Des intérêts chinois veulent construire un vaste projet immobilier incluant des maisons en rangée, des duplex, des triplex et même un deuxième grand hôtel à Estérel, au grand dam de citoyens du chic village des Laurentides.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Les propriétaires du vaste golf qui trône au centre de la municipalité, en bordure du lac Dupuis, veulent réduire de façon importante la superficie consacrée au jeu pour y faire sortir de terre un nouveau quartier.

Le projet a été présenté plus tôt ce mois-ci aux membres du conseil municipal et à son comité consultatif d’urbanisme, a confirmé le maire Joseph Dydzak en entrevue téléphonique avec La Presse. Il n’a toutefois pas voulu en révéler les détails.

« Ce serait un assez grand hôtel qui pourrait ressembler à celui qui est là actuellement », a-t-il quand même avancé. L’élu affirme qu’il aurait rejeté un projet sacrifiant la totalité du terrain de golf.

Selon un communiqué diffusé par la municipalité, le projet préserverait un terrain de golf et un chalet de golf, en plus de consacrer un bout de terrain à un parc.

L’entreprise Golf Estérel a récemment indiqué qu’elle cessait ses activités de golf après plus de 50 ans. Elle est administrée par une majorité de gens d’affaires domiciliés en Chine et appartient à une entreprise à numéro enregistrée en Colombie-Britannique.

Estérel est l’un des villages les plus recherchés des Laurentides. Il est surtout connu pour son hôtel éponyme, installé sur la berge du lac Masson depuis 1958 et complètement rénové il y a 10 ans.

Estérel « défiguré » ?

Golf Estérel est représenté par l’urbaniste Guillaume Gilbert, de la firme montréalaise Apur. Il s’est inscrit au Registre des lobbyistes afin de pouvoir faire avancer le projet auprès de la municipalité. M. Gilbert y évoque la construction de « résidences en rangée, de duplex et de triplex et de bâtiments multifamiliaux ».

Joint par La Presse, M. Gilbert a refusé notre demande d’entrevue. « Pour l’instant, on ne souhaite pas donner d’informations sur ce projet, a-t-il dit. Il va y avoir une consultation publique prévue début 2021. »

Frank Pappas, criminaliste montréalais qui possède une résidence à Estérel, est furieux de voir que le village qu’il a choisi risque d’être « défiguré » par un nouveau projet.

« Estérel est un bijou exceptionnel, un genre d’oasis de paix où tous peuvent s’amuser, avec une belle coexistence, a-t-il dit. J’ai dû parler à 200 personnes minimalement, et aucun résidant ne veut d’un développement, d’un complexe hôtelier […], d’un développement de duplex et de triplex. »

Selon lui, ce sont les grands terrains qui font le caractère du village, et un projet domiciliaire dense aurait un effet destructeur sur Estérel.

L’inquiétude vient du fait que ce projet-là, qui a été caché aux citoyens, briserait à tout jamais le charme d’Estérel. Il va détruire – c’est le terme – un golf de 18 trous autour duquel la ville est construite.

Frank Pappas, criminaliste montréalais qui possède une résidence à Estérel

M. Pappas voudrait que le maire Dydzak déclenche un référendum populaire pour permettre à tous les habitants de se prononcer directement sur le projet de transformation du golf.

« Échanges de zonage »

Mais le maire Dydzak rejette ces critiques. Il souligne que l’entreprise Golf Estérel est propriétaire de son terrain et que la Ville doit donc chercher le meilleur compromis avec elle. Sur la question d’un éventuel référendum, l’élu n’a pas voulu s’avancer et a indiqué qu’il allait consulter ses spécialistes.

« Aujourd’hui, ils ont le droit, sans changement de zonage, de construire un hôtel, a-t-il dit. Ils ont le droit aussi de construire des résidences sur le lac Dupuis. […] Il va y avoir des échanges [de zonage]. Mais dans quelles proportions ? On n’a pas étudié ça. »

L’élu assure vouloir d’abord entendre ses citoyens. Il affirme qu’il évaluera le projet en fonction de normes écoresponsables.

« C’est sûr que ça va changer un peu Estérel, a-t-il dit. Est-ce que c’est acceptable ou non ? Ça, c’est la question dont les citoyens vont débattre. Je n’imposerai pas de choix aux citoyens. »