De vieux pneus usés. Des boîtes de vaisselle cassée. Des sacs à ordures remplis d’objets sans valeur. Depuis le début de la pandémie, le phénomène des « dépôts sauvages », auquel sont confrontés les organismes de bienfaisance, prend de l’ampleur. Et cause des pertes financières plus élevées que jamais.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Philippe Siebes est directeur général de la Fondation Le Support. La mission de l’organisme est de récolter des vêtements et des objets usagés, de les revendre à des friperies et à des exportateurs pour financer les activités de la Société québécoise de la déficience intellectuelle. En activité depuis 32 ans, la fondation peine ces jours-ci à maîtriser le problème des « dépôts sauvages », où des citoyens sans scrupule se débarrassent de leurs poubelles en les larguant contre leurs boîtes de dons.

« Depuis le mois de mars, avec le premier confinement, on a vu une recrudescence de ce qu’on appelle les dépôts sauvages. Ce sont les gens qui laissent à peu près tout et n’importe quoi à côté de nos boîtes. Que ça soit des matelas, des meubles, des tapis, là, c’était la saison des pneus, donc on en a ramassé Dieu sait combien, des gens prennent nos boîtes pour des poubelles », déplore M. Siebes, responsable de plus de 200 boîtes de dons dans le Grand Montréal.

PHOTO FOURNIE PAR LA FONDATION LE SUPPORT

Depuis le début de la pandémie, le phénomène des « dépôts sauvages », auquel sont confrontés les organismes de bienfaisance, comme la Fondation Le Support, prend de l’ampleur.

« Au lieu d’aller porter leurs affaires qui n’ont aucune valeur pécuniaire dans les écocentres, ils les mettent devant nos boîtes et c’est nous qui sommes pris pour nous en départir. Il faut manipuler ces objets, les transporter et s’en débarrasser à nos frais », ajoute-t-il. Le coût : des milliers de dollars… par mois.

Des conséquences immédiates

Comme plusieurs entreprises, les organismes comme la Fondation Le Support vivent également les contrecoups de la pénurie de main-d’œuvre. Cet autre phénomène ne s’est pas amoindri ces derniers mois, même si la pandémie de COVID-19 a ralenti l’économie.

« Vider ces boîtes, c’est extrêmement difficile. C’est très physique et travailler dehors au Québec, avec les conditions [météo], ce n’est pas toujours évident. Les gens ne restent pas », affirme M. Siebes.

PHOTO FOURNIE PAR LA FONDATION LE SUPPORT

Chaque jour, les équipes de la Fondation Le Support doivent se déplacer pour vider des boîtes de dons qui débordent d’objets sans valeur.

Quand des boîtes de dons débordent d’objets de valeur, qui sont ensuite revendus à des exportateurs, gérer le manque d’employés reste un heureux problème. Mais les dépôts sauvages forcent l’organisme à vider certaines boîtes de façon quotidienne, alors qu’elles ne demanderaient, sans l’avalanche de poubelles, que deux ou trois visites par semaine.

« Il faut envoyer un chauffeur. Il y a les coûts de la main-d’œuvre, le kilométrage, l’essence. Il faut payer les heures supplémentaires. Les gars font des 12, 14 heures de travail parfois. Quand la matière arrive ici, il faut la manipuler et la disposer », explique Philippe Siebes.

« Ça me coûte des milliers de dollars tous les mois pour me débarrasser de cette matière-là qui n’a aucune valeur. C’est ça qui est frustrant ! », ajoute-t-il.

Vider une boîte qui est pleine, je suis le gars le plus heureux. Mais quand je dois manipuler de la marchandise qui n’a aucune valeur, et que je dois payer pour m’en débarrasser, ça me rend fou.

Philippe Siebes, directeur général de la Fondation Le Support

L’urgence d’avoir une réglementation

Le directeur général de la Fondation Le Support plaide pour que les municipalités se dotent d’une réglementation plus robuste, afin de décourager les citoyens d’abandonner leurs déchets contre les boîtes de dons. Selon M. Siebes, le temps presse, car les entreprises qui acceptent généreusement de céder une partie de leur terrain pour accueillir les boîtes s’impatientent face à la montée du phénomène.

« On ne veut pas nuire à leurs opérations quotidiennes. Quand il y a un débordement, ça n’amène rien de bon pour eux », affirme-t-il, précisant que l’organisme fournit à tous ses partenaires un numéro d’urgence 24 heures sur 24 pour signaler un débordement.

« C’est un phénomène qui n’est pas unique au Québec. Ça se passe partout au Canada. Ça va prendre une réglementation. Si on impose des amendes à ces gens-là, le problème s’en ira. Il faut que les municipalités adoptent des mesures plus strictes, parce qu’avec juste la sensibilisation et l’éducation, certains s’en foutent et continuent de déposer leurs affaires [sans valeur] parce qu’ils ne veulent pas les garder chez eux », ajoute M. Siebes.

« Je veux faire attention dans ce que je dis, parce que sans les donateurs, on ne serait pas capables de soutenir la Société comme on le fait. Pour nous, les donateurs sont importants. C’est un faible pourcentage de personne qui prennent nos boîtes pour des poubelles », précise-t-il.

« C’est un faible pourcentage de la population qui vient détruire l’effort de générosité de tous les autres donateurs, conclut le directeur général. C’est bien difficile… »