La scène s’est déroulée mardi dans une allée d’un supermarché. Masque plaqué au visage, buée dans les lunettes, mains embaumant le doux parfum du Purell offert à l’entrée, je quittais les boîtes de thon et d’huîtres fumées quand j’ai croisé un couple qui ne suivait visiblement pas les flèches collées au sol.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

La femme portait un masque sous son nez et poussait le chariot d’un air blasé. Derrière elle, l’homme traînait les pieds en arborant un masque qu’il avait placé… sous son menton.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Le “contrat moral” de François Legault est loin d’avoir été signé par tout le monde », écrit notre chroniqueur.

Il l’aurait utilisé comme cache-sexe que la protection aurait été la même.

Gros con !

Je l’ai fixé intensément. Il m’a jeté un regard défiant l’air de dire « Va donc c… ».

Rendu à la caisse, j’ai joué au délateur. Un employé est allé dire au gros con de mettre correctement son masque. Le gros con de 40 ans a alors adopté l’attitude d’un élève de 3e année à qui on dit de remonter son pantalon.

Il a soupiré avant de balancer un truc méprisant au jeune employé.

Si on apprend le 11 décembre prochain que le réveillon va se passer en intimité devant la télé à regarder Ciné-Cadeau, ça sera à cause de cet imbécile.

Ça ne va pas bien, notre affaire !

Le « contrat moral » de François Legault est loin d’avoir été signé par tout le monde.

Les chiffres de mercredi étaient désolants. Et enrageants. Soit 1514 nouveaux cas, 41 décès, 21 hospitalisations. C’est un retour vers le futur.

Ailleurs au Canada, les résultats ne sont guère meilleurs. Mais on ne va pas se comparer aux autres provinces pour se permettre de dire « ça va mal pour eux aussi, gnan, gnan, gnan… », car on nous dit depuis le début de cette pandémie que nous ne devons pas nous prêter à ce jeu-là.

Alors, comparons-nous avec nous-mêmes.

Il est clair que beaucoup de gens n’ont pas adhéré au mouvement collectif proposé par le premier ministre. Il est clair que nous ne faisons pas les choses correctement. Il est clair qu’il y a plein d’imbéciles qui continuent de faire fi des règles et qui nous empêchent d’avancer.

Ces êtres égocentriques jouent avec notre santé, notre vie, notre bonheur. Personnellement, ils jouent solidement avec mes nerfs. Le font-ils par provocation ? Par inconscience ? Ou pour tout simplement exister ?

Est-ce que cette attitude incompréhensible est une façon pour ces idiots d’enfin occuper une place qu’ils ont toujours souhaité prendre dans la société ? Je le crois de plus en plus.

Ben, prends-la, ta place, chose ! Et arrête de mettre la vie des autres citoyens en péril. Les bons élèves sont mauditement tannés de ceux qui, tous les jours, contournent les règles sanitaires comme si la COVID-19 n’avait jamais existé.

Bien sûr, on ne peut imputer uniquement aux insouciants les derniers résultats. Partout en province (Coaticook, Sorel-Tracy, Sept-Îles, Gatineau, Granby, Val-d’Or, Québec, etc.), on a observé ces derniers jours des éclosions dans des CHSLD, des hôpitaux et des résidences privées.

Au printemps dernier, nous avions l’excuse de l’inexpérience. Des mois plus tard, les motifs sont plus difficiles à formuler.

Mais ces éclosions de 10, 15 ou 20 cas n’expliquent pas entièrement les données récentes. Comme il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de contagion sans con. Les derniers chiffres viennent de quelque part.

J’ai aperçu l’autre jour deux couples qui ne s’étaient pas vus (à voir leur air surpris) depuis fort longtemps. Ils se sont rencontrés par hasard. Qu’ont fait les deux femmes ? Elles se sont jetées dans les bras l’une de l’autre, sans masque, en s’embrassant.

Allooooo ! Ça fait huit mois que nous comptons les morts pour arriver mercredi à un total pitoyable de 7125 et la première chose que ces deux femmes mûres et intelligentes (du moins, je le crois) ont faite en se voyant, c’est échanger leurs microbes.

On a beaucoup parlé ces dernières semaines des groupes antimasques qui vont se déhancher dans des centres commerciaux. Les imbéciles dont je vous parle sont moins organisés, moins tapageurs que ceux-là. Mais ils font beaucoup de dommage.

Ils prennent toutes sortes de formes. J’ai demandé à ma coiffeuse si elle avait eu des clients qui avaient refusé de porter un masque depuis la réouverture des salons.

« Une seule, m’a-t-elle dit. Et c’était un médecin. »

Vous avez bien lu.

Le plus grand prédateur de l’être humain, c’est l’être humain. On s’en rend bien compte avec cette crise. C’est l’un des aspects les plus difficiles de cette pandémie.

A contrario, cette crise risque fort de nous faire vivre un élan de compassion et d’empathie comme jamais on n’en a vu au Québec. Préparez vos mouchoirs, ça va donner un grand coup d’ici au 1er janvier.

La désobéissance (oh le gros mot !) de certains va empêcher des personnes seules, particulièrement des gens âgés, de voir leurs proches.

La bonté des autres va faire en sorte que nous allons inventer mille moyens pour apporter du réconfort… à ces mêmes personnes seules.

Allez donc comprendre !