner. « Le temps ne respecte pas les choses que l’on fait sans lui », disait le père de Lucie Dubois. « Prends ton temps, ça va plus vite », cite de mémoire François Perron.

Et ce dicton, s’il faut en croire le nombre de messages reçus à son sujet, que de nombreux parents servent encore à leurs enfants en leur remettant les clefs de la voiture : « Mieux vaut arriver en retard qu’en corbillard ! » Ou sa variante : « Mieux vaut arriver en retard à un rendez-vous qu’en avance au paradis ! »

Car rien ne sert de tourner les coins rond et d’angoisser à l’avance, « on trouvera ben le pont quand on arrivera à la rivière », répète à son tour Mélanie Beaulieu. Et à ce moment, « s’il mouille, il mouillera, s’il neige, on pelletera », ajoute Robert Beaudry.

Pas de quoi en faire une crise, donc. « On ne fait pas un drame biblique avec deux pailles en croix », se souvient Louis Huet. « C’est pas facile, la vie d’artiste quand t’es pas vedette », rappelait la mère de Geneviève Courcelles. Le grand-père de Diane Mireault, lui, préférait la métaphore équine. « Débarque de sul poney, tu vas l’éreinter ! »

Patience, patience

« Je suis quand même plus près du grand trou que du petit trou », disait, à 80 ans passés, la grand-mère d’Olivier Ledanois. « Elle a finalement rejoint le “ grand trou ” à 99 ans, mais je continue de partager ses sages paroles qui synthétisent, de façon différente mais simple et directe, l’origine et la fin de la vie ! Et immanquablement, ça arrache un petit sourire à ceux et celles qui l’entendent pour la première fois. »

Pour prendre son mal en patience, le père de Carole Lussier avait l’habitude de dire qu’il « y en a plus en arrière qu’en avant ! » S’il le disait avec optimisme face à un hiver qui s’accrochait à l’aube du printemps, son expression prenait une tonalité plus sombre à l’approche de son anniversaire.

La mère de Denise Lafortune lui faisait miroiter trois fois rien. « Si tu es sage, tu auras un beau petit rien tout nu garni de velours. » « J’avoue que, quand j’étais petite, j’ai pris un certain temps à comprendre que “ rien c’est rien ”, même s’il est enrobé de belles choses. J’adorais voir son air espiègle lorsqu’elle le disait. »

« Comme on fait son lit on se couche », disait pour sa part Georgette Lachance Boily à sa fille, pour lui rappeler que la vie qu’elle préparait aujourd’hui serait le reflet de son avenir. « Je pense que mes enfants vous diraient que je l’ai répété aussi ! », admet Hélène Boily Asselin.

Et comme « la beauté n’apporte pas à souper », dit la mère de Marie-Ève Pouliot, mieux vaut prendre son temps avant de choisir son compagnon de vie. Car, comme se souvient Ginette Boily, « un homme, ça s’mesure des yeux en montant ».

De toute façon, pourquoi se casser la tête ? aurait dit le père de Mélanie Robitaille. Après tout, « le secret du bonheur, c’est d’être heureux ».

Sages paroles

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Alain DesMarais

« Le temps, c’t’un grand facteur… Pis un moment donné, la malle passe. »

« Mon père Alain est aujourd’hui âgé de 73 ans. Il a travaillé dur, à modeste salaire, pour prendre soin de ma mère et moi. C’est un homme honnête et généreux. Il fut d’abord mécanicien, puis ouvrier dans une usine de textile à Joliette dans les années 1970, et assistant-foreur. Il a même été, durant une douzaine d’années, le laitier de Saint-Côme ! Son dicton est une façon de nous dire que tout vient à point à qui sait attendre, mais surtout, que lorsque tu craches en l’air, ça finit toujours par te retomber sur le nez… Mes parents m’ont transmis des valeurs précieuses, essentielles : la bienveillance, le respect, la solidarité. J’enseigne aujourd’hui la même leçon de résilience à mon fils. »

— France DesMarais

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Marie-Madeleine Tugler

« Avant, on était jeunes et beaux. Maintenant, on est juste beaux. »

« Ma grand-mère s’appelait Marie-Madeleine Tugler. Elle était d’origine alsacienne et a gardé son accent alsacien toute sa vie, ainsi que son dialecte, car elle parlait toujours alsacien avec sa sœur au téléphone ou avec mon grand-père. Elle est malheureusement décédée au mois de février cette année. »

— Romy Epiard

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Henri Monaghan

« Qu’est-ce que tu veux ! On peut pas tous être beaux, fins, faire des petits pas, pis rester proche de l’église ! »

« Mon père s’appelait Henri Monaghan. Il est né le 11 septembre 1927 à Trois-Rivières, d’un père anglophone de descendance irlandaise et d’une mère francophone. Il a débuté sa carrière à la Shawinigan Water and Power, puis a été embauché par Hydro-Québec lors de la nationalisation de l’électricité. Marié à Lucille Colbert en 1951, ils ont eu quatre enfants. Mon père était un homme assez strict sur les “ bonnes manières ”, mais c’était aussi une personne qui avait beaucoup d’humour. Quand il utilisait cette phrase, c’est qu’il était de bonne humeur. Il est décédé en 2015, le jour de Noël. Jeune, il m’arrivait d’être exaspérée d’entendre mon père répéter cette expression ! Mais plus je vieillissais, plus je trouvais ça drôle. Aujourd’hui, j’aimerais bien l’entendre encore me la redire. »

— France Monaghan

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Gérard Dussault

« Ne te dis pas de bêtises à toi-même, il va toujours y avoir des gens pour t’en dire. »

« Voici une phrase que mon grand-père maternel, Gérard Dussault, né en 1910, disait fréquemment. À son tour, maman nous l’a répétée, tout comme je l’ai répétée à mes trois enfants, qui ont maintenant quitté la maison. Qui sait ? Un jour, je la dirai peut-être à mes petits-enfants ? Mon grand-père aimait rire, taquiner, faire des blagues et jouer des tours. Mais c’était avant tout une force tranquille, un homme fondamentalement bon et généreux, aimant et tendre. Je l’aimais beaucoup. »

— Marie-Josée Cadieux