Alors que s’est tenu lundi un forum traitant de l’élargissement de l’aide médicale à mourir pour les patients atteints de troubles mentaux, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a dit souhaiter que le Québec continue d’être « précurseur » dans le dossier.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Le ministre Dubé a dit comprendre « qu’il y a tout un débat au niveau fédéral » sur la question. Mais il croit que le Québec dispose d’une expertise dans le domaine et « qu’il faut continuer de démontrer que le Québec peut être précurseur dans ces choix-là ».

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Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé

À l’automne 2019, la juge Christine Baudouin avait jugé discriminatoires les critères de « fin de vie » et de « mort naturelle devenue raisonnablement prévisible » des lois fédérale et provinciale sur l’aide médicale à mourir. En retirant ces critères, les patients atteints de troubles mentaux devenaient admissibles à l’aide médicale à mourir. La juge Baudouin donnait six mois aux gouvernements pour changer leurs lois. Des sursis ont été accordés depuis, notamment à cause de la pandémie. Le fédéral devait déposer sa proposition le 18 décembre, mais cela ne sera vraisemblablement pas le cas.

Au Québec, Danielle McCann, alors ministre de la Santé, avait d’abord annoncé en janvier 2020 que les patients souffrant de troubles mentaux pourraient recevoir l’aide médicale à mourir dès le 12 mars. Mais devant les réticences, un sursis a été accordé, le temps de mener des consultations sur la question.

Pas de consensus chez les psychiatres

Lundi, le sujet a été longuement discuté par différents intervenants. L’Association des médecins psychiatres du Québec a notamment présenté son mémoire. Pour eux, empêcher les patients atteints de troubles mentaux d’obtenir l’aide médicale à mourir serait discriminatoire. Mais ils reconnaissent l’existence de « défis cliniques majeurs dans l’évaluation d’une requête » d’aide médicale à mourir pour ces patients.

L’Association affirme qu’il n’y a pas de consensus au sein des psychiatres sur la question. Elle propose que des critères soient établis pour l’évaluation des patients atteints de troubles mentaux demandant l’aide médicale à mourir. Par exemple, l’évaluation devrait durer au moins quatre mois et deux psychiatres devraient être impliqués.

Le ministre Dubé estime le sujet « très délicat ». Mais il croit que le forum de lundi ouvre la voie « aux prochaines étapes qu’on doit franchir ensemble ».

La députée péquiste Véronique Hivon a invité le gouvernement à « poursuivre le dialogue » afin de « continuer d’avancer correctement avec la société ». Le député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a quant à lui évoqué le fait « qu’on doit aussi se questionner, comme société, sur ce qu’on fait pour accompagner ces gens-là dans leur vie ».