La gestion du dossier du campement de la rue Notre-Dame a été un désastre du début à la fin. Il a fallu qu’une tente incendiée par une bougie réveille tous ceux qui se refilaient la « patate chaude » depuis des mois.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Cette tente brûlée aurait pu causer une véritable tragédie, un poids qui aurait pesé lourd sur bien des consciences.

Dans cette affaire, la Ville de Montréal a étiré le temps. Le Service de police de la Ville de Montréal n’avait pas envie de jouer le mauvais rôle (ce qu’il a néanmoins dû faire au cours des derniers jours). Quant au ministère des Transports, propriétaire du terrain, il a fait office de fantôme.

> (Re)lisez la chronique « La patate chaude »

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

« Cela dit, les organismes communautaires ont beau pousser les hauts cris, qui a bien pu s’imaginer une seconde que des dizaines de personnes allaient pouvoir survivre aux grands froids de l’hiver dans des tentes en nylon ? », écrit notre chroniqueur au sujet du campement de sans-abri, maintenant démantelé, rue Notre-Dame.

C’est finalement le Service de sécurité incendie de Montréal qui a sonné l’alarme et fait comprendre aux autorités que la sécurité d’êtres humains était en jeu. Il s’en est suivi une opération humiliante pour les sans-abri, qui ont dû quitter leur nid de fortune sous le regard d’observateurs et des médias.

Des organismes communautaires ne se sont pas privés pour critiquer l’administration Plante dans sa façon de procéder au démantèlement. Certains ont dit mardi que tout cela manquait d’humanité. C’est exagéré.

Ça doit être très difficile pour Valérie Plante de recevoir ces critiques. Projet Montréal a été élu parce qu’il représentait la voix d’une meilleure conscience sociale.

La lutte contre les inégalités sociales est l’une des pierres d’assise de Projet Montréal. Et voilà que ce parti se fait écorcher pour ce qu’il n’a pas fait. Pour ce qu’il a mal fait.

Ouch !

Cela dit, les organismes communautaires ont beau pousser les hauts cris, qui a bien pu s’imaginer une seconde que des dizaines de personnes allaient pouvoir survivre aux grands froids de l’hiver dans des tentes en nylon ?

Pourquoi ne pas avoir procédé plus tôt ? Pourquoi avoir fait preuve d’autant de mollesse dans cette délicate opération ?

Nous sommes en décembre. D’autres personnes qui vivent dans des campements devront bientôt quitter leur abri et leur sac de couchage.

Où iront-elles ?

Il y a un manque criant de centres qui peuvent accueillir les personnes en situation d’itinérance, le jour comme la nuit. C’est bien beau d’offrir un gîte ou une chambre d’hôtel aux sans-abri, mais s’ils doivent ensuite aller geler dans des parcs pour le reste de la journée, on n’est pas plus avancés.

Dans le parc Émilie-Gamelin, on a érigé un immense chapiteau qui permettra aux personnes qui n’ont plus de toit d’aller se réchauffer. Ce lieu risque fort de devenir le cœur de l’itinérance à Montréal cet hiver.

La création d’un de ces points de rassemblement (même s’il doit sans doute déplaire à la SDC du Village) est une bonne solution à court terme. Il permettra des interventions plus soutenues.

De notre côté, si on veut ouvrir notre cœur, on saura exactement où aller.

Centralisation ou prise de contrôle ?

Le climat de « frustration » décrit par certains élus de Montréal est une tuile de plus pour l’administration Plante. Dans un reportage publié lundi, mon collègue Philippe Teisceira-Lessard a cité quelques exemples de la grogne qui s’exprime autant chez les membres du comité exécutif que chez les élus dans les arrondissements.

> (Re)lisez l’article « Rosannie Filato : une démission sur fond de frustrations »

À cet égard, je crois qu’il faut voir les choses avec certaines nuances. Je comprends plutôt bien l’attitude de Valérie Plante en ce qui a trait aux arrondissements.

Les grandes villes qui fonctionnent en alvéoles doivent composer avec des visions et des idées aussi variées que nombreuses. Dans le cas de Montréal, des maires d’arrondissement se comportent en véritables roitelets dont les décisions nuisent parfois à l’ensemble de la ville.

Un résidant vit dans un arrondissement, mais il occupe toute la ville.

Certaines actions des derniers mois concernant les Voies actives sécuritaires ont créé un joyeux bordel. Elles ont parfois été lancées dans l’improvisation et sans trop de consultation, comme le souligne le plus récent rapport de l’Ombudsman de Montréal.

La mairesse et sa garde rapprochée veulent donc exercer un plus grand contrôle sur ces décisions pour éviter qu’elles ne soient disparates et qu’elles aillent à l’encontre de l’ensemble des résidants.

La récente démission de Rosannie Filato, conseillère dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, de ses fonctions du comité exécutif, apporte une autre dimension à cette forme de contrôle accrue.

Ce qui me tracasse avec son départ, c’est qu’elle ne quitte pas ses fonctions d’élue (elle s’engage à y rester jusqu’à la fin de son mandat). Elle abandonne ses activités de responsable de la sécurité publique au sein du comité exécutif.

Alors que la question du racisme et du financement (ou du définancement) de la police alimente diverses réflexions, il est évident que les divergences entre la mairesse et Rosannie Filato sont reliées à ces dossiers chauds.

Rosannie Filato avait-elle envie d’être la porte-étendard des décisions émanant du cabinet de la mairesse ? Je ne le crois pas.

Que la mairesse veuille imposer une vision d’ensemble aux maires et aux conseillers d’arrondissement est une chose compréhensible. Mais que les membres du comité exécutif soient contraints au silence ou forcés de se soumettre à « la ligne » de l’entourage de la mairesse en est une autre.

« Il y a une différence entre une centralisation des décisions et un contrôle absolu des pouvoirs », m’a dit une source, qui ne pouvait s’exprimer publiquement sur la question.

Est-ce que la mairesse Valérie Plante se sent bien entourée ? C’est la question que je me pose. Propulsés par la fièvre Projet Montréal et une soif de changement exprimées par une majorité de Montréalais en novembre 2017, plusieurs élus sans expérience se sont retrouvés avec des responsabilités importantes.

Leur fait-on suffisamment confiance ? Leur donne-t-on assez de liberté pour qu’ils puissent s’acquitter de leurs responsabilités avec brio ?

Vous ne trouvez pas étrange que dans le dossier épineux, mais néanmoins crucial, du campement de la rue Notre-Dame, celle qui est responsable de l’inclusion sociale et de l’itinérance au sein du comité exécutif, Nathalie Goulet, ait été complètement invisible dans l’espace public ?

Précisons que Rosannie Filato occupait antérieurement ce poste.

Un bon dirigeant devrait pouvoir jouir d’une présence suffisante de gens de talent et d’expérience pour réussir de bons castings. Ça ne semble pas être le cas avec l’administration Plante.

Je crois qu’on le réalise trois ans plus tard.