Quand ils sont arrivés à Bethléem, Joseph et Marie enceinte n’ont pas trouvé de place dans les auberges de la ville. Ils se sont rabattus sur une étable. Les églises québécoises adoptent une stratégie similaire à cause de la limitation du nombre de fidèles par messe. Cette année plus que jamais, on célèbre dehors : les crèches envahissent les parvis.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Crèche vivante

Alain Mongeau, le curé de l’église Saint-Jean-Baptiste, au coin des rues Rachel et Drolet, a décidé d’installer cette année une crèche vivante, avec des paroissiens incarnant des personnages bibliques, sur le parvis de l’église le 24 et le 25 décembre. « Habituellement, il vient 1000 personnes le 24 et 500 le 25, dit le curé Mongeau. Là, on est limité à 25 personnes par messe. On va avoir devant la crèche de la musique, des lectures, des chauffe-terrasses, une petite démarche de pèlerinage. Les gens pourront se recueillir 15 minutes devant la crèche pour vivre la liturgie de Noël de manière personnelle. On propose des textes, des méditations, des thèmes, on distribuera des feuilles imprimées. »

Partout à Montréal

Même si la plupart ont des mannequins, les crèches sur le parvis sont plus nombreuses qu’à l’habitude cette année à Montréal. « C’est une manière de contourner les contraintes d’accessibilité », explique Pierre Murray, secrétaire général de l’Assemblée des évêques du Québec. « Plusieurs églises ont un système de réservations, d’autres font davantage de messes. Je vais donner un coup de main à Sainte-Dorothée, où il y a, certains dimanches, trois ou quatre messes durant la même soirée. Ailleurs, on laisse l’église ouverte entre les messes, avec un peu d’animation. Pour les crèches sur le parvis, c’est encore mieux, avec la distanciation. »

Une porte par messe

L’église Saint-Jean-Baptiste peut accueillir 90 fidèles parce qu’elle a quatre salles ayant des entrées distinctes. « C’est 25 personnes par entrée, mais il faut tenir compte du personnel liturgique, dit le père Alain Mongeau. Donc on retransmet la messe sur écran géant dans trois lieux dans l’église : la chapelle Saint-Louis, le sous-sol et l’oratoire. Tous les gens sont masqués, “sploutchés” [de gel hydroalcoolique] et mis à distance. » Malgré tout, des fidèles sont refusés chaque dimanche. « Normalement, 200 personnes viennent à la messe le dimanche, dit le curé Mongeau. Là, on ouvre les portes à 10 h et il y a des gens qui viennent à ce moment pour réserver leur place. » Le curé Mongeau n’a pas augmenté le nombre de messes dominicales.

Pas de billets

À l’église du père Mongeau dans le Plateau, il n’y a pas eu de vente de billets de la messe de Noël. « Comme pour la messe, c’est premier arrivé, premier servi, dit le père Mongeau. Si on avait eu des billets, toutes les places auraient été raflées par les habitués. Il n’y en aurait pas eu pour mes “noëllisants”, les gens qui viennent une fois par année à Noël. » Les portes ouvriront à 19 h et des bénévoles dirigeront les fidèles qui n’auront pas de place vers la crèche vivante sur le parvis.

Des hommes à la place des femmes

Certaines synagogues hassidiques ont des entrées séparées pour les hommes et pour les femmes. Cela leur a permis de faire entrer plus de fidèles pour les services du sabbat, le vendredi et le samedi, selon Alain Picard, qui assure les relations publiques du Conseil hassidique juif du Québec. Les hommes prenaient la place des femmes. La présence des hommes dans les communautés juives orthodoxes et ultra-orthodoxes est importante : par exemple, pour qu’une séance de prière soit valide, il faut un quorum de dix hommes, appelé minian.

Darth Vader dans la crèche

PHOTO GUGLIELMO MANGIAPANE, REUTERS

Dans la crèche sur la place Saint-Pierre, à Rome, on peut voir un astronaute et un soldat qui ressemble à Darth Vader.

Une crèche sur la place Saint-Pierre à Rome fait les manchettes cette année. À une extrémité de la crèche, on retrouve une figurine d’astronaute et un soldat masqué qui, de l’avis de beaucoup, ressemble à Darth Vader de Star Wars. La crèche a été créée il y a 50 ans dans le village de Castelli dans les Abruzzes, connu pour sa tradition d’œuvres en céramique. Pour justifier l’incorporation d’un astronaute, le site de nouvelles du Vatican a cité une lettre sur les crèches de l’an dernier du pape François : « Souvent les enfants — mais aussi les adultes ! — aiment ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. »